Exim Bank ou Trésor public : qui contrôle les recettes douanières des Comores ?

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Exim Bank ou Trésor public : qui contrôle les recettes douanières des Comores ? De nombreux Comoriens s’interrogent sur les raisons qui conduisent cet

Exim Bank ou Trésor public : qui contrôle réellement les recettes douanières des Comores ?


Exim Bank ou Trésor public : qui contrôle les recettes douanières des Comores ?

La gestion des recettes publiques constitue l'un des fondements de la souveraineté d'un État. Dans tout pays organisé, les recettes fiscales et douanières sont normalement centralisées par le Trésor public afin d'assurer la transparence, le contrôle des finances publiques et le financement des dépenses de l'État.

Dans un État moderne, la gestion de l’économie repose sur deux piliers essentiels : la politique budgétaire et la politique monétaire. L’une ne peut fonctionner efficacement sans l’autre. Bien que les Comores aient accédé à l’indépendance politique le 6 juillet 1975, notre pays continue de subir une forme de dépendance monétaire à travers l’utilisation du franc comorien, une monnaie française et la politique monétaire est piloté par la Banque Centrale Européenne, loin des Comores et des préoccupations du peuple Comorien.

La politique budgétaire consiste à collecter et à gérer les recettes publiques. Cette mission relève normalement du Trésor public. L’État perçoit les impôts, les taxes et les revenus des sociétés publiques, tandis que les services des douanes versent quotidiennement leurs recettes au Trésor afin de financer les dépenses publiques.

La politique monétaire, quant à elle, est conduite par la Banque centrale. Les Comores ne disposent pas réellement d’une banque centrale nationale mais celle-ci est une représentation du Trésor public français afin de collecter les devises pour l’envoyer en France au détriment des Comores et du peuple comorien. Cette situation limite considérablement notre marge de manœuvre économique et constitue, l’un des principaux obstacles à une véritable souveraineté nationale et à un développement économique et social. Après plus cinquante ans d’indépendance, les Comores n’ont pas toujours une monnaie nationale, donc pas de Banque Centrale digne de ce nom et pas de politique monétaire adapté au besoin socio-économique de notre pays.

Depuis plusieurs décennies, cinq principales banques commerciales exercent leurs activités aux Comores :

  • La Banque de Développement des Comores (BDC) ;
  • La Société Nationale des Postes et Services Financiers (SNPSF) ;
  • La Banque pour l’Industrie et le Commerce (BIC) ;
  • L’Exim Bank ;
  • La Banque Fédérale de Commerce (BFC).

Ces établissements sont des banques commerciales dont la vocation première est de financer l’économie et d’offrir des services bancaires aux particuliers et aux entreprises. En principe, elles n’ont pas pour mission de se substituer au Trésor public dans la gestion des recettes de l’État.

Dès lors, une question se pose : pourquoi les recettes douanières sont-elles versées à l’Exim Bank, une banque privée d’origine tanzanienne, plutôt qu’au Trésor public ?

De nombreux Comoriens s’interrogent sur les raisons qui conduisent cette banque à assurer une fonction qui relève normalement de l’administration financière de l’État. Quelles que soient les justifications avancées, cette situation mérite un débat public transparent. Les recettes douanières, qui constituent une ressource stratégique pour le budget national, devraient être gérées selon des règles garantissant la plus grande transparence et un contrôle rigoureux.

Certains expliquent ce choix par la nécessité pour l’État d’obtenir des avances de trésorerie afin d’assurer le paiement régulier des salaires des fonctionnaires. Si tel est le cas, on peut légitimement se demander pourquoi cette mission n’est pas confiée à des institutions financières nationales, telles que la Banque de Développement des Comores ou la SNPSF, qui disposent également des compétences nécessaires pour accompagner l’État dans ses besoins de financement.

Comme indiqué précédemment, la politique budgétaire ne peut être pleinement efficace sans une politique monétaire adaptée. Dans de nombreux pays, la banque centrale peut soutenir temporairement la trésorerie de l’État lorsque les recettes fiscales et douanières ne sont pas encore encaissées. Cela permet d’assurer la continuité des services publics et le paiement des dépenses essentielles, notamment les salaires des fonctionnaires.

Le budget de l’État est constitué de recettes et de dépenses. Lorsque les recettes arrivent avec retard, des mécanismes financiers existent généralement pour éviter les tensions de trésorerie. La question qui se pose aujourd’hui est donc celle de la capacité de nos institutions financières à jouer pleinement leur rôle au service du développement national.

Il apparaît difficilement acceptable qu’une banque commerciale puisse, de fait, exercer des fonctions traditionnellement dévolues au Trésor public, institution républicaine disposant de personnels qualifiés et de prérogatives spécifiques. Cette situation alimente les interrogations sur l’état de nos institutions financières et sur la nécessité de renforcer les capacités de l’administration publique.

Au-delà du débat technique, cette question renvoie à un enjeu fondamental : celui de la souveraineté économique et financière des Comores. Un État véritablement indépendant doit disposer d’institutions fortes, transparentes et capables d’assurer la gestion rigoureuse des ressources publiques dans l’intérêt exclusif de la nation.

La centralisation des recettes publiques au sein des institutions de l’État constitue un principe fondamental de bonne gouvernance. Toute dérogation à ce principe doit être justifiée de manière claire, transparente et conforme à l’intérêt général.

C’est à cette condition que les Comores pourront consolider leur développement, renforcer leur souveraineté économique et restaurer la confiance des citoyens dans leurs institutions.

Said Ahmed Said Abdillah
Président du Parti Comores Alternatives (P.C.A.)
Membre fondateur du Rassemblement de l’Opposition Comorienne (R.O.C.)

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