Alerte rouge sur les finances comoriennes : La dette enfle, le risque de surendettement se confirme. L'année 2024 est marquée par une explosion des dé
ALERTE ROUGE SUR LES FINANCES COMORIENNES : La dette enfle, le risque de surendettement se confirme selon le rapport 2024 de la BCC
Moroni – Le dernier rapport de la Banque Centrale des Comores (BCC), recoupé par les analyses du FMI et de la Banque Mondiale, lance un avertissement sévère sur la gestion financière de l'Union des comores. Malgré les discours rassurants sur le développement, les Comores sont officiellement classées comme un pays à haut risque de surendettement, une étiquette qui hypothèque lourdement l'avenir de la nation.
La situation est simple : le pays vit au-dessus de ses moyens, et cette tendance s'accélère.
L'année 2024 est marquée par une explosion des dépenses publiques, en hausse de +9,9%. L'État comorien justifie cette envolée par le financement de "grands projets d'infrastructures", souvent portés par des fonds extérieurs. Si l'ambition est louable, la réalité est celle d'un déficit budgétaire qui se creuse, projeté autour de 3,6% du PIB par le FMI.
Conséquence directe de cette boulimie de dépenses : la dette publique grimpe à environ 33,7% du PIB. Ce chiffre, bien que modéré en apparence, est jugé intenable par les bailleurs de fonds internationaux, car la capacité du pays à rembourser ses engagements est faible. L'alerte du FMI et de la Banque Mondiale n'est pas un détail technique, mais une sentence financière qui réduira drastiquement les marges de manœuvre du gouvernement pour les années à venir.
Comment en est-on arrivé là ? Le problème réside dans l'incapacité chronique de l'État à financer lui-même son développement contredisent à sa déclaration selon laquelle " ces projets sont financés par des fonds propres' .
Malgré une "légère progression" des recettes intérieures (+3,4% en 2024 selon la BCC), la mobilisation fiscale reste désespérément faible. La pression et la base des recettes sont limitées, rendant le taux de recettes (en pourcentage du PIB) largement insuffisant pour financer de manière autonome les services publics essentiels – santé, éducation, énergie.
En clair, l'argent des contribuables comoriens ne suffit pas à faire tourner le pays, obligeant les autorités à dépendre constamment des fonds extérieurs. Une dépendance qui se traduit par des arriérés de paiement réguliers sur les engagements extérieurs, révélant des faiblesses persistantes dans la gestion du Trésor public.
Ce déséquilibre interne est aggravé par une fragilité structurelle face au monde. Le déficit courant reste élevé (autour de -2,2% du PIB en 2024), même s'il est projeté à la baisse. Surtout, la capacité du pays à exporter est dérisoire : le taux de couverture des importations par les exportations de biens est notoirement faible, ayant chuté de 15,7% en 2022 à 8,8% en 2023. L'économie repose donc sur un modèle d'importation massive (biens de consommation, équipements, énergie) financée par les envois de fonds de la diaspora et l'aide extérieure. Cette situation expose directement le pays à la volatilité des prix mondiaux (notamment le pétrole et le riz).
Pire, le secteur bancaire, censé être un moteur d'investissement, est paralysé : il est toujours marqué par un taux élevé de prêts non remboursés (créances douteuses). Cela limite l'accès au crédit pour les PME et les ménages, et freine l'investissement privé, moteur essentiel de la croissance durable et des futures recettes publiques.
Pour sortir de cette spirale, les institutions internationales sont unanimes : il faut des réformes, mais pas seulement cosmétiques.
Le nœud du problème est la gouvernance. L'amélioration de la transparence et du climat des affaires est la clé. Tant que ces facteurs – souvent synonymes de freins administratifs et de corruption – ne seront pas traités, l'économie comorienne restera à la merci des flux extérieurs. L'Investissement Direct Étranger (IDE) demeure marginal (0,4% du PIB), signe que les investisseurs privés, nationaux ou étrangers, ne voient pas dans les Comores un environnement stable, transparent et sécurisé pour leurs capitaux.
Le classement en "haut risque de surendettement" n'est pas qu'une statistique ; c'est un miroir tendu à l'État : sans une discipline budgétaire stricte, une transparence accrue et une mobilisation fiscale courageuse, l'ambition de développement restera captive de la dette. L'heure n'est plus aux promesses de grands travaux, mais à la rigueur et à la responsabilité financière.
Par BACAR Mmadi

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