Les Comoriens reconduiront-ils le président Azali Assoumani ?

Ce dimanche 24 mars, quelques 308 000 électeurs comoriens sont appelés aux urnes pour élire leur prochain président. Choisiront-ils de re...

Ce dimanche 24 mars, quelques 308 000 électeurs comoriens sont appelés aux urnes pour élire leur prochain président. Choisiront-ils de reconduire le président Azali Assoumani (CRC), parti grand favori du scrutin, pour un mandat de 5 ans renouvelable ou opteront-ils pour l'un des 12 challengers en lice ? Retour sur les enjeux de ces présidentielles...

Vendredi 22 mars, Moroni avait comme des airs de fête. Les camions de supporters en liesse, se croisaient dans une ambiance festive aux quatre coins de la capitale, frappée par un soleil de plomb. Tee-shirts à l'effigie de leur candidat, affichettes, drapeaux et ballons : les Comoriens ont profité des derniers meetings pour se réunir dans une ambiance «bon enfant». Dès le début de l'après-midi, la foule se pressait aux abords du stade de Moroni pour assister au grand rendez-vous d'Azali Assoumani, lequel avait quitté ses fonctions présidentielles le 15 février dernier, pour briguer un nouveau mandat, conformément à la Constitution.

A quelques centaines de mètres de là, sur la place publique qui jouxte l'Hôtel de ville, c'est El-Macelie, qui tient ses supporters en haleine: au bas mot, quelques dizaines de personnes entouraient le vieil homme, dans un calme religieux.

Néanmoins, vers 18h, c'est l'effervescence dans la capitale. Des jeunes femmes arborant fièrement les couleurs jaune et verte de Juwa, le principal parti d'opposition au président sortant, contournent la mairie en dansant, à quelques centaines de mètres seulement du candidat. Les supporters se saluent respectivement. Il faut dire qu'onze des treize candidats se disent prêts à se réunir en cas de second tour face à Azali Assoumani.

Quant à Mahamadou Ahamada (Juwa), il a tenu un dernier meeting-marathon, dans le bastion de son parti, à Anjouan. Le juriste qui a remplacé Ahmed Abdallah Mohamed Sambi au pied-levé, a multiplié les rencontres pour combler son déficit de notoriété auprès des Comoriens : reste à en mesurer l'impact dimanche prochain. Mohamed Soilihi, Mouigni Baraka Said Soilihi ou encore Salim Saadi ont eux-aussi, jeté leurs dernières forces dans ces meetings de fin de campagne.

Azali Assoumani mise sur une victoire au 1er tour

Le dernier rendez-vous donné par le candidat du CRC (La Convention pour le renouveau des Comores) a réuni plusieurs milliers de personnes : un véritable tour de force selon son équipe qui se félicite de la bonne tenue de la campagne.

En dépit d'une foule nombreuse et animée, les forces de l'ordre étaient plutôt discrètes, témoignant d'un climat plutôt serein en cette avant-veille de scrutin. La GSHP (Garde présidentielle des hautes personnalités) et le PIGN (Peloton d'intervention de la gendarmerie nationale) traversaient les rues adjacentes tranquillement, croisant çà et là, quelques confrères qui patientaient sous une chaleur accablante. Quelques heurts dans la soirée, ont clos cette campagne électorale qui s'est néanmoins tenue sans heurts majeurs.

«Partout où notre candidat est passé, nous avons noté le même engouement» a déclaré dans la matinée du 22 mars, Houmed Msaidie, le Directeur de campagne du candidat Azali, au quartier général du CRC. «L'analyse de terrain démontre chaque jour, que le prochain président s'appelle Azali Assoumani» poursuit-il, confiant devant la presse.

Le candidat parie sur le retour de la croissance pour inciter les électeurs à se mobiliser. Il lui faudra en effet, convaincre les Comoriens que cette reprise se poursuivra en cas de victoire, permettant de fait, de sortir le pays d'une précarité qui bloque toute forme «d'émergence». Ilamine, 21 ans, y croit : « Il a construit des routes, développé l'électricité et surtout il nous permet d'avoir un meilleur réseau pour les téléphones.», explique Ie jeune plombier. Casquette bleue du candidat fixée sur le crâne, lunettes fumées sur le nez, il est venu de son petit village situé non loin de Moroni, pour participer à la fête. Jacques quant à lui, a hésité.

L'homme affable d'une cinquantaine d'années, avoue ne pas avoir voté pour lui en 2002 mais son avis a évolué : « Il a vraiment développé l'économie depuis 2016, la route qui mène jusqu'à l'aéroport est une très bonne chose et j'aimerais qu'il continue dans ce sens, donc cette fois-ci, je lui donnerai mon vote ! » Ce n'est pas le cas d'Elack, la vingtaine, étudiant en physique et chimie, qui s'abstiendra. « J'habite sur l'île d'Anjouan et je ne pourrai pas y aller ce week-end donc je ne voterai pas. Si j'avais pu, j'aurais choisi Ahamada (le candidat du parti Juwa, originaire de l'île d'Anjouan, ndlr)».

Changement de paradigme électoral

Azali Assoumani se retrouvera face à 12 candidats, tous prêts à relever les défis du développement et de la bonne gouvernance sur «les îles de la lune» (autre dénomination des Comores, ndlr). Un pari ambitieux pour ce petit pays doté d'environ 800 000 âmes, qui a connu, au bas mot, près d'une vingtaine de coups d'Etat depuis son accès à l'Indépendance en 1975 et qui campe aujourd'hui la 203ème place sur 218, du classement sur l'Indice de développement humain (IDH) défini par les Nations unies. Par ailleurs, depuis 1975, l'archipel peine à consolider son unité nationale.

Au-delà de l'épineuse question de Mayotte, les récents événements d'octobre 2018, ont réveillé les velléités séparatistes d'Anjouan et de Mohéli (les deux îles qui composent avec Grande Comore, l'Union des Comores). Anjouan avait d'ailleurs fait sécession de 1999 à 2000 avant de revenir dans le « giron » comorien, sous la pression de l'Union Africaine (UA). L'instauration d'une présidence tournante entre les 3 îles en 2001, avait permis d'apaiser les tensions, mais les résultats controversés du référendum du 30 juillet 2018 avec 92.74% de «oui», ont tout changé...

Suppression de la cour constitutionnelle, des 3 vice-présidents et possibilité pour le président sortant, d'accomplir deux autres mandats, lui permettant en cas de succès électoraux, de se maintenir au pouvoir jusqu'en 2029. Avec la réforme constitutionnelle, le fragile équilibre s'est rompu. L'opposition ne décolère pas et promet de présenter une candidature unique contre Azali Assoumani dans l'hypothèse d'un second tour le 21 avril. Qu'importe! Le président sortant croit en sa réélection dès dimanche prochain.

Une opposition vent debout contre Azali

«Azali Assoumani ne peut rien apporter au pays» lance le député Hassan Abdou, dans l'une des permanences de Juwa, située en pleine cœur de Moroni. Inquiet, il déclare : «Azali essaie d'intimider les opposants (...) on entend qu'il veut tenter de saboter les élections. Son équipe a commencé a semé la confusion sur les listes électorales (...) notre candidat (Mahamoud Ahamada, ndlr) apportera la tranquillité et la paix aux Comores et libérera les prisonniers politiques (dont Ahmed Abdallah Sambi, l'ancien président de 2006 à 2011, actuellement en résidence surveillée). Des accusations jugées sans fondement par le CRC. «S'ils ont la conviction que les dés sont pipés, alors qu'ils se retirent !» lance Houmed Msaidie. «La politique de la chaise vide, ça ne marche pas ! Il a fait le vide autour de lui, comme en 2002, en neutralisant les principaux adversaires, pour se retrouver seul et remporter ces élections» assure Salim Saadi, le benjamin des dernières présidentielles, qui a décidé de se représenter dans le cadre de ces élections anticipées.

Contacté par notre rédaction vendredi soir, il a déclaré que les discussions autour d'une candidature unique était en cours : «Ce soir, nous sommes mitigés, la communauté internationale est assez peu présente (moins d'une centaine d'observateurs internationaux se sont déplacés et l'Union européenne notamment, pointée du doigt par le CRC, n'a pas dépêché d'observateurs). «Nous sommes quelque peu offensés de ceux qui nous dictent comment nos organes électoraux devraient fonctionner» pique le directeur de campagne du CRC et d'ajouter que «certains organismes financent l'opposition pour être observateurs, parmi lesquels des gens condamnés par la justice (...) Les Comores commencent à s'émanciper et ça dérange. Nous ne sommes plus des grands enfants, y compris en matière électorale (...) C'est la 1ère fois que l'Etat finance entièrement les élections présidentielles». Maître Baco Mohamed (qui a quitté le parti RIDJA pour rejoindre le CRC) va plus loin : «L'Union européenne recherche une déstabilisation des Comores.»

Soucieux, le candidat Salim Saadi déclare : «Nous nous préparons pour éviter un hold-up électoral afin de présenter un seul candidat et de s'unir dans le cadre d'un gouvernement d'union nationale, en cas de victoire».

Quels enjeux pour ce scrutin 2019 ?

«Ce qu'attendent les Comoriens de cette élection ? Comme tous les habitants de pays en développement, ils cherchent le minimum vital : des infrastructures, un meilleur accès aux soins et à l'éducation, l'électricité, en somme ils attendent qu'on réponde aux besoins de base. Il y a par ailleurs, une forte demande de justice sociale. Ils réclament une justice indépendante, efficiente, rapide, impartiale et non corrompue» explique Soulaimane Soudjay, avocat à la Cour, expert en Science politique.

Le déroulement du scrutin impactera sensiblement l'avenir des Comores. En cas de troubles majeurs, l'activité économique serait passablement ralentie, ce qui influencerait les investisseurs et hypothéquerait le développement des secteurs porteurs que sont l'agriculture, la pêche ou encore le tourisme. «Azali Assoumani a multiplié les déplacements à l'étranger pour inciter les investisseurs à venir aux Comores. 

La France reste le 1er partenaire commercial du pays (en 2017 les échanges entre la France et les Comores atteignaient 45M€ soit 32M€ d'exportations et 13M€ d'importations selon Business France, ndlr) mais la Chine a beaucoup investi, dans les infrastructures en particulier (aéroport, routes, stade, Palais du peuple, etc.), la Turquie est là aussi. Elle a financé un programme agricole et nous appuie dans le développement des routes. Quant à la Russie, elle est de plus en plus présente, tout comme l'Arabie Saoudite» explique Fakriddine Y. Abdoulhalik, le secrétaire général de l'Union des Chambres de Commerce, d'Industrie et d'Agriculture (UCCIA). «Il n'y a pas plus peureux que l'argent. Les investisseurs demandent la sécurité ainsi qu'un cadre incitatif » conclue-t-il.

«Dimanche, il ne faudra pas sortir car ça peut chauffer !» prévient Jacques, qui travaille dans l'aéronautique et qui votera CRC, appréhendant un risque d'échauffourées. Pour rappel, en octobre dernier, l'opposition avait pris les armes à Anjouan pendant près d'une semaine, pour s'opposer au pouvoir central. Pas d'inquiétude selon le parti d'Azali Assoumani : «Les Comores sont inscrites dans un processus démocratique depuis les années 90. Et depuis cette date, il y a toujours eu une alternance sans effusion de sang, ce qui est remarquable (...) La situation n'est pas tendue, selon moi. On n'est pas au Gondwana» lâche Houmed Msaidie du CRC devant une assistance hilare.

Le scrutin du 24 mars prend la forme d'un plébiscite pour Azali Assoumani et permettra de confirmer ou d'invalider le choix des Comoriens de changer de système électoral, préalablement validé par le référendum d'août 2018. «En cas de victoire, ce serait l'occasion pour Azali Assoumani d'avoir les coudées franches pour appliquer ses ambitions car un seul mandat est insuffisant» considère Soulaimane Soudjay. Dans le cas contraire, l'opposition promet de revenir au système antérieur. «J'ai été le premier à lancer l'idée qu'un retour à un système d'alternance était possible. En cas de victoire, le candidat élu exercerait ses fonctions jusqu'en 2021(date de fin de mandat initialement prévue), avant d'organiser de nouvelles élections» explique Salim Saadi.

Les Comoriens choisiront-ils de confirmer le président Azali Assoumani ou lui préféreront-ils un probable candidat unique de l'opposition en cas de second tour ? Dès dimanche soir, les premières estimations sont attendues mais garde à ceux qui s'arrogeraient le droit de les diffuser (presse étrangère comprise) avant les résultats définitifs : « Nous prendrons les dispositions nécessaires » avertit Mohamed Daoudou, Ministre de l'Intérieur et porte-parole du Gouvernement.

Par DNES à Moroni, Marie-France Réveillard ©afrique.latribune.fr

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