Il est temps d’interroger notre modèle social

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Il est temps d’interroger notre modèle social. Nous avons hérité d'une sorte de maladie sociale difficile à guérir : celle qui consiste à croire qu'il

Il est temps d’interroger notre modèle social


Il est temps d’interroger notre modèle social

Ma conviction intime est que faire de la politique, c'est toujours prendre des risques, que ce soit au niveau villageois ou au niveau national. Dans toutes nos sociétés, il existe différentes catégories d'hommes et de femmes : il y a ceux qui acceptent, ceux qui se taisent, ceux qui sont faibles face à la pression collective, mais aussi ceux qui se révoltent.

Mais qu'est-ce qu'un homme révolté ? J'invite les hommes éclairés à relire Albert Camus, notamment son ouvrage L'Homme révolté. Il y explique, dès les premières pages, la signification profonde de la révolte : l'homme révolté est celui qui, à un moment donné, dit non. Mais en disant non à ce qu'il considère comme injuste, il affirme également qu'il existe des limites qui ne doivent pas être franchies.

J'ai parfois le sentiment que, dans notre société comorienne, dès que vous osez ouvrir la bouche pour dire qu'il faut changer certaines mentalités archaïques, on vous traite immédiatement de mal élevé, d'impoli ou de personne qui ne respecte pas les traditions.

Nous avons hérité d'une sorte de maladie sociale difficile à guérir : celle qui consiste à croire qu'il faut d'abord accomplir le Grand Mariage pour avoir le droit de parler, de proposer des idées ou de participer pleinement aux décisions de la société.

Mais le temps a changé. Notre manière de fonctionner doit évoluer avec la société d'aujourd'hui. Nous ne pouvons pas continuer à être pris en otage par un système qui ne reconnaît parfois que celui qui a dépensé ou gaspillé son argent pour acquérir un statut social.

Pour ma part, j'ai été banni à trois reprises de mon village. Pourquoi ? Simplement parce qu'une personne avait parlé, sans nécessairement dire la vérité, et que j'ai osé lui répondre. J'ai osé défendre mon point de vue. J'ai osé dire non. Et cela m'a coûté cher. Jusqu'à aujourd'hui, j'en paie le prix.

Il y a des personnes de mon village qui ne me disent même plus bonjour parce que j'ai refusé de me soumettre à certaines décisions ou à certaines pratiques. Mais aujourd'hui, eux aussi paient le prix de leurs choix. Parce qu'ils n'ont pas voulu écouter certains avertissements et certaines orientations, la diaspora de notre village s'est profondément divisée.

Mais, selon cette logique, puisque je n'ai pas fait le Grand Mariage, je n'aurais pas le droit d'avoir raison.

Nous sommes véritablement dans un monde à l'envers.

Il est donc temps d'interroger notre modèle social. Il n'est plus possible de continuer ainsi. Il faut avoir le courage de remettre en question certaines pratiques sans pour autant rejeter notre culture ou mépriser nos traditions. Une tradition doit servir la société, et non empêcher la société d'avancer.

Comment pouvons-nous accepter qu'un homme puisse décider de bannir un docteur ou une personne instruite d'un village uniquement parce qu'il possède un statut traditionnel supérieur ?

Comment pouvons-nous considérer qu'une personne n'a pas le droit de participer aux décisions collectives simplement parce qu'elle n'a pas accompli le Grand Mariage ?

Le problème ne se situe pas dans le respect des anciens ou dans la préservation de nos traditions. Le véritable problème commence lorsque le statut social devient plus important que la compétence, l'intelligence, la vérité, l'instruction ou l'intérêt collectif.

Il est temps de dire non à certaines façons de faire dans notre société comorienne.

Je sais que ces paroles vont encore me coûter cher. Je sais que certains vont m'insulter, me critiquer ou chercher à me marginaliser davantage. Mais peu importe.

Il arrive un moment où se taire devient une forme de complicité. Et il arrive un moment où l'homme révolté doit simplement se lever et dire : non, cela ne peut plus continuer ainsi.

Le changement ne viendra jamais de ceux qui profitent d'un système injuste. Il viendra de ceux qui auront le courage de remettre ce système en question, même lorsque cela leur coûte leur tranquillité, leurs relations et leur place au sein de la communauté.

Et si le prix à payer pour défendre mes convictions est encore l'exclusion, alors je suis prêt à le payer. Car il était temps de parler. Il était temps de dire non.

ISMAEL De Charif

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