Le désarroi d’une opposition comorienne en quête d’identité. Le cœur du problème réside dans cette indécision chronique : l’opposition ne parvient pas
Le désarroi d’une opposition comorienne en quête d’identité
Dans le paysage politique comorien, marqué par un régime autoritaire qui s’est imposé depuis avril 2018 à travers les Assises nationales – un processus auquel certains opposants actuels ont eux-mêmes participé –, l’opposition, dont je fais partie, peine à trouver une cohésion et une stratégie efficace pour contrer ce pouvoir.
Au fil des huit dernières années, toutes les initiatives lancées pour défier le régime d’Azali Assoumani se sont soldées par des échecs retentissants. Cette impuissance n’est pas seulement due à la répression gouvernementale, mais aussi à une division interne profonde, exacerbée par une idéologie radicale qui a infiltré les rangs de l’opposition. Celle-ci se retrouve ainsi dispersée, sans ligne politique claire ni vision unifiée, comme un corps sans tête, incapable de mobiliser ses forces pour un combat cohérent.
Le cœur du problème réside dans cette indécision chronique : l’opposition ne parvient pas à définir le mode opératoire de sa lutte. D’un côté, elle rechigne à s’engager pleinement dans une voie politique et démocratique, qui impliquerait des négociations structurées, des alliances durables et une mobilisation populaire pacifique au sein des institutions existantes ou en exil. De l’autre, elle évite toute approche idéologique plus belliciste, qui pourrait impliquer des actions directes et confrontationales, par crainte des risques ou par manque de consensus. Cette ambivalence la paralyse, la laissant dans un limbo où les efforts sporadiques ne mènent nulle part. Au lieu d’une stratégie collective, on observe des initiatives isolées, souvent portées par des individus courageux mais solitaires.
Un exemple emblématique de cette dysfonction est l’action récente d’Achraf Saïd Hachim, un membre de l’opposition qui a pris l’initiative de mener seul le flambeau de la résistance. Le 10 janvier dernier, il a organisé un rassemblement qui a réuni non seulement des Comoriens engagés, mais aussi des soutiens européens, marquant une tentative d’internationaliser la cause et de gagner en visibilité.
Cependant, cette présence étrangère a provoqué une réaction virulente du gouvernement comorien, qui y a vu une menace à sa souveraineté. Plus troublant encore, certains acteurs au sein de l’opposition elle-même ont critiqué cette démarche, l’assimilant à une résurgence du mercenariat – une référence douloureuse à l’histoire trouble des Comores, marquée par des interventions extérieures violentes dans les années passées. Cette division interne, où des alliés potentiels se déchirent sur des questions de forme plutôt que de fond, illustre parfaitement l’incapacité de l’opposition à s’unir autour d’objectifs communs.
C’est précisément cette attitude incohérente qui suscite mon profond désarroi. Comment une opposition, censée incarner l’espoir d’un changement démocratique, peut-elle se saborder ainsi en ne sachant pas ce qu’elle veut ? En refusant à la fois les voies pacifiques et les approches plus radicales, elle se condamne à l’inaction, laissant le champ libre au régime en place. Ce manque de clarté non seulement affaiblit notre crédibilité auprès de la population comorienne, épuisée par des années d’instabilité, mais il décourage aussi les soutiens internationaux qui pourraient amplifier notre voix.
Il est temps que l’opposition sorte de cette torpeur idéologique, qu’elle définisse une stratégie hybride – alliant diplomatie, mobilisation civile et pression internationale – et qu’elle transcende les ego et les suspicions pour former un front uni. Sans cela, les Comores risquent de s’enliser davantage dans l’autoritarisme, et notre lutte, déjà si longue, deviendra vaine. Mon appel est simple : clarifions nos intentions, unissons nos forces, ou acceptons l’échec comme destin.
Dr ADAM Jimmy
Militant du parti Juwa

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