Harmonisation des élections: sacerdoce ou panacée universelle?

Ni nécessité, ni obligation, mais une manœuvre dilatoire et une ruse. Nadjim, qui fait partie de ceux qui lisent les articles de ce sit...

Ni nécessité, ni obligation, mais une manœuvre dilatoire et une ruse.


Nadjim, qui fait partie de ceux qui lisent les articles de ce site, soulève deux questions qui nous interpellent tous: «Je voudrais profiter de cette occasion pour vous soumettre un sujet qui, à ce jour, me reste sans réponse. Aujourd’hui, à chaque fin de mandat, on nous parle d’harmonisation des élections, pour réduire le budget, selon les uns. Moi, en tant que simple citoyen, je me demande pourquoi ne pas commencer par réduire à deux les candidats qui arrivent en tête lors des primaires au lieu de trois pour les élections au niveau national. À ce jour, je me demande, sur quelle base les rédacteurs de la Constitution ont marché pour adopter 3 au lieu de 2 candidats». Bien évidemment, Nadjim soulève des questions qui sont intimement liées au fonctionnement du système politique comorien, avec ses hauts et ses bas, mais surtout avec ses nombreuses fuites en avant, qui résultent des négociations ayant donné lieu à une Constitution très mal rédigée et d’une applicabilité fort incertaine. Car, en effet, tout vient des conditions dans lesquelles la Constitution du 21 décembre 2001, telle qu’elle sera...
...tripatouillée par la suite par l’inégalable Ahmed Sambi, a été adoptée. S’en ajoute, la mauvaise foi manifeste des pouvoirs publics, toujours à la recherche de la moindre faille constitutionnelle pour assouvir leurs appétits de pouvoir en faisant dire à la Constitution ce qu’elle ne dit pas, et en procédant à de tripatouillages indignes d’une République, d’un État de Droit, d’une démocratie.
      
S’agissant, tout d’abord, de l’harmonisation des élections, elle n’est pas une obligation constitutionnelle. Elle n’est pas, non plus, une obligation politique. Dans aucun pays au monde, on ne parle d’«harmonisation des élections». Aux Comores, on n’en a jamais parlé avant l’avènement d’Ahmed Sambi, qui en fit un micmac qui n’était destiné qu’à lui permettre de créer du désordre dans le pays afin qu’il puisse rester au pouvoir ad vitam æternam. De la pure magouille politicienne, qui a conduit à une illégale et anticonstitutionnelle réduction des mandats des Présidents des Îles autonomes. Car l’ancien satrape avait exigé cette réduction de la durée de mandat aux fins d’«harmonisation des élections» avec l’espoir que les trois Présidents des Îles autonomes allaient refuser la réduction de leur mandat. Mais, les trois élus ont parfaitement compris où Ahmed Sambi voulait amener le pays et ont joué le jeu.
     
En 2009-2010, toute la manœuvre politique d’Ahmed Sambi reposait sur la «nécessité» d’harmoniser les élections. Or, cette «nécessité» n’est inscrite dans aucun document de Droit comorien. Elle ne figure même pas sur le texte constitutionnel. La période 2009-2010 est celle qui a consacré le règne des charlatans qui ont conseillé les pires monstruosités juridiques à Ahmed Sambi, monstruosités juridiques incluant l’abandon du sacrosaint principe de la non-rétroactivité de la Loi. C’est très grave. On est donc dans une logique de «Constitution, mon bon plaisir», pour reprendre la formule charnelle et désormais fort célèbre de M. Mohamed Lahbabi, mon Professeur d’Économie. Donc, l’harmonisation des élections telle qu’elle est imaginée et imposée par Ahmed Sambi et les crypto-sambistes et une notion étrangère au Droit positif comorien, et elle est très dangereuse pour l’État de Droit et la démocratie.

     
En effet, l’un des malheurs causés par la présidence tournante réside dans l’impunité, dans la mesure où le Président en exercice, sauf s’il est assoiffé de pouvoir comme Ahmed Sambi, ne peut pas se représenter à de nouvelles élections présidentielles, en briguant un mandat de chef d’État, que 10 ans après la fin de son mandat en cours. Ce Président-là, comme le prouve l’expérience actuelle, vit dans une impunité totale. Il ne craint aucune sanction. Or, le rôle des élections décalées, celles qu’on appelle des «élections à mi-mandat», est de lui prouver que sa politique est bonne ou mauvaise. Si, au cours du mandat du Président, il n’y a aucune élection pour juger des actions en cours, comment peut-on alors sanctionner le chef de l’État s’il est dans la mauvaise voie? Donc, n’en déplaise aux crypto-sambistes, une élection en cours de mandat est toujours un remède démocratique. Admettons, par exemple, que les élections de Députés de 2014 soient un échec pour le parti politique du Président de la République. Même si Ikililou Dhoinine veut arrêter sa carrière politique le 26 mai 2016, ces élections perdues constitueront un message politique dont il devra tenir compte.
     
En ce qui concerne le financement de l’élection, il s’agit d’un argument usé jusqu’à la trame car, d’une part, les Comores ne financent plus seules leurs élections, et d’autre part, les élections comoriennes ne coûtent pas des milliards, malgré toute la fumée que les autorités comoriennes sont en train de placer au-dessus des scrutins. Au surplus, il y a un moyen très commode pour financer les élections comoriennes: la réduction drastique des indemnités de déplacement du chef de l’État, des Gouverneurs des îles et des ministres à l’intérieur du pays et à l’étranger. S’en ajoutent les retraites d’anciens chefs d’État dont bénéficient déjà Azali Assoumani et Ahmed Sambi. L’argent perdu chaque mois dans des déplacements pareils et pour rémunérer les fossoyeurs du pays aurait permis une élection chaque semaine. On pourrait parler également des fonds spéciaux, d’un montant de 30 millions de francs comoriens par mois, sans oublier que le Président des Comores est le chef d’État le mieux payé au monde. En ramenant donc ces sommes d’argent à des proportions normales, à l’échelle du pays, les Comores n’auraient même pas besoin de faire financer leurs élections par d’autres États et par des organisations internationales. Prenons un exemple: à ce vendredi 20 décembre 2013, le Président des Comores n’a pas passé plus de 5 jours aux Comores depuis le début du mois: France, Afrique du Sud, Tanzanie, Kenya et Sultanat d’Oman. Or, chaque jour qu’il passe à l’étranger lui rapporte dans son compte bancaire personnel 2 millions de francs comoriens. 2 millions fois 15 jours, ça lui rapporte 30 millions de francs comoriens, soit 60.000 euros, le salaire de 5 ans pour un cadre comorien moyen travaillant comme un malade en France. Est-ce qu’avec 60.000 euros, on ne peut pas commencer à financer une élection? Et les autres voyages du Président? Et les voyages des autres autorités supérieures?
     
Donc, l’harmonisation des élections doit retarder ou empêcher la tenue des élections.
     
Puis vint le principe de 3 au lieu de 2 candidats pour le second tour de l’élection présidentielle. C’est du pur fantasme constitutionnel. Il faut se replacer dans le contexte de 2001, quand était négociée la Constitution du 21 décembre 2001. À l’époque, les séparatistes anjouanais étaient dans une logique d’enfants gâtés et capricieux. Ils proposaient tout et n’importe quoi, et les dadais représentant l’État comorien accédaient à tous leurs fantasmes, même aux plus enfantins: le changement de la dénomination officielle «République fédérale islamique» en «Union des Comores», changement du drapeau pour que chaque village des Comores puisse avoir une couleur qui le représente sur le tissu aux mille couleurs. Donc, puisque dans tous les pays du monde, on désigne 2 candidats pour le second tour, les séparatistes anjouanais voulaient satisfaire leur petit fantasme sexuel en exigeant 3 candidats.
     
Naturellement, en termes d’analyse politique, le principe de deux candidats au second tour est plus violent que celui de trois candidats, mais on doit retenir trois candidats pour quoi faire? Le principe des trois candidats au second tour brouille le jeu politique quand le score est très serré entre les candidats: 35%, 33% et 32%. Les pourcentages de ce type ne donnent pas au candidat élu une marge suffisante pour signifier une victoire sans anicroche. Un taux de 35% réduit considérablement la «légitimité morale» du Président, même si sa «légitimité constitutionnelle» est garantie, puisque la Constitution ne retient que la majorité relative, celle du candidat qui a le plus de points par rapport aux autres, même s’il n’atteint pas les 50,01%. C’est quand même grave. Naturellement, quand deux candidats seulement s’affrontent au second tour, les horizons sont plus dégagés, la visibilité politique est plus nette, et l’élection coûte légèrement moins cher. Mais, l’État comorien refuse toute forme de rationalité quand il se lance dans ses comptes d’apothicaire, qui doivent le conduire à de combinaisons et tripatouillages politiques et institutionnels qui ne sont, en fait, que des magouilles.

Par ARM
© www.lemohelien.com – Vendredi 20 décembre 2013.
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