Palestine ou quand Gaza nous rappelle Diego Garcia et les contradictions des grandes puissances. Le rapprochement se situe ailleurs, dans la question.
Palestine ou quand Gaza nous rappelle Diego Garcia et les contradictions des grandes puissances
Diego Garcia est aujourd’hui l’une des principales bases militaires américaines de l’océan Indien. Pourtant, cette île n’était pas inhabitée lorsque les États-Unis et le Royaume-Uni décidèrent d’y installer leur infrastructure militaire. Dans les années 1960-1970, les Chagossiens furent progressivement expulsés de leur archipel et contraints de rejoindre Maurice et les Seychelles. Leur déracinement reste l’un des épisodes les plus marquants du passé colonial britannique. Cette histoire révèle une première contradiction : des puissances qui se présentent comme les défenseurs de la démocratie et des droits humains ont contribué à l’exil forcé d’un peuple pour satisfaire un objectif stratégique.
L’île de Diego Garcia est également associée aux controverses entourant les opérations secrètes américaines de « rendition » après le 11 Septembre. Si l’existence d’une prison secrète de la CIA sur l’île n’est pas établie de manière définitive, des transferts de détenus liés à ces opérations ont bien transité par l’île. Cette histoire résonne aujourd’hui avec la tragédie de Gaza, même si les deux situations ne sont ni identiques ni juridiquement comparables. Depuis octobre 2023, les Palestiniens de Gaza ont subi des destructions massives, des déplacements forcés et une catastrophe humanitaire considérable.
Le rapprochement se situe ailleurs, dans la question du traitement des populations civiles lorsque les intérêts militaires et géopolitiques prennent le dessus sur leurs droits. C’est là que surgit la grande contradiction des puissances. Elles invoquent le droit international lorsqu’il condamne leurs adversaires, mais leur langage devient souvent beaucoup plus prudent lorsqu’il concerne leurs alliés.
Pourquoi le droit international serait-il absolu pour les uns et négociable pour les autres ?
Les Chagossiens comme les Palestiniens rappellent, chacun dans son contexte, qu’un peuple ne disparaît pas simplement parce qu’une puissance veut transformer son territoire. Diego Garcia et Gaza nous invitent finalement à défendre un principe simple selon lequel les mêmes règles doivent s’appliquer à tous, quelle que soit leur puissance, leur alliance ou leur position géopolitique. Car derrière les bases militaires, les frontières et les stratégies des États, il y a toujours des êtres humains, des familles, des maisons, des cimetières, une mémoire et une terre.
Abdoulatuf Bacar

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