La dernière sortie médiatique de Monsieur Soimadou est tout sauf compréhensible. Je me souviens d’un jour : le retour d’exil du président Mohamed Taki
Quand l’histoire est travestie, le silence devient complicité
Face aux attaques injustes contre la mémoire d’Ali Soilihi, j’ai choisi de répondre, non par la colère, mais par la vérité.
Parce qu’un peuple sans mémoire est un peuple sans horizon.
L’Histoire jugera (Etareh ndo Hakim)
La dernière sortie médiatique de Monsieur Abdou Soimadou Mohamed est tout sauf compréhensible.
Quand il s’acharne à cracher son fiel sur Ali Soilihi, il ne fait pas œuvre d’analyse : il rejoue la haine de classe, celle qui dévore la conscience et travestit la vérité.
J’ai longtemps admiré Abdou Soimadou Mohamed. Dans ma jeunesse, il incarnait pour moi l’intellectuel courageux, debout contre le système corrompu qui étouffe notre pays. Aujourd’hui, il brise lui-même cette image, et je découvre, non sans amertume, qu’il est devenu le miroir inverse de ce qu’il prêchait jadis.
Je me souviens d’un jour : le retour d’exil du président Mohamed Taki. Nous étions nombreux, au café du port, à observer le cortège de Mbeni. Une femme, exaltée, invita Soimadou à rejoindre la liesse. Il y alla. Et, ce jour-là, l’ancien révolutionnaire tourna le dos à son propre combat.
Plus tard, j’appris qu’il avait changé de camp, vexé d’avoir été supplanté par Moustoifa Saïd Cheikh à la tête du Front Démocratique. De cette blessure d’orgueil naquit la trahison. Depuis, il s’est mué en procureur amer, accusant Ali Soilihi de trahison, oubliant que le seul traître ici, c’est celui qui a renié sa propre cause.
Quand Ali Soilihi abolit les privilèges, il ne fit que rendre au peuple ce qu’on lui avait volé : sa dignité, sa voix, son droit d’exister. Mais pour certains, cette audace fut un crime impardonnable. Car abolir les privilèges, c’est aussi priver les privilégiés de leurs passe-droits. Voilà sans doute la blessure secrète de Soimadou : découvrir qu’un autre, plus brave que lui, avait eu le courage d’agir pendant qu’il observait à distance, à l’abri du peuple qu’il disait aimer.
Derrière sa colère, je lis la nostalgie d’un monde ancien, celui où la naissance et la notoriété valaient plus que la compétence et la justice. Cette idéologie, qu’Ali Soilihi a piétinée, s’appelait l’ustahikocratie : la croyance que le pouvoir appartient à ceux qui “méritent” par héritage, non par effort.
C’est cette illusion qu’il défend aujourd’hui, sous couvert de sagesse.
Mais sa parole n’est plus visionnaire, elle est revancharde.
Qu’il ose justifier ses insultes à la mémoire de Ali Soilihi en évoquant la récupération par l’État de biens publics détournés, c’est l’indécence poussée jusqu’à l’absurde. Si chaque responsable pouvait repartir avec les biens de la nation, la République deviendrait un marché noir. Voilà le monde dont il rêve : un monde sans justice, où le vol devient mérite et l’équité, une offense.
Il se dit défenseur de la liberté. Mais lorsqu’il fut ministre de l’Information, il verrouilla les médias publics pour en faire une caisse de résonance du pouvoir. Et quand il dirigea Al-Watwan, il y fit régner la peur et la censure. Comment parler aujourd’hui de liberté, quand on a soi-même muselé la vérité ?
Non, camarade d’hier, ce que tu appelles lucidité n’est qu’un reflet amer du reniement.
Ce que tu nommes courage, c’est la nostalgie des privilèges perdus.
Et ta prétendue fidélité à la vérité n’est qu’une allégeance honteuse au conservatisme que tu feignais de combattre.
On oublie trop souvent qu’Ali Soilihi n’est pas entré en politique par ambition, mais par nécessité.
Il n’était pas un homme de pouvoir, mais un homme de terrain, passionné par le développement rural et la dignité du travail.
Bien avant de parler au peuple, il vivait parmi lui : dans les champs, les coopératives, les centres de développement agricole qu’il a contribué à créer.
Il fut de ceux qui ont organisé les mutuelles, encadré les paysans, accompagné les premières unités de transformation, convaincu que la souveraineté d’un pays commence par l’autonomie de son peuple.
C’est là, dans la poussière des villages et non dans les salons du pouvoir, qu’est née sa révolution.
Une révolution qui n’avait pas pour but de briller, mais de bâtir.
Et c’est sans doute ce lien viscéral avec la terre et les humbles qui rend aujourd’hui sa mémoire si insupportable à ceux qui n’ont jamais compris que servir le peuple n’est pas le dominer, mais l’élever.
Mais laissons l’Histoire juger, et le peuple dire.
Car les discours finissent toujours par s’effacer, mais les combats sincères demeurent.
Et pendant que certains s’épuisent à salir les mémoires, d’autres poursuivent, en silence, le vrai combat :
celui contre la pauvreté, l’ignorance et la tyrannie de ce temps.
C’est à ce combat qu’Ali Soilihi a consacré brillamment sa vie, et qu’il a glorieusement perdu, non par faiblesse,
mais parce qu’il avait eu le tort immense de vouloir libérer son peuple trop tôt.
« Etareh ndo Hakim », disait Ali Soilihi, l’Histoire est le seul juge.
Et son verdict, tôt ou tard, réhabilite toujours ceux qui ont aimé leur peuple plus qu’eux-mêmes.
Dini Nassur
Écrivain et citoyen engagé

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