Koimbani ou une autre manière de faire de la politique

PARTAGER:

Koimbani ou une autre manière de faire de la politique. Pourquoi le président Azali Assoumani a-t-il toujours bénéficié d’un accueil chaleureux à Koim

KOIMBANI OU UNE AUTRE MANIÈRE DE FAIRE DE LA POLITIQUE 


Koimbani ou une autre manière de faire de la politique

Pourquoi le président Azali Assoumani a-t-il toujours bénéficié d’un accueil chaleureux à Koimbani, malgré l’existence d’une opposition locale ? 

La réponse se trouve peut-être dans une vieille culture politique fondée sur la paix, le dialogue et l’intérêt général.

Il existe à Ngazidja des territoires où les clivages politiques sont devenus presque indissociables des relations humaines. Koimbani, elle, semble avoir choisi une autre voie.

Capitale du Washili, située entre l’Itsandra et le Hamahamet, deux régions qui ont manifesté une forte réserve à l’égard du président Azali Assoumani depuis son retour au pouvoir en 2016, Koimbani s’est toujours distinguée par une attitude particulière : on peut y être opposé au pouvoir sans être hostile à celui qui l’incarne.

Ce comportement n’est pas né avec Azali. Il puise ses racines dans l’histoire de la ville.

Koimbani-Oichili est traditionnellement associée à la paix, à la médiation et au règlement des différends. La mémoire locale en conserve notamment la symbolique à travers la Porte de la paix, sur la place Shangani. Au fil des générations, cette culture a façonné une certaine manière de gérer les désaccords : discuter, distinguer les hommes des enjeux et, surtout, ne jamais sacrifier l’intérêt collectif aux querelles politiques.

1987 : quand l’intérêt du peuple passe avant le combat politique. 


L’exemple le plus révélateur remonte à 1987. À cette époque, le Front démocratique, fortement implanté dans le Washili, combattait le régime d’Ahmed Abdallah et la présence des mercenaires. Lorsque le président devait venir inaugurer l’hôpital GTE de Koimbani, la question de sa venue provoqua un débat au sein du mouvement local qui lui recevait des directives du Bureau National.

Fallait-il empêcher cette inauguration pour manifester son opposition au régime ?


Le professeur Youssoufa Abdou, dit Papa Sipvouzi, défendit une autre conception. Pour lui, l’hôpital n’appartenait pas à Abdallah. Il appartenait au peuple. Ce qui fut un avantage direct politique du régime qui en a gagné bien sûr des points. D'ailleurs dans mes entretiens avec Feu Colonel Abdourazakou Abdoulhamid, il ne cachait pas sa fierté de voir ce jour-là Youssoufa Abdou à la manette de ce Comité. Papa Zipvouzi lui-même me le confirme aujourd’hui. 

Empêcher son inauguration au nom du combat politique aurait donc été, selon lui, une erreur : on aurait puni la population pour combattre un régime.

Il rejoignit alors le comité d’organisation. Ahmed Abdallah vint inaugurer l’hôpital. Des décennies plus tard, le régime a disparu, mais l’hôpital demeure au service des populations.

Voilà ce qu’est une vision politique : penser à ce qui restera lorsque les hommes auront quitté la scène.

Azali et Koimbani : le respect au-delà de l’adhésion


C’est dans cette tradition qu’il faut comprendre la relation particulière entre Azali Assoumani et Koimbani.

Contrairement à certaines régions voisines, le Washili n’a jamais transformé l’opposition politique en rejet systématique du chef de l’État. Cela ne signifie évidemment pas que tous les Koimbaniens soutiennent Azali. Les critiques existent, les opposants aussi.

Mais une distinction demeure : accueillir le président n’est pas approuver toute sa politique. L’épisode devenu célèbre depuis des siecles du « Washila hangwe ! », lancé par Azali après un accueil difficile dans une région voisine, résume à lui seul cette relation particulière.

À Koimbani, le président peut rencontrer des citoyens qui ne partagent pas ses idées tout en étant reçu avec chaleur et respect.

Ibrahima Chéha : une autre illustration


La décision du grand notable Ibrahima Chéha de se déclarer neutre depuis décembre 2024 s’inscrit également dans cette logique.

Après avoir été un opposant déterminé au régime, il semble avoir choisi de sortir d’une posture strictement partisane pour retrouver un rôle de représentation de la communauté et de la notabilité, sans étiquette politique particulière.

Son évolution rappelle, à plusieurs décennies de distance, celle de Youssoufa Abdou : l’intérêt général avant l’appartenance à un camp.

La leçon de Koimbani


La singularité de Koimbani est peut-être là. On peut être contre sans être hostile. On peut accueillir sans adhérer. On peut critiquer sans rompre.

Dans un paysage politique où l’adversaire est trop souvent considéré comme un ennemi, cette attitude mérite d’être soulignée.

Koimbani n’est pas nécessairement une terre acquise à Azali. Elle est peut-être simplement une terre qui a appris à faire la différence entre l’homme et la fonction, le pouvoir et le peuple, l’opposition et la haine.

Et si le président Azali y est régulièrement accueilli avec chaleur, c’est peut-être moins parce que Koimbani aurait renoncé à ses convictions que parce qu’elle n’a jamais renoncé à sa culture du dialogue.

C’est cela, la vision koimbanienne : défendre ses idées, mais ne jamais perdre de vue le peuple.

Abdoulatuf Bacar

COMMENTAIRES

Chargé tous les articles Aucun article trouvé VOIR TOUT Lire la suite Répondre Annuler la réponse Supprimer Par Accueil PAGES ARTICLES Voir tout RECOMMANDÉ POUR VOUS CATÉGORIE ARCHIVE RECHERCHER TOUS LES ARTICLES Aucun article trouvé avec votre recherche Retour à l'Accueil Dimanche Lundi Mardi Mercredi Jeudi Vendredi Samedi Dim Lun Mar Mer Jeu Ven Sam Janvier Février Mars Avril Mai Juin Juillet Août Septembre Octobre Novembre Décembre Jan Fév Mar Avr Mai Jun Jul Aoû Sep Oct Nov Déc juste maintenant il y a 1 minute $$1$$ minutes ago Il ya 1 heure $$1$$ hours ago Hier $$1$$ days ago $$1$$ weeks ago il y a plus de 5 semaines Followers Follow CE CONTENU PREMIUM EST VERROUILLÉ ÉTAPE 1: Partager sur un réseau social ÉTAPE 2: Cliquez sur le lien sur votre réseau social Copier tout le code Sélectionner tout le code Tous les codes ont été copiés dans votre presse-papiers Impossible de copier les codes / textes, appuyez sur les touches [CTRL] + [C] (ou CMD + C avec Mac) pour les copier. Table des matières