Le pouvoir : je critique ceux qui le détiennent, mais serais-je différent à leur place ?Et pourtant, lorsqu’il s’agit d’Azali, je reconnais une chose
Le pouvoir : je critique ceux qui le détiennent, mais serais-je différent à leur place ?
Je vais peut-être choquer certains, mais je vais être honnête : si demain on me donnait le pouvoir aux Comores, je ne suis pas certain de vouloir le rendre facilement.
C’est une réflexion que je me fais en observant depuis des années la politique de mon pays.
De mon vivant, j’ai vu deux hommes incarner une forme exceptionnelle de longévité politique en Afrique : Azali Assoumani aux Comores et Paul Biya au Cameroun.
J’ai longtemps regardé l’opposition comorienne avec beaucoup d’espoir. Je pensais qu’elle représentait naturellement l’alternative au pouvoir. Mais, avec le temps, j’ai fini par prendre mes distances. J’ai parfois eu le sentiment que certains responsables de l’opposition se comportaient comme des gens qui veulent déjà partager le bœuf avant même de l’avoir attrapé.
C’est à partir de là que mon regard a changé.
Aujourd’hui, mes publications ne sont pas destinées à défendre systématiquement Azali, ni à combattre systématiquement son opposition. Je critique ce qui doit être critiqué, quel que soit le camp. Mon objectif est simplement de voir les Comores avancer.
Et pourtant, lorsqu’il s’agit d’Azali, je reconnais une chose que personne ne peut facilement lui retirer : il a une maîtrise remarquable des rapports de force de la politique comorienne.
On peut contester ses décisions, dénoncer certaines de ses méthodes et s'opposer à sa politique. Mais il faut aussi savoir reconnaître la réalité : il a réussi à rester au centre du pouvoir pendant une période considérable et à résister à de nombreuses tempêtes politiques.
C’est pour cela que je le compare à Paul Biya. Non pas parce que leurs parcours sont identiques, mais parce qu’ils représentent tous les deux une certaine conception de la longévité au pouvoir.
Et je vais pousser ma réflexion encore plus loin.
Si un jour j’avais la chance d’accéder au pouvoir, serais-je réellement différent ?
Peut-être que je commencerais avec de grands idéaux. Peut-être que je promettrais de respecter les règles, de préparer ma succession et de laisser la place après mon mandat.
Mais une fois installé dans le fauteuil présidentiel, avec tous les privilèges, les responsabilités, les pressions et surtout le sentiment de pouvoir changer les choses, qui peut garantir qu’il resterait exactement le même homme ?
Peut-être qu'à la fin de mon mandat, moi aussi, je chercherais à conserver mon influence. Et pourquoi pas, dans cette logique, à préparer mon propre fils à prendre la relève.
C’est justement là que se trouve le véritable danger du pouvoir : ce n’est pas seulement le pouvoir qui transforme les hommes ; c’est aussi la manière dont les hommes finissent par s’habituer au pouvoir.
Je ne dis pas que cette logique est souhaitable pour la démocratie. Au contraire, une République doit pouvoir organiser une véritable alternance et permettre à chacun d’accéder aux responsabilités selon des règles claires.
Mais je refuse aussi l’hypocrisie.
Il est facile, lorsqu’on est dans l’opposition, de dénoncer celui qui s’accroche au pouvoir. La véritable question est de savoir ce que nous ferions nous-mêmes si nous étions assis dans le même fauteuil.
Voilà pourquoi mes critiques ne sont pas des déclarations de guerre.
Je ne suis ni dans l’adoration du pouvoir, ni dans l’adoration de l’opposition.
Je regarde, j’analyse, je critique et je reconnais aussi les rapports de force lorsqu’ils existent.
Parce qu’aimer son pays, ce n’est pas applaudir son président.
Et ce n’est pas non plus applaudir systématiquement ceux qui veulent le remplacer.
Aimer les Comores, c’est avoir assez de liberté pour critiquer tout le monde — y compris ceux que l’on aurait soi-même envie de rejoindre.
ISMAEL De Charif

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