Des diplomaties à la dérive. Sur les 15 membres du Conseil de sécurité, 11 ont voté pour la résolution, aucun ne s'y est opposé, la Russie, la Chine e
Des diplomaties à la dérive
Le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté ce vendredi 31 octobre une résolution qui acte une clarification statutaire plus favorable aux thèses marocaines au sujet du Sahara occidental en estimant "qu'une véritable autonomie sous souveraineté marocaine pourrait représenter la solution la plus réalisable" au différend qui oppose le royaume chérifien aux indépendantistes du Polisario soutenus par l'Algérie et qui empoisonne par ricochet les relations entre Rabat et Alger.
Sur les 15 membres du Conseil de sécurité, 11 ont voté pour la résolution, aucun ne s'y est opposé, la Russie, la Chine et le Pakistan se sont abstenus. L'Algérie n'a pas participé au vote, sachant que la partie était déjà perdue du fait de l'absence de veto de la part de la Russie et de la Chine. La nouvelle résolution ne prévoit pas l'organisation d'un référendum. Le texte constitue donc une rupture par rapport à la doctrine onusienne en matière de décolonisation. Et un camouflet pour Alger dont l'influence ne cesse de s'éroder sur la scène internationale.
Sa candidature aux BRICS a été rejetée lors du 15 ème sommet de cette organisation tenu à Johannesburg en Afrique du Sud du 22 au 24 août 2023 suite au veto de l'Inde et du Brésil. Raisons invoquées : poids économique insuffisant, PIB par habitant trop faible par rapport à celui des États membres et des autres pays candidats, économie peu diversifiée, système bancaire obsolète. Comment l'Inde et le Brésil peuvent-ils jeter ces arguments à la figure de l'Algérie qui est pourtant la 4ème puissance économique de l'Afrique derrière le Nigeria, l'Égypte et l'Afrique du Sud et admettre en même temps l'adhésion de l'Éthiopie, un pays très pauvre, 175 ème sur 191 au classement mondial de l'IDH et classé parmi les pays les moins avancés ?
Le Mali, un voisin qui était un allié de longue date n'a plus d'ambassadeur en Algérie depuis le 6 avril 2025, entraînant dans son sillage et par solidarité le départ d'Alger des ambassadeurs des autres pays de l'AES, le Niger et le Burkina Faso. Le torchon brûle entre les deux pays depuis 2023. Le Mali accuse l'Algérie de le considérer comme : "son arrière cour ou un État paillasson, sur fond de mépris et de condescendance" et d'abriter sur son sol les bases arrière des mouvements rebelles et les terroristes qui le déstabilisent. Et comme pour frapper Alger là où ça fait plus mal, Bamako s'est rapproché de façon spectaculaire de Rabat à l'occasion de la visite du chef de sa diplomatie dans le royaume chérifien les 22 et 23 décembre 2023.
Les déboires actuels ne doivent pas faire oublier que la diplomatie algérienne a connu par le passé des heures plus glorieuses.
Elle a réussi, au grand dam du Maroc, à faire admettre à l'OUA (ancêtre de l'Union africaine) la République arabe sahraouie démocratique, une entité qui ne constitue pas pourtant un État souverain au regard du droit international. L'Algérie a été élue à 4 reprises membre non permanent du Conseil de sécurité par l'Assemblée générale de l'ONU.
Pour finir, elle a été désignée chef de file de la méditation internationale pour résoudre les différends entre l'État malien et les mouvements rebelles par l'Accord d'Alger signé le 15 mai et le 20 juin 2015. (Le gouvernement malien a dénoncé cet accord le 25 janvier 2024).
Aucune position n'est immuable, aucun statut n'est figé, aucune influence n'est éternelle. Chaque État se doit d'adapter en permanence sa stratégie et ses postures au gré de ses intérêts. Il faut savoir soigner en permanence ses relations avec ses partenaires. Il ne faut jamais fermer toutes les portes. Il faut savoir établir des canaux de communication avec ceux pour lesquels on n'éprouve - c'est un euphémisme- aucune sympathie.
Croire que la solidarité est naturelle et automatique entre pays voisins ou partageant la même religion est une naïveté impardonnable et une erreur aux conséquences désastreuses pour les intérêts des États que l'on représente.
Dans les relations internationales, il ne suffit pas d'avoir le droit avec soi. Il faut aussi savoir construire un rapport de force favorable pour que les principes deviennent réalité. Le peuple comorien et ses dirigeants ne pourront pas ignorer cette loi universelle.
Abdourahamane Cheikh Ali
Mkazi

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