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© www.habarizacomores.com (Habari Za Comores)-
Ancienne collaboratrice parlementaire du député divers gauche Boinali Saïd et ancienne chargée de mission au conseil départemental de Mayotte, Cansel Nourdine Bacar est aussi la présidente de l’Union des jeunes actifs Mahorais-Réseau Udjama. Cette association a été créée en mars 2013 par plusieurs jeunes actifs Mahorais présents dans l’Hexagone, à la Réunion et à Mayotte. Son but : promouvoir et défendre les intérêts de Mayotte. Le Réseau Udjama revendique 6.500 sympathisants en France et 50.000 lecteurs réguliers sur ses réseaux sociaux.

Vous avez suivi la crise du mois d'avril à Mayotte depuis la France. On a vu beaucoup de jeunes dans un climat de violence lors de cette grève générale sur l'île. Le traitement médiatique de cette crise vous a dérangé. Pourquoi ?


Il y a de fortes tensions à Mayotte, c'est une réalité. Au début, ça nous dérangeait de voir que les médias nationaux ne se saisissaient pas de cette actualité préoccupante qui touchait une de nos régions françaises d’outre-mer. Avec le Réseau Udjama, nous avons été actifs pour que ça se sache via nos réseaux sociaux. Evidemment, les médias ont traité l'information par rapport à leurs réseaux propres et nous, Réseau Udjama, avons réagi par rapport à ce que nos témoins à Mayotte disaient de la situation. Ensuite, quand tout le monde s'est mis à traiter le sujet, les mots employés dans certains médias et par certains élus ont été trop forts. Par exemple, Monsieur Mansour Kamardine, ancien député de Mayotte, a parlé de "guerre civile". Aussi, nous avons été étonné de lire dans vos colonnes que des Bretons "vivaient l’enfer au Paradis" et que "les Mahorais y chassaient les blancs". 


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Nous savons qu’il y a beaucoup de Bretons à Mayotte et qu’il existe une association bretonne sur l’île très active depuis plusieurs années. D'ailleurs, les Mahorais qui viennent dans l'Hexagone s'installent surtout en Provence Alpes Côtes d'Azur et en Bretagne. Ma famille réside en Bretagne. Il y a une tradition d'échanges formidables entre les Bretons et Mayotte... Employer ces termes nuit à l’image du Département et ne résout rien. Au contraire, cela donne des idées aux jeunes désœuvrés qui se croient en position de force et multiplient les violences gratuites pour alimenter certains médias. 

Suite à la grève générale, les violences ont continué notamment entre Mahorais et migrants venus des autres îles des Comores. Comment analysez-vous cette situation ?

En fait, nos autorités laissent Mayotte accueillir la misère des îles voisines et, maintenant que les Mahorais réagissent parce qu'ils n'en peuvent plus de cette vague de migrants, certains franco-comoriens véhiculent partout dans les forums, interviews et conférences débats qu'ils sont racistes. Aujourd’hui, les Mahorais sont traités de xénophobes dans des médias nationaux alors que, tout au long de leur histoire, ils ont accueilli des gens par solidarité naturelle et musulmane tant qu'ils pouvaient. C'est injuste ! Est-ce que les habitants de Calais qui souffrent de la présence de la "Jungle" vont être qualifiés de "racistes" ? Tous les Comoriens, Malgaches, Africains qui sont à Mayotte en situation régulière ne doivent pas être mis dans le même sac que ceux qui ne le sont pas. Et pour ces derniers que les mesures du droit français soient prises car ce petit territoire montre ses limites. Aujourd'hui, nous craignons que la situation à Mayotte soit mal interprétée. Surtout lorsque ces qualificatifs de xénophobes sont utilisés par des sites d'extrême-droite dans l'Hexagone, ce qui tend à diviser les Français entre eux. Il faut le savoir. 

Un nouveau préfet, Frédéric Veau, a été nommé avant l'été, des renforts de police ont été amenés sur l'île... Est-ce que cela répond aux attentes des Mahorais ?

 Effectivement, il y a un nouveau préfet, un préfet de terrain à en croire ses récentes interventions. Il doit mettre en œuvre les 25 mesures définies dans le plan global de sécurité présenté par M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur. Une délégation de Mahorais a été reçue à Paris, au gouvernement. Une centaine de policiers arrivera à Mayotte d’ici la fin de l’année. C'est nécessaire, ne serait-ce que pour soulager ceux qui sont sur place. Nous pensons qu’il y aura une amélioration dans l’application de la loi à Mayotte. Les dossiers seront probablement mieux traités. C'est bien mais les Mahorais attendaient ce geste depuis fort longtemps. Disons que c'est un bon début. 

La départementalisation de Mayotte a-t-elle été une bonne chose ? 

Les Mahorais, particulièrement les femmes "chatouilleuses", se sont battus pour donner de meilleures conditions de vie à leurs enfants en faisant le choix politique de rester dans le giron français depuis la cession à la France en 1841. Le peuple a choisi et a renouvelé son choix de "rester Français pour être libre !". Aujourd’hui, nous souhaitons construire de nouvelles générations de Mahorais qui auront les mêmes chances de réussite que tous les autres compatriotes d’Outre-mer et de Métropole. Nous sommes des Français comme tous les autres ! Les Mahorais veulent donc que leur situation s'améliore. Une catégorie de personnes ne peuvent pas renvoyer aux Mahorais l’idée que "la départementalisation serait un échec" ou que "c'est leur faute d'avoir voulu être Français". C’est notre pays la France qui est venu à nous dans l’océan Indien au temps de sa quête de nouveaux territoires. Aujourd'hui, la collaboration entre l'Etat et nos élus nous parait insuffisante. 


De plus, il y a une absence de coopération entre notre gouvernement français et l’Etat Comorien. Le processus de départementalisation de Mayotte n'a pas pris en compte la surpopulation de l'île, une surpopulation qui est à l’origine d’une immigration provenant des îles voisines. Cette surpopulation n'a fait l'objet d'aucune politique à la hauteur des enjeux et c'est un problème sérieux pour l’avenir des Mahorais qui décident de rester ou de quitter l’île pour réussir leurs vies ailleurs. Avant, tant qu'il n'y avait pas les problèmes d’insécurité et de surpopulation, les Mahorais ne disaient rien sur les personnes débarquant particulièrement des autres îles des Comores par solidarité mahoraise "musada en shimahorais". Sauf qu’ils se sont multipliés en situation irrégulière. Ils se sont installés en construisant des bidonvilles sur les terres familiales que certains s'approprient et pour lesquels les Mahorais doivent payer la taxe foncière pour eux. Ainsi, l’incompréhension de la part des Mahorais grandit et la crainte aussi de se voir déposséder ses biens par ces personnes. 

Qu'est-ce qu'il faudrait pour l'avenir de Mayotte ?

Nous ne comprenons pas pourquoi depuis plus de 40 ans d’indépendance de l’Union des Comores ses représentants continuent de sacrifier son peuple. Ils n’assurent pas leurs fonctions régaliennes et laissent des milliers de Comoriens risquer leurs vies pour bénéficier à Mayotte d’un meilleur système de santé, une éducation, l’eau et l’électricité. Les Comores sont classées parmi les pays les plus pauvres du monde. Donc Mayotte située à 70 kilomètres d’Anjouan, l’île la plus proche de l’archipel des Comores, se trouve être un eldorado pour les plus nécessiteux. On ne comprend pas non plus pourquoi notre Gouvernement ne parvient pas à instaurer un dialogue intelligent avec les autorités comoriennes. Les Mahorais ne sont pas moins Français que les Bretons, les Calaisiens ou les Antillais ! Tous font la richesse et le rayonnement de la France. 

Il suffit de se le dire et de le vouloir. Ce qu’il faudrait pour Mayotte, c’est une véritable vision politique de développement économique régional, un rattrapage social et de valorisation culturelle, une ferme volonté d’agir avec les forces vives mahoraises et plus de considération. A Mayotte, si on ne fait rien, oui la société civile continuera à se défendre dès lors qu’elle se sentira en danger. C'est à notre gouvernement de se mettre autour d'une table avec l'Etat comorien et des élus mahorais pour trouver des terrains d’entente. Les Mahorais sont un peuple pacifique. Ils souhaitent le retour au calme. Ils veulent la paix ! 

Propos recueillis par Pascal Bodéré
© Le Télégramme
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