17 février 2001 – 17 février 2026, 25 ans après l'Accord cadre de Fomboni : Parlons un peu des hommes de l'ombre de cette unité nati...
17 février 2001 – 17 février 2026, 25 ans après l'Accord cadre de Fomboni : Parlons un peu des hommes de l'ombre de cette unité nationale retrouvée
Il y a des dates qui ne relèvent pas seulement du calendrier, mais qui s’inscrivent durablement dans la conscience collective d’un peuple. Le 17 février 2001 en fait partie. À Fomboni, sur l’île de Mohéli, les Comoriens se retrouvaient pour tourner l’une des pages les plus douloureuses de leur histoire récente, celle de près de quatre années de séparatisme, de conflits larvés, d’évitements, d’humiliations réciproques et de zizanies politiques stériles.
Dans cette image historique du 17 février 2001, de gauche à droite, le Colonel Abeid, le Colonel Azali et Souef Mohamed El-Amine, Chef de la Diplomatie comorienne.
Vingt-cinq ans plus tard, sous l’impulsion du Chef de l’État Azali Assoumani, la commémoration de l’Accord-cadre de Fomboni, mardi 17 février 2026 rappelle que cette paix ne fut ni spontanée encore moins facile. Elle fut le fruit d’un travail acharné, courageux, souvent ingrat, mené dans un contexte national et international particulièrement défavorable à Moroni, notamment après l’intervention militaire du 30 avril 1999.
L’Accord de Fomboni, signé par Mohamed Fazul, le Lt-Colonel Saïd Abeid, Abbas Djoussouf, Ali Toihir, Saidali Bacar, Issamidine Adaine et le Colonel Azali Assoumani pour la partie comorienne, et co-signé par la communauté internationale — représentée notamment par Francisco José Curto Madeira pour l’OUA et André Salifou envoyé spécial de l'OIF— mit fin au séparatisme insulaire et ouvrit la voie au référendum constitutionnel du 23 décembre 2001. Approuvée à 76,99 %, la nouvelle Constitution donna naissance à l’Union des Comores et à la présidence tournante insulaire.
Ce 17 février 2001 fut surtout un autre jour. Il l’est resté. Et il le restera, quoi qu’en disent les lectures réductrices ou intéressées. Car la paix et la stabilité retrouvées ce jour-là constituent des valeurs cardinales, appelées certes à s’adapter aux évolutions du monde, mais dont l’essence demeure intangible pour le vivre-ensemble et le bien commun.
Cette réussite porte la marque d’une équipe qui, autour du président Azali, fit preuve d’une résilience exceptionnelle face aux exigences parfois démesurées, aux provocations et aux humiliations. Une équipe qui sut conjuguer fermeté et souplesse, détermination et intelligence diplomatique, jusqu’à imposer l’évidence du dialogue.
Dans cette équipe, des figures s’imposent avec force et constance, (ne soyons pas ingrats) : d'abord celle de Souef Mohamed El-Amine.
Ancien député, plusieurs fois ministre des Affaires étrangères, ambassadeur à maintes reprises pour le compte des Comores et de la diplomatie multilatérale, aujourd’hui Chef de Cabinet du président de la Commission de l’Union africaine S.E Mahamoud Ali Youssouf, SOUEF incarne une diplomatie de profondeur, faite de culture, de sang-froid et de sens stratégique.
Sous Azali I, alors que la communauté internationale n’était pas spontanément favorable à Moroni, SOUEF fut à l’avant-garde d’une diplomatie de reconquête. Il comprit que l’art diplomatique commence par la maîtrise de la langue de l'autre, des langues simplement— pas seulement linguistiques, mais culturelles et symboliques. Son échange devenu emblématique avec Boutros Boutros-Ghali, alors Secrétaire général de la Francophonie, en témoigne lorsqu'un jour, entre les deux diplomates, un simple au revoir formulé en dialecte égyptien, à la sortie d’un premier entretien tendu, suffit à briser la distance, ouvrir la confiance et relancer un dialogue décisif. Cet épisode, consigné dans « En attendant la prochaine lune… Carnets 1997-2002» de Monsieur Boutros-Ghali, marque un tournant pour Moroni qui sera progressivement réintégrée dans le concert international.
Il n’est donc ni anodin ni insignifiant d’entendre aujourd’hui, à l’occasion de la commémoration de Fomboni, Saidali Bacar citer SOUEF Mohamed El-Amine comme référence. Cette reconnaissance venue d’un ancien adversaire rappelle une vérité essentielle, que la paix comorienne fut aussi l’œuvre d’hommes de l’ombre, souvent invisibles, mais déterminants.
Car et puis, autour des figures les plus exposées, d’autres acteurs ont consenti des sacrifices politiques majeurs. C'est le cas d'Abdou Soefo. Il accepta de sacrifier son propre parti, convaincu que l’intérêt supérieur de la Nation primait sur toute logique partisane. C'est aussi le cas de l’ancien président par intérim, ancien Secrétaire Général de la COI Hamada Madi Boléro qui fit, lui aussi, le choix courageux de s’éloigner de son camp politique historique avec Said Abdallah Mchangama, pour privilégier la voie du compromis national. À leurs côtés, Boicho et Haidar Salim ont contribué, dans une grande discrétion, à maintenir vivants les canaux du dialogue.
Ces hommes consacraient des nuits entières à recevoir les négociateurs, dans des bureaux austères transformés en véritables laboratoires de la paix. Les heures y étaient interminables, l’usure réelle, mais la conviction intacte, celle que la réconciliation entre Comoriens valait tous les renoncements.
Abdou Soefo et Hamada Madi Boléro furent particulièrement déterminants lors de la rencontre d’Antananarivo. Ils multipliaient les allers-retours entre Saint-Denis, Moroni et Antananarivo, portant des messages sensibles, désamorçant des blocages, rétablissant des passerelles de confiance là où la rigidité politique menaçait tout.
Les évoquer aujourd’hui n’est ni un geste nostalgique ni un exercice minimal de justice mémorielle. Considérons-le comme étant un devoir d’histoire. Car la paix scellée à Fomboni, ce jour-là ne s’est pas imposée d’elle-même. Mais elle a été patiemment construite par des femmes et des hommes qui ont accepté de s’effacer pour que la Nation avance.
À l’heure où l'Union des Comores poursuit son chemin dans un monde en recomposition, se souvenir de Fomboni, c’est rappeler que l’unité nationale est une conquête permanente — et que la diplomatie, lorsqu’elle est portée par l’intelligence, la culture et le courage, peut changer le cours de l’Histoire.
Abdoulatuf Bacar

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