Le 3 août, une date qui fait date dans l’Histoire agitée des Comores

L’avalanche de la date du 3 août: le 3 août 1975, le 3 août 1991 et 3 août 1997 S’il est une date qui a le plus marqué l’Histoire contem...

L’avalanche de la date du 3 août: le 3 août 1975, le 3 août 1991 et 3 août 1997

S’il est une date qui a le plus marqué l’Histoire contemporaine des Comores, c’est bien le 3 août. De manière douloureuse, cette date revient trois fois dans la tragédie politique des Comores au cours des 39 dernières années: le 3 août 1975, le 3 août 1991 et le 3 août 1997. La répétition de cette date est fatale, dramatique, catastrophique et malheureuse. Elle inquiète et renvoie à des événements politiques dont se passeraient bien les Comores. Cette date est celle de l’instauration, en 1975, de la culture néfaste des coups d’État réussis et avortés, donc de la prise ou tentative de prise du pouvoir par la force, d’une tentative avortée de coup d’État médico-constitutionnel en 1991, et de la proclamation, en 1997, de «l’indépendance» de la «République» d’Anjouan en 1997.

En d’autres termes, la date du 3 août est celle du début d’une Révolution progressiste qui finit dans le sang le 13 et 29 mai 1978, d’une tentative de coup d’État relevant de la bouffonnerie politique dans son expression la plus ubuesque et de l’une des aventures politiques les plus déstabilisatrices d’un État né dans l’instabilité politique et dans la déstabilisation chronique. On peut trouver beaucoup de motifs de satisfaction dans le coup d’État du 3 août 1975, puisque ce dernier a conduit à la Révolution qui allait marquer les Comores pendant des années, faisant d’Ali Soilihi un Président qui aimait sincèrement les Comores, mais qui était largement en avance sur son temps.

On peut longuement s’interroger sur la tentative de destitution du Président Saïd Mohamed Djohar le 3 août 1991, quand il était clair que ce dernier n’était pas en mesure d’assumer les responsabilités qui étaient les siennes à la tête de l’État comorien. Mais, on ne peut que désapprouver la fascisation des esprits et les manipulations politiciennes tout à fait irresponsables et criminelles qui avaient poussé des Anjouanais à proclamer la «République» sur «leur» île le 3 août 1997.

1.- Le 3 août 1975: Ali Soilihi instaure la culture du putschisme aux Comores

Il n’avait même pas fallu un mois après l’accession des Comores à l’indépendance, le 6 juillet 1975, pour voir les Comores conclure leur contrat le plus durable et le plus respecté avec le Diable: l’accord sur le putschisme et l’instabilité institutionnelle et politique. Depuis, Satan n’a pas chômé aux Comores. Malheureusement, les Comores «doivent» la conclusion de l’accord diabolique instaurant cette triste coutume politique à Ali Soilihi, un Président qui a beaucoup fait pour le développement social et économique du pays, en si peu de temps, avec des moyens humains, matériels et financiers inexistants, dans un contexte de rupture brutale avec la France, ancienne puissance coloniale, qui fournissait plus de 90% des fonds alimentant le budget des Comores. Ce même Ali Soilihi entra dans l’Histoire, selon Moncef Saïd Ibrahim, comme un «horizon inaccessible et infranchissable que se fixent les Comoriens, mais auquel on doit bien être accéder et qu’on doit franchir un jour».
      
Depuis le 3 août 1975, les Comores ont connu un coup d’État en 1978 contre Ali Soilihi (lâchement assassiné le 29 mai 1978 par un politicien comorien), un autre en 1989 contre Ahmed Abdallah (assassiné le 26 novembre 1989), son tombeur en 1978, un autre le 28 septembre 1995 contre Saïd Mohamed Djohar, l’assassinat mystérieux et ténébreux de Mohamed Taki Abdoulkarim le 6 novembre 1998, le putsch contre Tadjidine Ben Saïd Massonde le 30 avril 1999. S’agissant des tentatives avortées de putschs, on le ramasse à la louche, comme du caviar Beluga ou Petrossian chez les milliardaires, certaines étant réelles, d’autres sorties tout droit de l’imagination fertile d’autorités atteintes de complotite aiguë et cherchant à se redonner une introuvable virginité politique, après une véritable descente aux enfers de leur popularité, et cherchant à se débarrasser de leurs adversaires politiques. De toute manière, on ne pourra pas oublier la dernière tentative de putsch en date, une tentative vouée à l’échec dans la nuit du 19 au 20 avril 2013, donc d’hier. On y voit la main de l’inévitable et revanchard Ahmed Sambi.
      
On l’aura compris: la pratique politique la plus constante dans l’Histoire politique des Comores réside dans le putschisme, la seule idéologie du pays. Et comme l’a moqueusement mais justement dit le Général Salimou Mohamed Amiri, parlant des politiciens comoriens, «ils doivent surtout savoir qu’on attend d’eux qu’ils dénoncent un coup d’État, non seulement quand il échoue, mais aussi quand il réussit». Cette remarque assassine n’est pas faite pour rien, mais pour renvoyer les politiciens comoriens dos à dos et leur demander d’assumer, enfin, leurs responsabilités morales et politiques, dans la sincérité. Cette même remarque est d’autant plus pertinente que les politiciens comoriens sont connus pour la facilité avec laquelle ils ont donné à Robert «Bob» Denard le bon Dieu sans confession, pour leur propension à pactiser avec n’importe quel putschiste, et pour l’hypocrisie avec laquelle ils condamnent du bout des lèvres les tentatives avortées de prise de pouvoir par la force, se taisant ostensiblement quand elles réussissent. On aimerait bien que ceux qui poussent des cries d’orfraie aujourd’hui pour des banalités nous expliquent pourquoi ils ne demandent pas à ce que leurs pères et leurs oncles soient jugés par un Tribunal pour avoir pactisé avec Robert «Bob» Denard, dont ils étaient les complices pendant des années.

2.- Le 3 août 1991: tentative de coup d’État médico-constitutionnel de la Cour suprême contre Saïd Mohamed Djohar     

«Que du sang, que du sang! Assez de sang, assez de sang! Faisons les putschs sans effusion de sang», semble être le mot d’ordre des membres de la Cour suprême ce 3 août 1991. D’ailleurs, elle avait fière allure, la Cour suprême des Comores ce 3 août 1991. Voilà une institution considérée alors comme un hospice pour vieux politiciens défraîchis, doux et inoffensifs comme des agneaux, mais qui n’a pas hésité à accuser le Président Saïd Mohamed Djohar de négligences très graves, de désintérêt vis-à-vis de l’État, et de défaillances mentales, de «sénilité» et de «manque certain de lucidité dans la conduite des affaires de l’État». Mais, même invoquant les 15 et 22 de la Constitution, la Cour suprême avait commis l’erreur de se saisir elle-même, alors qu’elle devait être saisie par le gouvernement. L’ignorance du Droit…
      
Saïd Mohamed Djohar se trouvait alors à Anjouan et, comme on ne prête qu’aux riches, dès que la nouvelle lui parvint, il lâcha: «Ce sont nos amis français». Or, c’est le Lieutenant-colonel Christian Léonard, de la DGSE française, qui assurait le commandement de la Garde présidentielle, qui fit échouer la manœuvre, pendant que le Sénégalais Mamadou Sy, Conseiller juridique du chef de l’État, trouvait les failles constitutionnelles de la tentative du coup d’État. Le journaliste Pascal Perri avait parlé alors de «putschistes en herbe, utilisant des méthodes d’amateurs». Saïd Mohamed Djohar s’était empressé de jeter en prison les «sages» de la Cour suprême qui s’étaient compromis dans cette affaire: Ahmed Hallidi, «ami» de Saïd Mohamed Djohar et Président de la Cour suprême, l’ancien Premier ministre Salim Ben Ali, Saïd Mnémoi, Ali Salim et Saïd-Omar Saïd-Ahmed. C’était un spectacle désolant, déprimant et honteux…

3.- Le 3 août 1997: la «République» d’Anjouan proclame son «indépendance» unilatérale      

En février 1997, l’île d’Anjouan, criant joyeusement à sa «marginalisation», a fait semblant d’oublier que le Président Ahmed Abdallah, qui a été au pouvoir de 1978 à 1989, un record national, était originaire d’Anjouan, comme tous les Premiers ministres comoriens de 1989 à 1997. On a même vu deux Coprésidents anjouanais et un Premier ministre anjouanais dans le même gouvernement au début du régime politique d’Ahmed Abdallah en mai 1978.
      
Depuis février 1997, l’île d’Anjouan s’était installée dans une revendication inédite dans les annales politiques et diplomatiques: une demande de recolonisation tout de suite qualifiée de «rattachisme», en référence à la demande de rattachement de l’île à la France. Qu’est-ce qu’on n’a pas vu au cours de cette crise politique? Qu’est-ce qu’on n’a pas entendu au cours de cette équipée. Des Anjouanais disaient n’avoir aucune relation avec les Comores, et une organisation extrémiste et fasciste, l’Organisation pour l’indépendance d’Anjouan (OPIA), a vu le jour, exhibant des mots d’ordre d’une haine que ne nieraient ni le Ku Klux Klan, ni les Nazis.
      
Le 3 août 1997, l’indépendance d’Anjouan a été proclamée. Tout a été fait pour mettre fin à un séparatisme se nourrissant d’idées simplistes et farfelues. Ni les Accords de Fomboni du 17 février 2001, ni la Constitution du 23 décembre 2001 instaurant la présidence tournante entre les îles n’ont pu venir à bout de cette aventure séparatiste. Il a fallu attendre le 25 mars 2008 pour qu’enfin, sous l’autorité du futur Général Salimou Mohamed Amiri, et avec l’aide des troupes de l’Union africaine, l’Armée comorienne mette fin à cette «indépendance». Et, tout le monde connaît l’ingratitude avec laquelle a été traité le Général Salimou Mohamed Amiri, quand il semblait gêner les intérêts occultes des fossoyeurs de la République, et les injustices qu’il a subies depuis. Nous attendons toujours réhabilitation totale et réparation. Nous n’avons rien oublié et nous tenons à notre héros national…

Par ARM
© lemohelien – Dimanche 3 août 2014.
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