Commémoration de la libération d'Anjouan : Discours du 9 avril à Dzahadjou

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Mesdames, Messieurs, Honorables invités ; Que Dieu bénisse les Comores ! Ce pays que nous aimons tous tant a beaucoup souffert par...

Mesdames, Messieurs, Honorables invités ;


Que Dieu bénisse les Comores !
Ce pays que nous aimons tous tant a beaucoup souffert par des crises de tout genre. Parmi les plus destructrices, le séparatisme, qui nous a mis tous à genoux pendant une longue période de notre vécu commun. Espérons qu’elle sera un jour enterrée définitivement. Les Comores c’est quatre îles humainement unifiées, bien que géographiquement morcelées ; d’aucuns s’appuient sans-complexes sur cet aspect insulaire pour en faire un fonds de commerce politique, et s’accaparer fatalement du pouvoir conformément à l’adage : « diviser pour mieux régner ». 

C’est dans ce contexte, qu’après les velléités sécessionnistes qui ont débuté en 1997 à Anjouan recadrées par la constitution qui a généré la Tournante en 2001, d’autres formes de crise séparatistes encore plus graves puisque maquillées sous la forme de conflits de compétences ressurgissaient dans cette même île en 2007 ; elles ont gravement perturbé le fonctionnement régulier de l’Etat jusqu’à même empêcher le président Ahmed Abdallah Sambi de se rendre dans son île natale ; ce dernier, on s’en souvient, a même été empêché d’aller à l’enterrement de son propre père, pendant cette période de rébellion politique.
Après avoir épuisé toutes les formes de négociations, il ne restait que l’altérative de libérer l’île d’Anjouan militairement et la débarrasser de cette gangrène qui affectait le fonctionnement de l’Etat. Le Président Sambi et son Gouvernement en ont pris la décision ; c’était alors aux militaires de prendre leurs dispositions.
Après l’échec de l’opération « Goro » en 1997, l’Armée et la nation étaient dubitatives au sujet d’une autre intervention sur l’ile d’Anjouan; des oppositions s’exprimaient clairement, notamment au niveau politique ; ces oppositions n’avaient pas totalement tort car militairement parlant, une opération amphibie est une des missions militaires les plus difficiles au monde ; dans l’Histoire militaire au demeurant, peu d’opérations de ce genre ont réussi. Pour le Chef d’Etat-Major SALIMOU Mohamed Amiri, l’AND était bien à la hauteur d’une telle mission et avait l’obligation d’intervenir à Anjouan avec ou sans soutien extérieur.
L’AND est donc partie s’installer à Moheli pour préparer l’opération de débarquement à Anjouan, bravant les augures les plus pessimistes. Son chef d’état-major SALIMOU Mohamed Amiri, lança ces propos désormais entrés dans notre Histoire : « Nous ne retournerons jamais à la Grande Comore sans passer par Anjouan ». Il trouva certainement ce courage et cette fermeté par la volonté affichée de ses militaires et lui-même à recouvrer l’intégrité du pays. 
Le 25 Mars 2008 tout le monde, politique comme militaire a tenu sa promesse. Sous la houlette du Gouvernement Sambi, sous le commandement du Chef d’Etat-major Salimou Mohamed Amiri, appuyée par des troupes de l’Union Africaine, l’AND débarqua à Anjouan et mit fin au séparatisme qui y sévissait depuis une dizaine d’années. Une parole d’honneur tenue ! Que Dieu nous en donne tous l’occasion !


Honorables invités, mesdames et messieurs,
Le civisme et la responsabilité nous dictent de dépasser les esprits partisans, les calculs et raisonnement purement politiques qui causent d’ailleurs trop de torts à notre Armée. Il ne s’agit pas d’aimer ou pas tel ou tel citoyen de notre République; il s’agit de reconnaitre simplement et objectivement les mérites et le dévouement de chaque citoyen comorien quel qu’il soit.
De ce point de vue, nous louons sans complexe les efforts qu’avait déployés l’ex-président Ahmed Abdallah Sambi tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays pour que ce débarquement soit une réalité ; nous saluons aussi le Président Ikililou Dhoinine, à l’époque vice-président pour son soutien et ses efforts; nous saluons également les efforts de Monsieur Idi Nadhoim, à l’époque vice-président ; nous ne pouvons pas oublier la contribution du ministre de la Défense de l’époque, Mohamed Bacar Dossar ainsi que celle de l’équipe gouvernementale de l’époque dans son ensemble ; l’actuel Gouverneur d’Anjouan, son Excellence Anissi Chamsidine, doit également être cité pour sa participation directe dans cette opération, y compris dans les fameuses incursions menées sur l’ile d’Anjouan avant le débarquement . Que la société civile, les oulémas, les leaders politiques, la presse, les forces de l’ordre et de sécurité nationales et étrangères, et tous ceux qui, de près ou de loin, directement ou indirectement, ont aidé à ce débarquement, trouvent ici la gratitude de toute la nation comorienne


Mesdames et Messieurs ;
Le débarquement d’Anjouan a résonné en Afrique et dans le monde entier, montrant qu’une ère différente des coups d’état et de l’instabilité est possible aux Comores ; cela nous a valu la considération de beaucoup de nations ; nous devons préserver de tels acquis en encourageant le patriotisme des citoyens en général, et en particulier celui des défenseurs et gardiens de la cité que sont les militaires ; notre nation ne gagnera pas en marginalisant certains de ses dignes fils pour des calculs ou visées au demeurant incompréhensibles ; au contraire, elle a tout à gagner en encourageant et reconnaissant le dévouement et le mérite de tous ses enfants. Que dira demain en effet l’officier comorien qui verra le plus haut gradé de l’Armée traité de la sorte après un palmarès aussi brillant? Que diront les militaires qui ont vu qu’on a toujours omis de citer le cas exemplaire du colonel Adinani qui commandait le contingent comorien alors qu’il présente un handicap physique causé là encore par la rébellion de 1992 où il s’est brillamment illustré ? Croit-on qu’un tel ostracisme encouragera le dévouement et l’exemplarité chez nos militaires ? Bien sûr que non ! Si le sens du sacrifice, du don de soi et du devoir au service de la nation n’est pas reconnu, c’est bien sûr la porte ouverte à la traitrise et à l’irresponsabilité.


Honorables invités, mesdames et messieurs;
L’Histoire est la mémoire des peuples ; cette mémoire individuelle et collective éternise les moments sacrés qui constituent les fondements de notre société. Cette mémoire-là justement, n’est le monopole de personne ; nous avons tous le droit de nous souvenir de ces moments forts qui enracinent nos valeurs et restaurent nos espérances ; nous avons tous le droit de célébrer nos héros, dans le respect bien sûr des règles et lois de notre république ; nous avons tous aussi le droit de faire face aux fausses et subjectives interprétations de notre Histoire, aux dangereuses dérives consistant à falsifier notre Histoire pour en exclure certains de nos dignes fils ; nous avons tous le devoir, si cela est nécessaire, de rétablir la vérité des faits ; car comme disait si justement Albert Camus, « l’Histoire devient manichéenne dès qu’elle anime des désirs et légitime des passions » .
Nous en appelons donc à nos autorités publiques pour qu’elles comprennent qu’il est de leur devoir de rassembler, pas de diviser ou d’exclure ; de cultiver et d’encourager le patriotisme et les grandes vertus dans notre pays et pas l’inverse ; exclure de l’Armée ceux qui se sont distingués et dévoués pour elle quand on y intègre des rebelles qui ont tout fait contre l’Armée et la nation est une insulte à notre pays, à la dignité et à la fierté de tous les Comoriens. Le peuple comorien ne peut comprendre que les autorités publiques encouragent l’impunité des rebelles et sanctionnent ceux qui les ont combattus. Quelle ironie du sort ! Les auteurs de tels états de fait en porteront seuls l’entière responsabilité aujourd’hui et demain devant l’Histoire.
Sous le commandement du Général SALIMOU, les valeureux soldats de l’AND venaient de réussir là où les autres avaient échoué et de gagner la considération de toute une nation. Aujourd’hui, après le 09 Avril 2008, date à laquelle cet événement fut célébré pour la première fois, nous voici de nouveau à Dzahadjou Hambou pour perpétuer ce fait historique qui, au-delà des positions partisanes et subjectives, constitue un moment à nul autre pareil dans la vie de notre Armée, un repère chronologique important dans l’Histoire de notre jeune nation.
Ce jour-là en effet, sous les ordres d’un chef compétent, courageux et nationaliste, l’AND a regagné la confiance de tout le peuple comorien et rompu avec la réputation peu flatteuse du « na yile yi lale », en définitive celle d’une Armée bonne à rien ; ce jour-là, la nation comorienne a fait la paix avec elle-même, mais aussi avec son Armée ; pour reprendre les propos de Victor Hugo en de pareilles circonstances, ce jour-là notre « nation s’est reconnue dans son bouclier ».

Honorables invités, Mesdames et messieurs;
 Le Général SALIMOU n’est pas simplement un héros de Dzahadjou Hambou, il est un héros national ; le devoir de mémoire doit s’appliquer à lui comme à tous les dignes fils de notre république ; vouloir nier ses faits d’armes au point d’occulter son nom dans les cérémonies d’un débarquement dont il a été le chef, relève d’un négationnisme choquant et interpelle nos consciences de citoyens amoureux de leur pays. Aller jusqu’à inviter et citer le Général Igoti Daniel de Tanzanie dans la cérémonie commémorative tout en « oubliant » notre Général national ne valorise pas notre pays. Sachons, mesdames et messieurs, que le monde nous observe et observe nos contradictions : comment celui qui est incapable d’honorer ses propres enfants peut honorer ceux des autres ?
Nous estimons que nous avons l’obligation de raisonner en grands hommes et de savoir reconnaitre nos grands hommes sans ostracisme, si nous voulons être un pays respectable et non une simple nation d’arrière-cour. Si le Général SALIMOU avait échoué dans ce débarquement, l’échec lui aurait été imputée à lui tout seul en tant que chef militaire comorien; tout aurait été mis sur le compte de son entêtement que beaucoup à l’époque qualifiaient au mieux de naïveté, au pire de pure folie ; cela aurait probablement mis fin à sa carrière et à ses rêves de militaire; pourquoi la réussite doit donc être celle de tous les autres sauf la sienne ? Certes, le succès a toujours beaucoup de pères, même illégitimes, alors que l’échec n’a qu’un seul géniteur, mais tout de même !

Honorables invités, Mesdames et messieurs,
Le séparatisme a causé beaucoup de tort à notre nation. Certes, les présumés séparatistes restent nos frères et pas le contraire, mais avant de faire partie intégrante de nous-mêmes, un procès est nécessaire pour déterminer la vérité sur cette page noire de notre Histoire. Après cette vérité, suivra ensuite la réconciliation de tout un peuple.
Le pays est aujourd’hui unifié et l’espoir renait de tout un chacun pour un avenir nationaliste radieux ; prions que cela soit pérenne. C’est pourquoi le Comité d’Organisation de cet évènement, le village de Dzahadjou et la région de Hambou, s’engagent devant vous à rehausser cette date du 9 avril comme un jour à commémorer chaque année.
Ainsi, et eu égard à tout cela, au centre-ouest de l’île de Ngazidja, au cœur du village de Dzahadjou Hambou où nous nous trouvons actuellement, nous baptisons avec vous, à cet instant, ce lieu si mémorable ‘’ Place de la libération d’Anjouan’’.
Vive les Comores unies ! Je vous remercie !
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