Droit de réponse à M. Fahmi Said Ibrahim. La vérité est douloureuse, mais nécessaire à dire : la dynamique économique interne est extrêmement faible..
Droit de réponse à M. Fahmi Said Ibrahim
La souveraineté économique : une belle idée, mais pour quelle réalité ?
Monsieur l’ancien Ministre,
السلام عليكم ورحمة الله وبركاته
Avec tout le respect que je vous dois, permettez-moi d’apporter un éclairage différent à votre appel à instaurer une souveraineté économique pour les Comores.
L’idée, en soi, est noble. Tout pays aspire à disposer un jour de ses propres leviers de croissance, de maîtriser ses ressources, et de répondre lui-même à ses besoins fondamentaux. Mais dans notre contexte actuel, cette vision me semble prématurée, irréaliste, voire déconnectée du terrain.
Parce qu’avant de parler d’indépendance économique, il faut d’abord se poser une question de base :
Qui aujourd’hui aux Comores investit ? Qui entreprend ? Qui produit ?
La vérité est douloureuse, mais nécessaire à dire : la dynamique économique interne est extrêmement faible. La culture de l’investissement est quasi absente, notamment à la Grande Comore, où les priorités communautaires se sont déplacées vers des logiques de prestige social, au détriment du progrès collectif.
La diaspora, quant à elle, qu’on présente souvent comme un pilier économique, n’est plus qu’un système de perfusion. Elle envoie de l’argent, oui, mais dans la majorité des cas, ces fonds servent à la survie, à la consommation immédiate, pas au développement.
Et lorsqu’elle revient au pays, ce n’est pas pour bâtir des usines, ni créer des entreprises… mais souvent pour financer des mariages hors de prix, des fêtes, des apparences.
Ce modèle économique basé sur les transferts de fonds est non viable et non productif.
Comment alors, dans ces conditions, prétendre à une souveraineté économique ?
Comment parler d’autonomie alors même que l’essentiel de notre PIB vient de l’extérieur — soit par l’aide internationale, soit par les envois mensuels ?
Et surtout, comment penser rivaliser ou même interagir avec les exigences de l’économie mondiale si nos propres citoyens refusent de prendre des risques économiques, de produire, d’innover, d’investir ?
Monsieur le Ministre, vous êtes un homme de terrain, un homme de voyage, un intellectuel ouvert. Vous savez mieux que personne que la souveraineté ne se décrète pas, elle se construit. Et elle ne peut être construite que sur une base de production nationale réelle, d’initiatives privées, de fiscalité juste, d’infrastructures fonctionnelles, et d’une volonté collective de transformation.
Si les Comores veulent sortir de cette dépendance, il faut d’abord changer les mentalités, réveiller une culture économique, encourager l’investissement local et responsabiliser la diaspora.
C’est à cette condition que nous pourrons un jour parler de souveraineté, et non d’isolement économique.
Et c’est là où votre position me semble erronée : ce n’est pas le moment de parler d’autosuffisance, quand nous ne sommes même pas capables de couvrir nos besoins élémentaires en eau, en énergie, en santé ou en formation professionnelle.
La priorité aujourd’hui, ce n’est pas de s’enfermer dans une logique d’indépendance illusoire, mais de s’intégrer intelligemment à l’économie régionale et internationale, tout en développant nos ressources internes.
Parce que se renfermer maintenant, dans notre état de faiblesse économique, ce serait détruire ce que nous avons péniblement construit, et perdre l’opportunité de nous relever.
Respectueusement,
Votre bien dévoué
Chamsouddin Chamouini

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