Comores : quand la répression franchit les portes des mosquées

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Comores : quand la répression franchit les portes des mosquées. Aux Comores, le colonel Azali Assoumani est arrivé au pouvoir pour la première fois à.

Alors que l’état de santé de l’ancien président Sambi suscite une vive inquiétude au sein de la population comorienne, les événements survenus à Moroni à l’occasion d’une prière collective organisée pour sa guérison soulèvent de nombreuses interrogations. Cette situation met en lumière l'absence de respect des libertés publiques, religieuses et politiques aux Comores.

Comores : quand la répression franchit les portes des mosquées


Comores : quand la répression franchit les portes des mosquées

Aux Comores, la question n’est plus seulement politique. Elle touche désormais aux libertés les plus fondamentales, y compris le droit des citoyens de se réunir pacifiquement dans un lieu de culte. Depuis plusieurs années, l’opposition dénonce une concentration croissante du pouvoir entre les mains du président Azali Assoumani. Arrestations de figures politiques, restrictions des libertés publiques, pressions sur les voix dissidentes : autant d’éléments qui alimentent les inquiétudes sur l’état de la démocratie dans l’archipel.

Aux Comores, le colonel Azali Assoumani est arrivé au pouvoir pour la première fois à la suite d’un coup d’État, le 29 avril 1999. Après les accords de Fomboni, il s’est maintenu au pouvoir grâce à des élections contestées et entachées de nombreuses irrégularités. Toutefois, bénéficiant du soutien de la Françafrique, les instances internationales l’ont reconnu comme élu. Il est revenu au pouvoir en 2016 à la suite d’élections marquées, par des manipulations électorales dans le cadre d’un scrutin à deux tours. Dès son retour aux affaires, il a fait, comme tout dictateur écarté ou emprisonné voire éliminé physiquement ceux qui l’avaient aidé à accéder au pouvoir.

Parmi les forces politiques ayant contribué à son retour au pouvoir en 2016 figurait le parti Juwa, dirigé par l’ancien président Ahmed Mohamed Abdallah Sambi. Cette alliance politique, qui s’était traduite par la participation du parti Juwa au gouvernement, s’est rapidement transformée en rupture profonde. L’ancien président Ahmed Mohamed Abdallah Sambi a ensuite été arrêté et maintenu en détention pendant plusieurs années, une situation dénoncée par ses partisans ainsi que par plusieurs organisations de défense des droits humains.

Aujourd’hui, les inquiétudes se multiplient quant à l’état de santé de l’ancien chef de l’État. Face à la dégradation de sa condition physique, de nombreuses voix se sont élevées pour réclamer son transfert à l’étranger afin qu’il puisse bénéficier de soins médicaux adaptés. Des responsables politiques de diverses sensibilités, des militants de la société civile ainsi qu’une partie importante de la population considèrent que les impératifs humanitaires devraient prévaloir sur toute autre considération.

Le secrétaire général du parti Juwa a adressé une correspondance au président de l’Union des Comores afin de solliciter l’autorisation de permettre à Ahmed Mohamed Abdallah Sambi de recevoir des soins spécialisés à l’étranger. La réponse du colonel Azali Assoumani renvoyant la question à l’appréciation du corps médical, est insuffisante et peu rassurante face à l’urgence de la situation.

C’est dans ce contexte que des militants de Juwa, rejoints par d’autres responsables politiques et plusieurs citoyens, avaient prévu d’organiser une prière collective à la grande mosquée de Moroni pour invoquer la guérison de l’ancien président. Les forces de sécurité ont empêché l’accès à la mosquée et interdit le rassemblement. Cette affaire renforce le sentiment d’exaspération qui traverse une partie de la population. Beaucoup ont désormais le sentiment que le contrôle du pouvoir s’étend au-delà de la sphère politique pour toucher les espaces religieux, sociaux et associatifs.

Le silence observé par plusieurs partenaires internationaux présents aux Comores, notamment l’Union européenne, la France, la Chine, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et la Tanzanie, suscite également des interrogations. Pour de nombreux Comoriens, la défense des droits humains et des principes démocratiques devrait demeurer une préoccupation constante, indépendamment des considérations diplomatiques ou stratégiques.

Le peuple comorien aspire à davantage de justice, de liberté et d’alternance démocratique. Beaucoup souhaitent voir émerger une gouvernance fondée sur le dialogue, le respect des institutions et la protection effective des droits fondamentaux.

L’histoire montre que la stabilité durable d’une nation ne peut être construite ni sur la peur, ni sur la répression, ni sur l’exclusion politique. Elle repose au contraire sur la justice, le dialogue, le respect des libertés fondamentales et la confiance entre gouvernants et gouvernés. Plus que jamais, les Comoriens aspirent à un avenir fondé sur ces principes et à une gouvernance respectueuse de la dignité humaine, de l’État de droit et des valeurs démocratiques.

Mr Said Ahmed Said Abdillah
Président du Parti Comores Alternatives (PCA)
Membre fondateur du Rassemblement de l’Opposition Comorienne (ROC)

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