Comme les autres îles de l’Union, Mohéli est malade de sa santé. Jusqu’à maintenant, personne ne se soucie de sa population. Celle-ci aurait...
Comme les autres îles de l’Union, Mohéli est malade de sa santé. Jusqu’à maintenant, personne ne se soucie de sa population. Celle-ci aurait poussé des cris d’orfraie si les autorités nationales et régionales n’affichaient pas leur irresponsabilité et leur insouciance. Et pourtant, l’hécatombe continue dans l’île de Djoumbé Fatima. Plusieurs personnes, des plus connues au commun des mortels, sont décédées faute de soins appropriés, à cause d’un mauvais diagnostic ou en raison de manque de traitement. Ne parlons plus de nombreux cas d’accidents cérébraux vasculaires (AVC) dont on ne sait aucunement s’en occuper. Les hémiplégiques sont de plus en plus nombreux sur l’île. Conséquence d’une mauvaise alimentation? C’est un autre débat.
Le constat est alarmant car le décès de plusieurs personnes à la fleur de l’âge serait dû soit à des erreurs médicales, soit à une prise en charge médicale tardive, même suivie d’évacuation sanitaire d’urgence notamment à Mayotte ou à la Réunion, à tel point que certains malades ont peur d’une évacuation sur ces deux îles. Ainsi, au cours de cette dernière décennie, Mohéli a-t-elle perdu de nombreux cadres, dont des professeurs, d’anciens ministres, d’anciens députés, un laborantin, un statisticien et certaines de nos sœurs, des plus connues aux plus humbles. Dans l’île, qui ne connaît pas une personne traitée pour une fièvre typhoïde ou une infection bactérienne alors qu’elle souffrait d’insuffisance rénale, de diabète ou d’autres maux incurables et indétectables à l’Hôpital de Fomboni? Ce dernier ne mérite tout simplement pas ce statut, selon plusieurs usagers, à cause d’un manque criant de matériels, d’hygiène et de services spécialisés, voire de l’absence d’équipements minimums pour justifier du titre de lieu de soins.
Il est fréquent, à Mohéli, que les malades soient obligés de prendre l’avion pour Moroni ou Mutsamudu afin de pouvoir procéder à des banales analyses. C’est ce qui est arrivé à une famille appelée d’urgence à l’hôpital de Fomboni car un des enfants tombés dans les pommes suite à un malaise y était admis en état grave. Les médecins n’ayant aucun moyen de déterminer l’origine du malaise décident de lui administrer un traitement à base de calcium. Le malade après avoir pris connaissance rechutera le lendemain en présentant les mêmes symptômes. Il a fallu l’évacuer à Moroni pour pouvoir vérifier que le taux de calcium était anormalement bas dans son organisme. Le manque de réactifs est récurrent à Fomboni dans un laboratoire utilisant des appareils d’un autre âge.
Dans le Centre hospitalier régional de Fomboni, les malades peuvent être hospitalisés dans des chambres sans électricité, avec des lits déglingués aux matelas douteux. Ils doivent tout apporter de chez eux, tensiomètre, thermomètre, appareil de glycémie, anesthésiant et tout ce qui peut être utile pour les soins. Le comble, partout sur les trois îles, avant tout examen médical, le patient doit prouver qu’il peut payer les soins, c’est-à-dire les gestes et autres palpations du médecin, être disposé à acheter les médicaments à la pharmacie de ce dernier, pour finalement être admis dans sa clinique, sinon celui qui reste hospitalisé à l’hôpital public ne bénéficie que de soins limités, pour ne pas dire au rabais.
En gynécologie-obstétrique, les parturientes se font opérer à tour de bras. Les césariennes sont devenues la règle au lieu d’être pratiquées exceptionnellement en cas de difficultés d’accouchement. Ces opérations rapportent beaucoup d’argent, semble-t-il, étant donné qu’elles sont suivies obligatoirement par une hospitalisation dans les cliniques privées des praticiens. À ce titre, aux Comores, aujourd’hui, on peut parler de la naissance d’une médecine à deux vitesses, au mépris des règles et notamment du Serment d’Hippocrate. Pourtant, la pratique de la médecine ne peut pas devenir un commerce comme les autres mais l’impunité favorise tout chez nous.
Il est à se poser des questions sur ce que font ou ont fait tous ceux qui étaient à la tête de différents services de la santé, des ministres aux directeurs des établissements sanitaires. On connaît la longue agonie de l’hôpital de référence du pays, El-Maanrouf. Alors, pourquoi les autorités sont les seules à ne pas s’apercevoir de cette situation honteuse et surtout menaçante de la vie de toute une population? Il y a quelques années, face à la dégradation avancée des conditions d’exercice du métier de soignant, un chirurgien exerçant à Mohéli déplorait l’absence de climatisation au bloc opératoire et s’indignait de devoir opérer en sueur, avec les risques que cela comporte. Depuis, rien n’a changé; au contraire, la descente aux enfers des hôpitaux comoriens se poursuit, inexorablement, avec le désengagement de l’État dans leur budget de fonctionnement, depuis les années 1990.
Parallèlement à cette dégradation, ceux qui détiennent le moindre pouvoir aux Comores étalent une richesse insolente acquise à la vitesse supersonique. Or, la majorité des Comoriens vivent dans une misère criante et la paupérisation gagne du terrain sur une population confrontée à la disparition des services sociaux (santé et Éducation) substitués par leur privatisation à outrance.
À Mohéli, tout le monde se rappelle de notre cher ancien chauffeur du gouvernorat, très connu pour sa gentillesse, qui est passé de vie à trépas, aux yeux de sa famille, lors d’une crise d’asthme parce qu’il était impossible de le mettre sous assistance respiratoire. La liste serait longue si on voulait évoquer tous les dysfonctionnements et autres aberrations constatées au Centre hospitalier de Fomboni, qui était déjà le plus mal loti, au moment de l’indépendance, et qui connaît un recul effroyable. Et pourtant, du temps de Messieurs Sarouma et Yahaya, au début des années 1980, avec un maigre budget, l’établissement était bien tenu, le repas offert gratuitement aux malades, l’hygiène de rigueur.
Aujourd’hui, le délabrement des infrastructures hospitalières n’émeut personne, surtout pas les autorités, qui bénéficient de multiples voyages à l’étranger où elles peuvent se soigner, quelquefois en compagnie de leur famille proche. Ces personnes oublient que le pouvoir étant éphémère, les prébendes prennent fin sans avertir d’autant que tout le monde ne peut pas jouir des avantages du pouvoir.
Pourquoi nos autorités ne s’inspirent pas de ce qu’elles envient dans les autres pays où elles vont pour se soigner, se reposer et profiter de la belle vie? Les Comoriens, tous les Comoriens aimeraient bien profiter de cette belle vie que se réserve «l’élite politique», qui oublie que «ce qui ne tue pas, rend plus fort».
Le peuple comorien n’est pas encore mort.
Par Mohamed Abdou, un Mohélien indigné
© www.lemohelien.com – Dimanche 19 octobre 2014.
Le constat est alarmant car le décès de plusieurs personnes à la fleur de l’âge serait dû soit à des erreurs médicales, soit à une prise en charge médicale tardive, même suivie d’évacuation sanitaire d’urgence notamment à Mayotte ou à la Réunion, à tel point que certains malades ont peur d’une évacuation sur ces deux îles. Ainsi, au cours de cette dernière décennie, Mohéli a-t-elle perdu de nombreux cadres, dont des professeurs, d’anciens ministres, d’anciens députés, un laborantin, un statisticien et certaines de nos sœurs, des plus connues aux plus humbles. Dans l’île, qui ne connaît pas une personne traitée pour une fièvre typhoïde ou une infection bactérienne alors qu’elle souffrait d’insuffisance rénale, de diabète ou d’autres maux incurables et indétectables à l’Hôpital de Fomboni? Ce dernier ne mérite tout simplement pas ce statut, selon plusieurs usagers, à cause d’un manque criant de matériels, d’hygiène et de services spécialisés, voire de l’absence d’équipements minimums pour justifier du titre de lieu de soins.
Il est fréquent, à Mohéli, que les malades soient obligés de prendre l’avion pour Moroni ou Mutsamudu afin de pouvoir procéder à des banales analyses. C’est ce qui est arrivé à une famille appelée d’urgence à l’hôpital de Fomboni car un des enfants tombés dans les pommes suite à un malaise y était admis en état grave. Les médecins n’ayant aucun moyen de déterminer l’origine du malaise décident de lui administrer un traitement à base de calcium. Le malade après avoir pris connaissance rechutera le lendemain en présentant les mêmes symptômes. Il a fallu l’évacuer à Moroni pour pouvoir vérifier que le taux de calcium était anormalement bas dans son organisme. Le manque de réactifs est récurrent à Fomboni dans un laboratoire utilisant des appareils d’un autre âge.
Dans le Centre hospitalier régional de Fomboni, les malades peuvent être hospitalisés dans des chambres sans électricité, avec des lits déglingués aux matelas douteux. Ils doivent tout apporter de chez eux, tensiomètre, thermomètre, appareil de glycémie, anesthésiant et tout ce qui peut être utile pour les soins. Le comble, partout sur les trois îles, avant tout examen médical, le patient doit prouver qu’il peut payer les soins, c’est-à-dire les gestes et autres palpations du médecin, être disposé à acheter les médicaments à la pharmacie de ce dernier, pour finalement être admis dans sa clinique, sinon celui qui reste hospitalisé à l’hôpital public ne bénéficie que de soins limités, pour ne pas dire au rabais.
En gynécologie-obstétrique, les parturientes se font opérer à tour de bras. Les césariennes sont devenues la règle au lieu d’être pratiquées exceptionnellement en cas de difficultés d’accouchement. Ces opérations rapportent beaucoup d’argent, semble-t-il, étant donné qu’elles sont suivies obligatoirement par une hospitalisation dans les cliniques privées des praticiens. À ce titre, aux Comores, aujourd’hui, on peut parler de la naissance d’une médecine à deux vitesses, au mépris des règles et notamment du Serment d’Hippocrate. Pourtant, la pratique de la médecine ne peut pas devenir un commerce comme les autres mais l’impunité favorise tout chez nous.
Il est à se poser des questions sur ce que font ou ont fait tous ceux qui étaient à la tête de différents services de la santé, des ministres aux directeurs des établissements sanitaires. On connaît la longue agonie de l’hôpital de référence du pays, El-Maanrouf. Alors, pourquoi les autorités sont les seules à ne pas s’apercevoir de cette situation honteuse et surtout menaçante de la vie de toute une population? Il y a quelques années, face à la dégradation avancée des conditions d’exercice du métier de soignant, un chirurgien exerçant à Mohéli déplorait l’absence de climatisation au bloc opératoire et s’indignait de devoir opérer en sueur, avec les risques que cela comporte. Depuis, rien n’a changé; au contraire, la descente aux enfers des hôpitaux comoriens se poursuit, inexorablement, avec le désengagement de l’État dans leur budget de fonctionnement, depuis les années 1990.
Parallèlement à cette dégradation, ceux qui détiennent le moindre pouvoir aux Comores étalent une richesse insolente acquise à la vitesse supersonique. Or, la majorité des Comoriens vivent dans une misère criante et la paupérisation gagne du terrain sur une population confrontée à la disparition des services sociaux (santé et Éducation) substitués par leur privatisation à outrance.
À Mohéli, tout le monde se rappelle de notre cher ancien chauffeur du gouvernorat, très connu pour sa gentillesse, qui est passé de vie à trépas, aux yeux de sa famille, lors d’une crise d’asthme parce qu’il était impossible de le mettre sous assistance respiratoire. La liste serait longue si on voulait évoquer tous les dysfonctionnements et autres aberrations constatées au Centre hospitalier de Fomboni, qui était déjà le plus mal loti, au moment de l’indépendance, et qui connaît un recul effroyable. Et pourtant, du temps de Messieurs Sarouma et Yahaya, au début des années 1980, avec un maigre budget, l’établissement était bien tenu, le repas offert gratuitement aux malades, l’hygiène de rigueur.
Aujourd’hui, le délabrement des infrastructures hospitalières n’émeut personne, surtout pas les autorités, qui bénéficient de multiples voyages à l’étranger où elles peuvent se soigner, quelquefois en compagnie de leur famille proche. Ces personnes oublient que le pouvoir étant éphémère, les prébendes prennent fin sans avertir d’autant que tout le monde ne peut pas jouir des avantages du pouvoir.
Pourquoi nos autorités ne s’inspirent pas de ce qu’elles envient dans les autres pays où elles vont pour se soigner, se reposer et profiter de la belle vie? Les Comoriens, tous les Comoriens aimeraient bien profiter de cette belle vie que se réserve «l’élite politique», qui oublie que «ce qui ne tue pas, rend plus fort».
Le peuple comorien n’est pas encore mort.
Par Mohamed Abdou, un Mohélien indigné
© www.lemohelien.com – Dimanche 19 octobre 2014.