Mohamed Youssouf, Mbaba Mbaé alias Barouf : un homme au centre du Mila-Na-Ntsi comorien. Mais l’homme ne se limite pas à la tradition. Mohamed Youssou
Mohamed Youssouf, Mbaba Mbaé alias Barouf : un homme au centre du Mila-Na-Ntsi comorien
Cette image, datée du 31 juillet 2023, n’a rien d’anodin. Ce jour marque le coup d’envoi du Grand Mariage de la fille aînée, Tachrifa Mohamed Youssouf, elle-même fille de Mohamed Youssouf Barouf, avec Djaé Abdou Bacar.
Sur cette photographie, un homme se tient au centre. Bien entouré, délicatement protégé. Cet homme, c’est Mohamed Youssouf, connu de tous sous le nom de Mbaba Mbaé ou Barouf — une figure majeure de la tradition, un pilier discret, un repère respecté.
Depuis des décennies, Barouf fascine. D’abord sa propre génération, qui reconnaît en lui un homme de savoir et de mesure. Puis celles qui ont suivi, séduites par son érudition, sa maîtrise absolue des rouages du Mila-Na-Ntsi, le système traditionnel comorien régissant les alliances, les mariages et les équilibres communautaires.
Rares sont ceux, aujourd’hui, capables de naviguer avec autant de précision et de finesse dans les subtilités de cette institution. Il connaît les racines de chacun et chacune de nous, de chaque lignée, qu’elle soit locale, régionale ou nationale. Aucune famille ne lui est étrangère, aucune histoire familiale ne lui échappe. Sa mémoire est un registre vivant, un patrimoine oral incarné.
Mais l’homme ne se limite pas à la tradition. Mohamed Youssouf est aussi un logisticien né, un gestionnaire hors pair des grands événements, et même des plus modestes. Qu’il s’agisse d’un mariage, d’une cérémonie coutumière, d’un évènement diplomatique ou d’une simple réunion communautaire, il veille à ce que chaque détail soit pensé, anticipé, orchestré.
Autour de lui gravitent des femmes et des hommes venus chercher un conseil, un arbitrage, une orientation. Et il répond, avec calme, retenue et justesse. Il n’est jamais en vacances, dit-on de lui, tant il consacre son temps aux autres, à leur réussite, à la préservation des équilibres.
Son autorité tranquille repose sur quatre piliers :
• une parfaite maîtrise du Mila-Na-Ntsi,
• un calme légendaire,
• des silences lourds de sens, redoutés autant que respectés,
• et une franchise exemplaire lorsqu’il s’agit de sanctionner pour corriger.
Plusieurs témoignages recueillis à Koimbani montrent qu’il fait partie des rares à savoir mettre de côté les intérêts personnels et ceux de ses proches lorsqu’une sanction s’impose. Il s’est toujours soucié de voir émerger, à l’avenir, une relève communautaire capable de prendre des décisions fermes et équitables — y compris lorsqu’elles concernent des proches.
Ces qualités font de Barouf une figure respectée, parfois crainte, mais toujours estimée.
Dans cette image du 31 juillet 2023, plus qu’un homme au centre, on voit un symbole : celui d’une sagesse vivante, d’un patrimoine humain qui continue de transmettre, d’éclairer et de rassembler.
Abdoulatuf Bacar

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