"Les dernières élections présidentielles ont été organisées aux Comores il y a presque deux ans et demi. Il était apparu évident que...
"Les dernières élections présidentielles ont été organisées aux Comores il y a presque deux ans et demi. Il était apparu évident que la victoire allait revenir au candidat soutenu par le parti Juwa mais le gouvernement sortant ne l'entendait pas de cette oreille. La volonté du peuple a donc été bafouée et le chouchou des électeurs écarté.
Le candidat du pouvoir ou du moins le vice-président sortant était assuré de l'emporter. Il avait tous les moyens de l'Etat à sa disposition et sa puissance et sa domination ne faisaient plus aucun doute. Il allait enfin pouvoir présider aux destinées de son pays après l'avoir servi à un niveau ministériel pendant des décennies.
Le parti Juwa ayant été éliminé, un choix devait être fait pour soutenir l'un des candidats en lice. Et c'était à la suite d' une rencontre contre-nature entre l'un des prétendants qui était convaincu qu'il n'avait absolument aucune chance et l'homme au turban dans son domicile de Voidjou à 23h que tout a basculé.
L'ancien président a cru pouvoir émerveiller le monde en acceptant de soutenir un autre ancien président du pays et de travailler avec lui pour le bien du pays. Il a, semble-t-il, voulu aider à réparer l'image d'un semblable qui avait été hué par tout un peuple dix ans plus tôt.
Il a sans doute voulu également mettre fin aux conflits et aux rancunes inutiles entre comoriens pour construire une unité réelle des comoriens et un meilleur avenir de ces îles qui ont tant souffert.
Pour faire preuve de sa bonne foi et montrer aux comoriens qu'il croyait à cette alliance présidentielle pour une construction plus rapide du pays et une amélioration considérable des conditions de vie des citoyens, l'homme au turban n'est pas resté chez lui, loin de là.
Il est allé sur le terrain sous la pluie et le soleil pour ne laisser aucune chance au camp adverse et surtout pour réaliser ce rêve de voir deux anciens chefs d'Etat mettre de côté leurs intérêts personnels pour le bien de leur pays.
La réaction du président nouvellement élu avec l'aide inestimable de son partenaire politique de circonstance ne s'est pas fait attendre. Dès le début, à l'occasion du rassemblement organisé à Ajao pour remercier les électeurs, l'homme au turban s'est déjà fait taper sur les doigts. On lui a bien fait comprendre qu'il avait juste servi d'échelle pour arriver au toit.
Le rêve des comoriens s'est en réalité brisé dès ce premier jour même si la rupture entre les deux figures de la politique comorienne n'est intervenue qu'un an et quelques mois plus tard.
Les comoriens à qui on avait essayé de faire croire que la politique ne se résumait pas aux mensonges et aux duperies venaient d'avoir la preuve irréfutable de cette réalité si triste.
Est-ce que le peuple doit accepter de toujours se faire tromper et trahir par la politique? Est-ce qu'une élection signifie que l'élu peut se passer du pacte auquel il a librement souscrit et faire comme bon lui semble? Quel est le sens et la valeur de la volonté exprimée par le peuple?
Une chose est claire. Le peuple a choisi de voter contre le vice-président non pas parce qu'il préférait son adversaire du moment mais plutôt car il avait hâte de voir le fruit de la collaboration entre deux anciens présidents. Jusqu'à quand le peuple continuera-t-elle de subir les frustrations les plus insensées?
En tous les cas, l'ancien président, qui avait accepté de se rabaisser au nom de la paix et de la prospérité de son pays pour se mettre au service d'un président qu'il avait lui-même porté au pouvoir par sa propre popularité, se retrouve actuellement en prison, accusé injustement de tous les maux du monde.
Par Babayou Houmadi
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