Quand l'État s'absente, la rue s'embrase : lettre amère à la France

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Quand l'État s'absente, la rue s'embrase : lettre amère à la France. L'immigration n'est pas la cause des maux qui accablent la France. La dette franç

Quand l'État s'absente, la rue s'embrase : lettre amère à la France


Quand l'État s'absente, la rue s'embrase : lettre amère à la France

J'écris ces lignes avec un poids sur le cœur. Le samedi 17 octobre, des centaines de milliers de personnes ont défilé contre la vie chère, entre 550 000 et 800 000 selon le ministre de l'Intérieur et les organisateurs. Elles venaient dire, dans l'ordre et la dignité, qu'elles n'arrivent plus à vivre décemment de leur travail. La nuit venue, ce cri légitime a été recouvert par le fracas des vitrines brisées, des commerces pillés, des voitures incendiées et des bâtiments publics attaqués. Dans certaines villes, des rues entières ont été ravagées. Les forces de l'ordre ont compté plus de 1 800 interpellations et plus de 500 blessés dans leurs rangs dès dimanche matin, et le bilan ne cesse de s'alourdir.

Je le dis sans détour : rien ne justifie le pillage. Le commerçant qui voit son rideau arraché, le salarié dont la voiture brûle et le pompier blessé en intervenant n'ont aucune part dans la colère nationale. Ils sont les premières victimes de cette nuit. Je les plains sincèrement.

Mais condamner ne suffit pas. Il faut comprendre, et surtout il faut nommer les responsabilités.

Un État absent, un contrat rompu.

Un peuple ne se soulève pas un matin par caprice. Il se soulève quand le contrat qui le lie à ses dirigeants se délite. Cet engagement est simple : le peuple confie l'autorité, l'impôt et sa confiance, et l'État veille en retour à son bien-être et répond à ses besoins essentiels, se nourrir, se loger, se soigner, se déplacer, instruire ses enfants. Lorsque l'État s'absente, lorsque les promesses faites devant le peuple restent lettre morte, la patience se transforme en colère, puis en brasier. L'histoire de tous les pays l'enseigne : les peuples qui n'ont plus rien à espérer finissent par n'avoir plus rien à ménager.

Cette violence est le symptôme d'une gestion défaillante, qui ne date pas d'hier. Les biens et les valeurs de l'État, c'est-à-dire l'argent public, les services publics, le patrimoine commun et la parole donnée, n'ont pas été gérés avec la rigueur qu'exige la confiance populaire. Un gouvernement qui avait su anticiper la colère, écouter les syndicats, les lycéens, les agriculteurs et les soignants, et protéger les pouvoirs d'achat avant que la marmite ne déborde, aurait sans doute évité que la situation se détériore à ce point. Prévenir coûte toujours moins cher que réparer.

Qui l'aurait cru ?

Personne ne s'attendait à voir le climat sociopolitique français se dégrader de la sorte au XXIᵉ siècle. La France était connue pour son patriotisme, son courage, sa capacité à affronter les débats les plus inflammables sans y laisser son âme. Elle était résiliente. Elle savait discuter, parfois rudement, mais elle savait se retrouver autour de l'essentiel. Voir ses places et ses avenues transformées en champs de ruines, voir des maires de grandes villes se dire « très en colère » devant l'ampleur des dégâts, voilà une image qui blesse tous ceux qui aiment ce pays.

La France n'est plus la première puissance politique d'autrefois, et il serait vain de le nier. Reste à choisir comment l'on traverse ce déclassement : dans la lucidité et la solidarité, ou dans la division.

Ne cherchons pas le coupable là où il n'est pas.

C'est ici que mon amertume est la plus grande. Dans les moments de crise, la tentation est vieille comme le monde : désigner un bouc émissaire. Trop souvent, on désigne l'immigré. Je le dis avec force : c'est une lâcheté et une immaturité politique.

L'immigration n'est pas la cause des maux qui accablent la France. La dette française n'a jamais, sous aucune forme, été contractée au profit des immigrés. Elle résulte de choix budgétaires, fiscaux et économiques faits par des gouvernements successifs, et ce sont ceux-là qui doivent en répondre. Quant aux immigrés, ils ont depuis toujours servi la France et son image à l'international : ils ont bâti ses routes et ses logements, soigné ses malades, nettoyé ses villes, enseigné, créé, chanté, écrit, combattu sous ses drapeaux et porté ses couleurs dans le sport, les sciences et les arts. Ils ont contribué au rayonnement de la France dans tous les domaines de la vie sociale. Les accuser aujourd'hui de ses difficultés est une injustice et une fuite devant la réalité.

La France n'attend pas de son gouvernement qu'il lui désigne un coupable. La facture est immense, aucun bouc émissaire ne la réglera, et chercher un responsable commode ne fera qu'ajouter la haine à la ruine. Ce que la France attend de ses dirigeants, c'est qu'ils se remettent en question. Qu'ils reconnaissent leurs erreurs, regardent leur peuple en face et agissent avec lui dans la solidarité. Il faut sauver ce qui peut l'être et rendre au monde cette France médiatrice, conciliante et pacifiste, qui fait prospérer les Français et espérer les étrangers de par le monde.

Un mot aux Français, un mot au pouvoir

Aux Français, je réitère mon soutien entier et fraternel. Votre colère est légitime, votre fatigue est réelle, vos revendications méritent d'être entendues. Mais la violence n'est pas la solution pour le mouvement de protestation. Elle brise les vitrines, mais elle brise surtout votre cause : elle donne à ceux qui refusent de vous entendre le prétexte parfait pour détourner le regard. Ne laissez pas une poignée de casseurs confisquer la voix de centaines de milliers de manifestants pacifiques.

Au gouvernement, je rappelle que l'intimidation n'est pas le maître mot de la gouvernance. On ne rétablit pas la confiance par la peur, ni par la force seule. On la rétablit par l'écoute, la justice sociale et la parole tenue. Un État fort est un État qui rassure.

La France mérite mieux que la haine et le chaos. Elle mérite le dialogue, la dignité et un avenir partagé.

GHANEM Aboubacar

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