Ngazidja : qui a donné à la notabilité le droit de bannir ?

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Ngazidja : qui a donné à la notabilité le droit de bannir ? Ce contraste nourrit un sentiment diffus mais persistant : celui d’un traitement inégal, d

Ngazidja : qui a donné à la notabilité le droit de bannir ?


Ngazidja : qui a donné à la notabilité le droit de bannir ?

Il fut un temps où la notabilité de Ngazidja incarnait une force d’équilibre. Discrète mais essentielle, elle veillait sur les liens invisibles qui tiennent une société debout.

Elle apaisait les conflits, en contenait les tensions, rappelait chacun à la mesure. Elle n’était pas parfaite, mais elle était respectée, parce qu’elle servait quelque chose de plus grand qu’elle-même : la cohésion sociale.

Aujourd’hui, cette notabilité semble avoir changé de nature. Ce qui se donne encore à voir sous ce nom n’est plus une autorité morale indépendante. C’est une structure fragilisée, traversée par des intérêts qui la dépassent, et de plus en plus alignée sur les exigences du pouvoir politique.

Elle ne se contente plus de réguler les tensions sociales : elle intervient désormais dans des dynamiques où la frontière entre médiation et sanction devient floue.
Un basculement s’est opéré.

Lorsque des contestations émergent, lorsque des voix s’élèvent dans certaines localités, la réponse ne passe plus uniquement par les canaux institutionnels classiques. Une autre forme d’intervention se déploie, plus symbolique mais tout aussi lourde de conséquences : celle du bannissement social.

Des villages entiers se voient désignés, isolés, placés en marge. Des communautés sont appelées à porter collectivement la responsabilité d’actes individuels. La sanction n’est plus ciblée : elle devient globale, presque rituelle, et profondément marquante dans l’imaginaire collectif.

Bandamadji la Domba, Singani, ces noms résonnent désormais comme les exemples d’un glissement préoccupant, où la réaction à des actes de contestation dépasse le cadre de la médiation pour entrer dans celui de la mise à l’écart.

Et pour Singani, une évidence s’impose déjà : parions que les dignitaires du régime issus de cette ville ne seront jamais considérés comme bannis, parce qu’ils appartiennent au pouvoir. Dans le même temps, d’autres situations interrogent. Lorsque des rassemblements politiques sont dispersés, lorsque des interventions sécuritaires visent des groupes d’opposition, la notabilité semble adopter une posture différente. Plus discrète. Plus silencieuse.

Ce contraste nourrit un sentiment diffus mais persistant : celui d’un traitement inégal, d’une parole qui ne s’exprime pas avec la même vigueur selon les circonstances. Et c’est précisément là que réside le danger. Car la force historique de la notabilité reposait sur une chose essentielle : sa capacité à être perçue comme juste, équilibrée, au-dessus des clivages. Le jour où cette perception s’effrite, c’est toute sa légitimité qui vacille.

Une autorité ne tient pas seulement par la tradition. Elle tient par la confiance. Si cette confiance se fissure, si l’on commence à voir dans la notabilité non plus un arbitre, mais un acteur engagé dans un camp, alors elle cesse progressivement d’être un espace de régulation pour devenir un outil parmi d’autres dans le jeu politique.

Et ce glissement est lourd de conséquences. Car une société qui perd ses mécanismes traditionnels d’équilibre se fragilise. Elle s’expose à des tensions plus vives, à des incompréhensions plus profondes, à des fractures plus durables.

Il ne s’agit pas ici de nier le rôle fondamental que la notabilité a joué, et peut encore jouer.
Il s’agit, au contraire, de poser une question essentielle pour son avenir :

peut-elle retrouver sa place de médiation indépendante, ou continuera-t-elle à s’inscrire dans une logique d’alignement qui, à terme, risque de la vider de son sens ?
L’enjeu dépasse les individus. Il concerne l’équilibre même de la société.
Car lorsqu’une institution censée incarner la sagesse collective commence à être perçue comme une extension du pouvoir, ce n’est pas seulement elle qui est en cause,
c’est toute la confiance sociale qui est mise à l’épreuve.

Et une société sans confiance.
est une société qui vacille.
Car lorsque la justice dépend du camp auquel tu appartiens, ce n’est plus une société…
c’est un système qui a déjà choisi pour toi.

Dini Nassur

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