Le rapeur franco-comorien est actuellement, sans doute l’un des personnalités les plus populaires et les mieux appréciées des français. ...
Le rapeur franco-comorien est actuellement, sans doute l’un des personnalités les plus populaires et les mieux appréciées des français.
Il est reconnu pour sa simplicité, son engagement dans les « bonnes causes ». Son rap transpire la sagesse. Il véhicule des messages de paix, d’amour. Il fait la fierté des jeunes marseillais de toutes origines. Au sein de la communauté comorienne de France, il est l’idole auquel beaucoup, notamment les jeunes, s’identifient.
Sa notoriété est incontestable. Son engagement dans des actions humanitaires en France et dans d’autres pays sont louables. Aux Comores le rapeur se lance dans une action notamment dans le domaine de la santé. On ne peut que lui souhaiter une bonne réussite. Ce vendredi 6 juillet, à l’occasion du 43ieme anniversaire de l’indépendance des Comores, Soprano a été décoré de la plus haute distinction de la Nation par le chef de l’Etat, Azali Assoumani.
Cette distinction est méritée. Et au delà de l’intérêt que manifeste, intérieurement, le chef de l’Etat pour ce que le rapeur pourrait apporter dans son projet de reconstruction de l’hôpital Elmarouf, personne ne peut remettre en cause ce [next] mérite. C’est une très bonne chose de reconnaître le talent de ces personnalités de la diaspora. Seul problème est que les mains du décorateur de Soprano ne sont pas propres. Azali est depuis quelques mois (si l’on fait abstraction de la période 1999-2004) au centre de plusieurs actes qui ne vont pas dans le sens des causes défendus par les défenseurs des droits humains.
Sans se perdre dans les décombres macabres des doits fondamentaux, complètements bafoués dans ce pays, retenons juste le denier acte en date: Celui de ces manifestants pacifiques, traînés par terre, celui de ce militant historique de la démocratie attrapé par le col tel un chat. Notons également ces emprisonnements arbitraires, une liberté d’expression mise à mal. Aujourd’hui Azali se comporte en véritable dictateur. Un des initiatives qu’il a engagé vient d’être condamné par l’Union Africaine dont les membres sont aussi des membres importants de l’UNICEF. Les actes engagés actuellement par Azali et son régime en matière de droits humains sont loin d’être honorables. Se faire décorer par Azali n’est pas honorable. Peut-on espérer que le rapeur, Ambassadeur de l’UNICEF, ait eu le réflexe de glisser un mot sur cette situation au locataire de Beit Salam. Certains d’entre nous aurions voulu que notre idole soit notre porte voix auprès du dictateur.
Et si j’étais soprano voici ce que j’aurais dit lors de la cérémonie de décoration: « Monsieur le président, c’est un immense honneur de recevoir cette haute distinction de la Nation comorienne et j’en suis fier. Comme vous le savez, monsieur le président, [next] j’essaie à travers mon métier de véhiculer des messages de paix, de fraternité et de solidarité. Issu des quartiers Nord de Marseille, j’ai appris que le bien vivre ensemble est le ciment de notre société. Sans cette attente entre les composantes d’une société donnée, il n’y a pas de vie.
J’ai eu l’occasion dans le cadre de ma fonction d’ambassadeur de l’UNICEF, de visiter plusieurs pays. J’y ai découvert ce que les déchirements fratricides ont pu produire comme dégâts. Je citerai notamment la Côte d’Ivoire. Pays de Houphouët-Boigny qui comme d’autres leaders africains dont Ahmed Abdallah Abdérémane, paix à son âme, ont mené leur pays à l’indépendance. Je ne reviendrai pas sur les conditions et les conséquences de ces indispensables indépendances. Je ne m’attarderai pas non plus sur la manière dont ces premiers chefs d’état ont pu gérer les nouveaux États ainsi créés.
Mais malgré leurs erreurs parfois leurs dérives, il y a une chose que ces grands hommes ont pu préserver: l’unité des peuples. Les divisions interethnique, les conflits entre fractions rivales étaient moins importantes que ce que ces pays ont connu avant et juste après leur décès. En Côte d’Ivoire l’ivoirité n’est venue qu’après. Dans mon déplacement au pays des éléphants, permettez-moi cette allusion à son équipe de foot, en cette période du mondial, j’ai vu ce que cette invention d’ivoirité a pu laisser comme dégâts.
Monsieur le président, mes occupations artistiques ne me laissent pas beaucoup de place pour suivre pleinement l’actualité du pays de mes ancêtres. Mais j’ai cru comprendre, grâce aux réseaux que le pays est actuellement traversé par une inquiétude grandissante. Oh, je [next] sais monsieur le président que, comme vous l’avez dit récemment dans une allocution donnée sur les terre où dorment Masilu, Mtala et Ahamadi Patiara, que les réseaux sociaux ne disent pas toujours la vérité. J’en disconviens pas. Nous artistes sommes bien placés pour le savoir. Mais c’est également à travers ces réseaux que des amis dont j’ai pleinement confiance diffusent leurs inquiétudes quant à la situation aux Comores. Quand je vois des ami comme Ben Amir Saand, des jeunes intellectuels comme le petit frère Rafsandjani tirer l’alarme, j’ai des raisons de croire que les choses vont mal.
Monsieur le président pas plus que je n’ai supporté l’ivoirité en Côte d’Ivoire, je ne peux supporter une anjouanité, une mohelité ou nganzidjaïté aux Comores. Or il semblerait qu’une nouvelle constitution va instaurer cela.
Une constitution que l’Union africaine dont les membres sont également membres de l’organisation dont je suis fier d’être un de leurs ambassadeurs, l’UNICEF l’a condamné. Monsieur le président, comme vous le savez je ne fais pas de la politique, mais je ne peux que soutenir les voix qui se sont élevées dans ce pays pour le respect des droits fondamentaux de notre humanité. Parmi ces voix celle d’une société civile à laquelle je me reconnais. Aujourd’hui, monsieur le président la Nation est souillée. Souillée par les actes perpétrés par le gouvernement dont vous êtes à la tête. Monsieur le président, mesdames messieurs, je serais honoré de porter cette distinction [next] que la Nation m’offre mais le moment n’est pas propice.
Comment accepter cette médaille quand à quelques mètres d’ici des gens croupissent dans une prison pour avoir manifesté pacifiquement pour un État de droit? Comment accepter cela quand je sais que l’un des héros que me citait constamment mon père, à savoir Moustafa Saïd Cheick, croupit dans une prison pour avoir réclamé l’Etat de droit? Comment accepter cette décoration quand l’un parmi les journalistes que j’aurais aimé voir à cette cérémonie n’a pu veni car traqué depuis des mois? Comment accepter cette médaille quand j’ai tourné et retourné ma tête durant la cérémonie commémorative de cette journée exceptionnelle sans jamais trouver vos deux prédécesseurs parce que l’un serait emprisonné dans son domicile et l’autre interdit de quitter son île natale? Non, monsieur le président je ne peux accepter cette décoration aujourd’hui.
Chers compatriotes, je vous réitère ma fierté de porter cette médaille mais je reviendrai la recevoir de mains propres. Je vous remercie .» Par Saïd Idriss
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