Comores : 50 ans d'indépendance, et toujours pas de mémoire collective. 22 décembre 1974 : 95% de la population de l'archipel vote pour l'indépendanc
Comores : 50 ans d'indépendance, et toujours pas de mémoire collective
6 juillet 2025
Alors que l'Union des Comores célèbre ses 50 ans d'indépendance, les symboles sont partout. Mais le sens, lui, semble perdu. Derrière les discours officiels, l'histoire reste floue, mal transmise, parfois instrumentalisée.
L'indépendance comorienne s'est-elle réellement concrétisée ? Ou avons-nous simplement changé de chaînes ?
Le référendum oublié
22 décembre 1974 : 95% de la population de l'archipel vote pour l'indépendance. 95% ! Dans n'importe quel pays démocratique, c'est un triomphe électoral écrasant.
Mais la France décide de jouer avec les règles. Elle invente le principe "île par île" pour garder Mayotte, violant le droit international sur l'indivisibilité des territoires coloniaux. Face à cette manipulation, Ahmed Abdallah proclame l'indépendance unilatérale le 6 juillet 1975.
Cette date devrait être gravée dans la mémoire de chaque Comorien. Combien de nos jeunes la connaissent vraiment ?
L'ère des mercenaires : notre honte collective
Ce qui suit relève du cauchemar géopolitique :
- 3 août 1975 : Ali Soilihi renverse Abdallah... avec l'aide du mercenaire français Bob Denard
- 1978 : Le même Denard renverse Ali Soilihi pour rétablir Abdallah
- 1978-1989 : Bob Denard règne en "sultan blanc" sur notre archipel avec 500 mercenaires
Pendant 11 ans, un Français contrôle notre armée, notre économie, notre politique. Nos îles deviennent une plaque tournante pour les trafics d'armes de l'Afrique du Sud de l'apartheid. L'Afrique du Sud finance notre "garde présidentielle" à coups de millions de dollars.
26 novembre 1989 : Ahmed Abdallah est assassiné dans son bureau. Devinez qui était présent ? Bob Denard.
Nos enfants ne savent rien de tout ça
Le problème, c'est que cette histoire n'est pas enseignée. Nos manuels scolaires, importés de France, parlent plus de la Révolution française que du référendum de 1974.
Comment voulez-vous construire une nation quand la jeunesse ignore son passé ?
L'école publique se vide. Les enseignants fuient vers le privé. Les familles suivent. Et l'école cesse d'être un lieu de construction du citoyen.
50 ans d'instabilité : les chiffres qui font mal
- Plus de 20 coups d'État ou tentatives depuis 1975
- 1997 : Anjouan et Mohéli déclarent leur indépendance (99% des Anjouanais votent oui)
- 1999 : Nouveau coup d'État d'Azali Assoumani
Cette instabilité chronique n'est pas un hasard. C'est l'héritage direct de notre décolonisation confisquée.
Que faire maintenant ?
À 50 ans, nous sommes encore à la recherche de cohérence. Heureusement, de jeunes chercheurs comoriens comme Mahmoud Ibrahime commencent à écrire notre histoire avec nos yeux.
Il est urgent de :
- ✓ Réécrire nos programmes scolaires avec notre vraie histoire
- ✓ Former des enseignants qui connaissent l'histoire comorienne
- ✓ Sauver l'école publique comme vecteur de conscience nationale
- ✓ Construire un récit commun sans complaisance ni mensonge
La vraie question
Un pays sans mémoire est un pays manipulable. Un pays sans école publique forte est un pays vulnérable.
L'indépendance n'est pas une date sur le calendrier. C'est un projet quotidien qui exige une éducation sincère et un peuple conscient.
Sinon, nous ne célébrons que 50 ans de confusion.
Par ABDOULFATAH Antoissi

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