Exclure sans prévoir, ce n'est pas gouverner ! Car sanctionner des jeunes sans leur offrir d’alternatives, ce n’est pas seulement prendre une mesure d
Exclure sans prévoir, ce n'est pas gouverner !
La situation que rapportent certains depuis le lycée Saïd Mohamed Cheikh devrait interpeller bien au-delà du seul établissement. C'est l'affaire concernant des dizaines d’élèves qui seraient aujourd’hui sans solution de scolarisation après des mesures d’exclusion prises à la suite de leur participation aux manifestations de mai dernier. Au temps de la colonisation, un certain mai 1968, le lycée Said Mohamed Cheikh brilla sous les cris des jeunes révoltés à la recherche d'une lumière.
On peut discuter les formes prises par ces mobilisations mais jamais le fond. On peut rappeler les règles scolaires et, lorsque cela est nécessaire, prendre des sanctions. Mais expulser des élèves pour avoir réclamé la reprise des cours après une longue grève, c'est un flicage du système éducatif. Avant d’écarter ces élèves, quelles solutions les autorités avaient-elles prévues pour leur permettre de poursuivre une scolarité ? Après leur exclusion, quelle autre alternative ?
Car sanctionner des jeunes sans leur offrir d’alternatives, ce n’est pas seulement prendre une mesure disciplinaire, mais c'est prendre potentiellement le risque de compromettre leur parcours scolaire, voire leur avenir.
Cette situation est d’autant plus préoccupante que notre pays dispose encore de peu de filières professionnelles formalisées et accessibles permettant d’accueillir ceux qui sortent du système scolaire général. Pour une famille qui n’a pas les moyens de payer le privé, que reste-t-il ? Et pour un élève qui prépare le baccalauréat, comment se préparer sérieusement lorsqu’on se retrouve brutalement privé d’établissement ?
L’autorité ne peut donc pas s’arrêter à la sanction. Elle doit aussi penser à l’après. Il faut absolument que l'Institution en charge des Droits humains se ressaisisse et recense les élèves concernés. Il faut clarifier les procédures et surtout garantir à chacun de ces jeunes une solution de poursuite d’études.
Plus largement, cette affaire révèle une faiblesse dans notre manière de gérer les crises sociales. En mai, les élèves manifestaient notamment pour réclamer le retour des enseignants en classe. Leur mobilisation intervenait dans une crise qui concernait le fonctionnement même de l’école.
Répondre à une crise scolaire en éloignant les élèves qui la dénoncent peut régler momentanément un problème disciplinaire, cela ne règle pas le problème de fond.
Et lorsque les réponses institutionnelles déplacent les difficultés au lieu de les résoudre, on peut se demander si sommes-nous réellement en train d’éteindre les crises, ou sommes-nous simplement en train de préparer la prochaine ?
Car un élève exclu sans solution ne disparaît pas. Il reste dans la société, avec sa colère, son découragement et son avenir suspendu. On peut fermer la porte d’un lycée à un jeune. En revanche, on ne peut pas fermer la porte de son avenir sans en payer, tôt ou tard, le prix collectif.
L’autorité qui sanctionne sans prévoir ne rétablit pas l’ordre. Bien au contraire, elle déplace la crise. Et parfois, elle l’alimente elle-même. Gouvernons comme il le faut !
Abdoulatuf Bacar

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