Revaloriser le franc comorien : Les risques d’une dépendance à l’euro. En réalité, lors de l’échange de 100 €, les Comoriens reçoivent souvent 50 000.
Revaloriser le franc comorien : Les risques d’une dépendance à l’euro
Aux Comores, le franc comorien (KMF) demeure la monnaie officielle des échanges. Pourtant, l’euro, omniprésent dans la vie quotidienne, gagne du terrain et affaiblit progressivement la position du KMF.
Cette évolution soulève une question essentielle : comment préserver le franc comorien, restaurer sa valeur et réaffirmer son rôle dans l’économie nationale ?
La souveraineté économique d’un État repose sur la solidité de sa monnaie et la confiance qu’elle inspire. Dans le cas du franc comorien, deux leviers apparaissent essentiels.
D’une part, les opérations de change doivent être rigoureusement encadrées : les banques et bureaux agréés devraient être habilités à effectuer ces opérations, garantissant ainsi transparence, traçabilité et stabilité.
D’autre part, le KMF doit retrouver sa place dans les transactions courantes, aujourd’hui largement dominées par l’euro.
La marginalisation du franc comorien ne constitue pas seulement un enjeu symbolique : elle affaiblit l’économie nationale et réduit les capacités de régulation monétaire.
Pour illustrer cette fragilité, un exemple révélateur s’impose. Officiellement, le taux de parité est fixé à 1 € = 491,96775 KMF.
En réalité, lors de l’échange de 100 €, les Comoriens reçoivent souvent 50 000 KMF au lieu des 49 097 prévus. Cette surtaxe informelle, sans base légale, nuit à la crédibilité du KMF et favorise la disparition des petites coupures. Chaque transaction renforce l’idée que l’euro a plus de valeur que le KMF, accentuant le recul de la monnaie nationale.
Les conséquences de cette euro-dépendance sont multiples et préoccupantes.
D’abord, elle affaiblit le franc comorien : moins utilisé, celui-ci perd sa valeur économique et son rôle.
Ensuite, cette substitution provoque des déséquilibres monétaires : la raréfaction du KMF complique la mission de la Banque centrale, qui voit sa marge d’action se réduire.
Enfin, cette dépendance limite les leviers de l’État pour orienter et contrôler l’économie, face à l’emprise croissante d’une devise étrangère.
Face à ce constat, une mobilisation collective s’impose. Redonner sa place au franc comorien ne relève pas d’un simple ajustement technique, mais d’un choix politique affirmé. Cela nécessite l’implication de tous les acteurs.
La sensibilisation des citoyens est une étape clé : à travers les médias et des ateliers de proximité, des campagnes d’éducation financière doivent promouvoir l’usage du KMF.
Les commerçants ont également un rôle central : l’affichage obligatoire des prix en franc comorien et l’interdiction des paiements en devises dans les transactions courantes sont des mesures indispensables pour réancrer le KMF dans la vie économique.
Au-delà de la question monétaire, revaloriser le franc comorien est un acte de souveraineté. Il s’agit de protéger l’économie, renforcer l’autonomie du pays et restaurer la confiance des citoyens dans leur monnaie.
Dans un monde marqué par la mondialisation et la domination croissante des devises étrangères, il est urgent de replacer le KMF au centre de la vie sociale et économique des Comores.
Said Youssoufa

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