Discours d’Achirafi Said Hachim à Marseille : l’opposition entre volonté d’unité et pratique de division. Mais dans le même souffle, l’orateur s’autop
Discours d’Achirafi Said Hachim à Marseille : l’opposition entre volonté d’unité et pratique de division
Dans la parole politique, il y a des moments où la cohérence compte davantage que la force des slogans que les mouvements mettent en avant. Le récent discours d’Achirafi Said Hachim à Marseille, dimanche 26 avril 2026 en offre une illustration frappante. Derrière l’énergie du propos et la virulence des attaques contre le régime d’Azali Assoumani, se dessine une contradiction majeure qui fragilise, sinon discrédite, l’ambition qu’il prétend incarner
Achirafi Said Hachim appelle à une unité de l’opposition dont il déplore la fragmentation, critique les ambitions personnelles, et qu’il invite à dépasser les querelles de leadership pour se concentrer sur un objectif commun n’étant que le départ du pouvoir en place. Sur le principe, difficile de lui donner tort. L’histoire politique récente des Comores montre combien les divisions internes ont systématiquement affaibli les dynamiques de changement.
Mais dans le même souffle, l’orateur s’autoproclame chef d’un gouvernement en exil. Ce geste est toutefois loin d’être anodin. Il reproduit précisément ce qu’il dénonce, notamment une personnalisation du combat et une concurrence des légitimités. Comment appeler à taire les ambitions individuelles tout en s’érigeant soi-même en figure centrale, sans mandat populaire clairement établi ? La contradiction est donc frontale.
À cette incohérence s’ajoute une ambiguïté sur les moyens de lutte. D’un côté, Achirafi affirme rejeter toute prise de pouvoir par coup d’État, position qui s’inscrit dans une logique de respect des principes démocratiques. De l’autre, il exhorte ses proches intellectuels à « passer à l’action » et cite en exemple des mouvements de révolte à l’étranger comme les Philippines. Où se situe alors la ligne ? Entre mobilisation citoyenne légitime et appel implicite à l’insurrection, le discours reste volontairement flou. Or, dans des contextes politiques fragiles, cette ambiguïté n’est jamais neutre.
Plus préoccupant encore est le choix d’attaquer frontalement certaines autorités religieuses en les qualifiant de « mécréants » pour leur sympathie avec Azali. Une telle rhétorique, dans une société profondément ancrée dans ses références religieuses, ne peut qu’accentuer les fractures. Elle traduit moins une stratégie politique qu’une fuite en avant verbale, au risque d’aliéner une partie essentielle du corps social.
Enfin, en revendiquant des soutiens étrangers tout en dénonçant la supposée collusion du pouvoir avec des partenaires internationaux, Achirafi Said Hachim s’expose à une autre forme d’incohérence. On ne peut à la fois condamner l’ingérence et s’en prévaloir, sauf à considérer que seule celle qui sert sa cause serait légitime.
Ce qui ressort, au fond, de cette prise de parole, ce n’est pas tant la force d’un projet alternatif que les limites d’un positionnement politique encore instable. L’opposition comorienne a sans doute besoin d’une voix forte. Mais une voix forte ne peut durablement s’imposer que si elle est aussi une voix cohérente. Aucun projet de société dans leurs discours, à part « Azali na lawé » comme, et le reste on verra. Ce n’est pas cela l’alternative. Encore une fois, c’est une politique de l’égo qu’on défend à tout va.
Car la véritable question n’est pas seulement de savoir comment contester le pouvoir en place. Elle est de savoir avec quelle crédibilité, quelle méthode et quelle vision d’avenir. Et sur ce terrain, les contradictions d’aujourd’hui risquent de peser lourd sur les ambitions de demain.
Abdoulatuf Bacar

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