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La mobilisation à Mayotte dure depuis maintenant un mois. Alors que le mouvement se durcit, sa dimension raciste et xénophobe s'affirme.
Barrage de Chiconi © Damien Gautreau

Mayotte s'enlise dans un conflit qui dure et s'intensifie malgré la venue de la ministre des Outre-mer et en dépit de l'appel à la levée des barrages de la part des élus mahorais. Les revendications portant sur les investissements publics et le rattrapage de l'important retard de développement sont reléguées au second plan. Les médias nationaux se focalisent sur l'insécurité et l'immigration, favorisant ainsi un amalgame dangereux qui n'est pas sans rappeler l'idéologie de l'extrême-droite. Il faut dire que de nombreux Mahorais mettent eux-mêmes l'accent sur la lutte contre l'immigration. 

La population étrangère fait figure de bouc émissaire et on lui impute tous les maux de l'île. Pourtant, les immigrés sont devenus absolument indispensables à l'économie locale et de nombreux secteurs dépendent de cette main-d’œuvre, du bâtiment à l'agriculture, en passant par la mécanique ou la pêche. Les immigrés, principalement des Comoriens des autres iles, vivent dans des conditions très précaires qui n'ont rien à envier aux pires bidonvilles de la planète. C'est pourtant eux qui sont stigmatisés et contre lesquels se portent les efforts du gouvernement.

En effet, le gouvernement n'a rien promis pour la santé, l'éducation, le logement ou l'emploi. L'ensemble des quinze propositions d'Annick Girardin concernent exclusivement la lutte contre l'insécurité et l'immigration. Afin de calmer les esprits, la gendarmerie et la police multiplient les actions en ce sens. On assiste à de véritables rafles et la préfecture annonce avoir expulsé 410 personnes en seulement 4 jours. Rappelons qu'à Mayotte, la France ne respecte pas ses propres lois, notamment en matière de reconduite à la frontière. 

Les individus sont arrêtés en pleine rue, immédiatement conduits au centre de rétention et expulsés dans les 48 heures. Ces mesures du gouvernement tentent de masquer l'insuffisance des investissements publics en Outre-mer et notamment à Mayotte, département le plus pauvre de France. Une position dénoncée par des membres de l'intersyndicale comme le SNES, principal syndicat enseignant, qui déclare dans un communiqué de presse daté du 16 mars :

« Même s’il est indispensable de mener des actions de police contre la délinquance et donc de renforcer les effectifs avec le matériel adapté, il parait évident que ni le financement national d’associations de lutte contre l’immigration clandestine, ni la suspension d’un mois des titres de séjours ne va résoudre le problème de l’insécurité à Mayotte. Rien n’est plus surprenant que d’ignorer le rôle de l’Éducation dans la lutte contre l’insécurité. »

L'acharnement incessant envers les immigrés à Mayotte est aussi dénoncé par le gouvernement de l'Union des Comores, lequel a déclaré le 14 mars :

« Nous refusons la stigmatisation qui veut que tout ce qui se passe à Mayotte soit le fait des Comoriens des autres îles » ajoutant que « les Comoriens qui vont à Mayotte ne sont pas des coupeurs de route ou des violeurs. Ils y vont pour du travail ou pour des soins ».

Pourtant, sur l'île, les tensions communautaires sont à leur comble. Dans le nord, une milice s'est constituée et se rend la nuit chez les étrangers afin de les déloger. C'est une centaine de personnes qui se sont vues ainsi tirées de leur sommeil par des groupes armés. Effrayées, ces familles quittent donc leur domicile et se réfugient à la gendarmerie. Cette situation est inédite en France mais pas à Mayotte qui connaît régulièrement ces opérations dites de « décasage », qui en plus d'être inhumaines sont illégales. La ministre a d'ailleurs appelé au calme et insiste sur le fait que la France est un État de droit. Pourtant, samedi 17 au matin, un cadavre est retrouvé sur la plage de Sohoa : nu, les mains attachées dans le dos, il porte de nombreuses marques de coups de machette. Ce cadavre est celui d'un jeune Comorien.

Le climat ici est donc délétère. Les personnes qui tiennent les barrages, dont bon nombre sont fortement alcoolisées, filtrent les individus en fonction de leur origine. Si les Comoriens des autres iles sont systématiquement discriminés, il en est désormais de même pour les mzungus, les métropolitains vivant sur l'île. En aparté, les gendarmes avouent leur impuissance face à ce phénomène. Cette discrimination touche même les véhicules de secours, comme le signale sur la chaîne Mayotte 1ere le docteur Philippe Durasnel, de l’hôpital de Mamoudzou, qui déclare : « les manifestants vérifient la nationalité des personnes dans l'ambulance, et nos équipages sont pris à partie ».

Rappelons qu'il y a un an, lors de l'élection présidentielle, Marine Le Pen faisait ici un de ses meilleurs scores et arrivait en tête du second tour dans plusieurs communes. Elle vient d'ailleurs de soutenir un candidat du parti « Les Républicains » pour la législative partielle, lequel a obtenu 32,69% des suffrages exprimés au premier tour.

PAR DAMIEN GAUTREAU - Professeur d'Histoire-Géographie Sada - Mayotte
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