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© www.habarizacomores.com (Habari Za Comores)-
Le rappeur marseillais sort "Everest", son cinquième album, où il dresse un portrait précis et effrayant de notre époque. Interview.

Deux de ses chansons sont déjà des tubes : "Le diable ne s’habille plus en Prada" et "En feu". La première dresse le portrait de notre société, la seconde est une invitation à la danse pour oublier la violence ambiante. Elles annoncent la sortie de "Everest", le cinquième album de Soprano, rappeur courtois, engagé, moralisateur, qui n’a pas besoin d’un guide pour savoir où sont ses valeurs fondamentales.
Le rappeur Soprano, au printemps de Bourges, le 21 avril 2011. (ALAIN JOCARD / AFP )
Dès l’ouverture de son disque, il dresse la liste de ses priorités absolues : "Tolérance, solidarité, valeur, la famille, principe, Marseille, élévation, humanité, positivité, famille" et bien d’autres encore. Il va les décliner, avec le talent qui est le sien, tout au long de ce disque où il laisse entendre un rap aux vertus populaires et incisives. Rencontre.

Dans votre album, vous évoquez la difficulté d’atteindre l'"Everest". Pourtant, quand on revient sur votre parcours - bientôt vingt ans de carrière -, on a l’impression que cette ascension n’a pas été si compliquée.

J’avais 16-17 ans quand IAM nous a remarqués, moi et mon groupe. Le plus jeune d’entre nous n’avait même pas 12 ans. Avant cela, nous avons dû nous imposer, sans cesse essayer de nous faire remarquer, on s’incrustait partout où on pouvait. Grâce à IAM, nous avons eu accès à un studio d’enregistrement. Akhenaton a mis la main dans sa poche pour que nous puissions sortir un premier album, aucune maison de disques ne voulait de nous. Après, nous avons enchaîné.

Alors cette idée de tutoyer les sommets est tout simplement un thème récurrent dans le rap.

Tout à fait. En ce qui me concerne, je parle de toutes les difficultés que nous avons à surmonter dans la vie, qu’elles soient personnelles ou professionnelles. Quand j’ai sorti mon deuxième album, tout le monde me demandait pourquoi il était si triste. Entre-temps, j’avais grandi et je me trouvais de plus en plus face aux réalités du quotidien : les problèmes de couple, les difficultés financières, etc. Cela m’inspirait des textes tristes, sombres, graves. Quel courage et quelle force il faut trouver pour les affronter ! C’est cela, l’Everest, essayer de se dépasser chaque jour pour être meilleur que la veille.

En effet, deux de vos premiers raps portaient sur la maladie et la mort...

J’avais écrit "Comme une bouteille à la mer" et "Dernière chance", pour Léa Castel, qui parlait d’une femme condamnée par la maladie. Pure imagination, puisque personne ne vivait cette épreuve dans mon entourage. Jeune, mes écrits étaient douloureux, parce que la mélancolie était en moi. Mes fans aimaient ces chansons-là. Mais, un jour, j’ai vu ma sœur fondre en larmes en écoutant "Comme une bouteille à la mer". Elle pleurait et en même temps elle était en colère, elle se demandait pourquoi j’étais si triste alors que j’avais une famille aimante.

Ça m’a fait comme un électrochoc. Pour me débarrasser de cette noirceur, j’ai écrit "Mélancolique anonyme", l’histoire d’un homme qui veut en finir avec cette maladie et passer à autre chose. Je ne sais pas si la mélancolie est curable. Je pense que nous l’avons plus ou moins en nous, mais il est important d'essayer de la surmonter pour ceux qui nous entourent, pour ceux qui nous aiment. J’en suis sorti et j’ai commencé à écrire des textes plus positifs jusqu’à l’ensoleillement. Pour le bonheur de mes proches. Quand ma mère écoute "Cosmo" ou "En feu", elle est rassurée, elle sourit. Elle se dit que je suis heureux.
Cependant, "En feu" est suivi d’un interlude où vous expliquez que si on danse, si on fait autant la fête, ce n’est que pour oublier que tout va mal !

C’est exactement mon intention : nous éprouvons le besoin de danser, la nécessité de faire la fête, car cela nous permet d’oublier le temps d’une fête toutes les violences du monde actuel. D’ailleurs, la chanson qui suit cet interlude s’intitule "Le Diable ne s’habille plus en Prada". Elle le décrit, ce monde dans lequel nous survivons. On danse, on s’amuse, on s’enivre parfois au point de ne plus être nous-mêmes. Je pense aussi à ce monde parallèle qu’est la téléréalité et je suis effrayé de voir le comportement déplorable, vulgaire, des jeunes qui s’y montrent. C’est aux antipodes de mes valeurs.

Toutefois il y a bien quelques filles qui se promènent en soutien-gorge dans certains de vos clips.

(Rire) Quelques-unes, c’est vrai. Ma femme n’était pas contente, au début. Le réalisateur du clip de "En feu", un Américain, est arrivé avec un synopsis bourré de clichés, les codes habituellement en vigueur dans le rap. Je n’en voulais aucun, à tel point qu’il m’a demandé si j’étais vraiment un rappeur. Je suis avant tout un père de famille, qui écrit en l’occurrence une chanson festive pour donner le sourire aux gens. Alors, certes, des filles se promènent en soutien-gorge, mais elles ne sont pas vulgaires.

Que signifie cette phrase : "Internet brûle les neurones plus que la beuh."

J’ai écrit cette phrase au moment où l’application "Périscope" éclatait. J’entendais dire que des adolescents se filmaient en direct en train de se battre ou de fumer. Où sont les valeurs, où plaçons-nous les limites ? Pour être vu et "liké" sur les réseaux sociaux, on fait tout et n’importe quoi. Cette escalade me semble dangereuse. J’ai peur pour mes enfants et ceux de leur génération.
Vous chantez aussi : "Je sais ce que c’est que d’être un homme de couleur." Cela l’est moins quand on est célèbre.

C’est certain, mais je n’ai pas toujours été célèbre ! Le manager de Psy 4 de la Rime nous disait qu’il avait découvert le racisme au quotidien en nous fréquentant. Quant à ma femme (qui est blanche), au début elle pensait que j'abusais. Elle a commencé à mesurer l'ampleur du problème quand j’ai cherché pour nous un appartement. Dès que je disais mon nom, ils étaient tous pris subitement ; quand elle appelait à son tour, ils ne l’étaient plus.

La première fois que je suis apparu sur France 2 à une heure de grande écoute, elle a vu les commentaires des internautes sur ma prestation : je me faisais traiter de "singe", de "Kirikou", de "Bamboula". Ma femme était terrorisée. Je ne suis pas traumatisé, je ne me victimise pas, mais ce n’est pas simple. Il faut sans cesse se battre contre le racisme primaire. Je pense dégager une image positive que m’enseigne ma religion, mais dès qu’un musulman se comporte mal, tout est à refaire. Regardez : l’équipe de France de foot remporte la Coupe du Monde, on félicite les Français victorieux ; l’équipe de France bloque un bus, on fustige ces jeunes des quartiers. Ce n’est pas gagné.

Vous évoquez la personnalité de Dominique Strauss-Kahn, l’une des idoles des rappeurs puisqu’il incarne le sexe, le pouvoir et l’argent. Ce n’est pourtant pas trop votre monde.

Il renvoie une image d’homme à femmes, un pervers en peignoir. Moi, il me fait parfois rire, cet homme au destin présidentiel, sérieux, intouchable, qui se fait choper au Sofitel. Déjà, quand j’avais appris qu’il était de gauche, j’avais été surpris ; quand il s’est fait arrêter au Sofitel, je suis carrément tombé de ma chaise. Cet homme n’a cessé de me surprendre. Je peux rire de lui, mais je ne l’admire pas car je n’ai pas le sentiment qu’il respecte les femmes. Et puis, ma mère a longtemps été femme de ménage dans des hôtels, donc l’histoire du Sofitel me choque vraiment.

Et Rihanna, que vous citez également, de quoi serait-elle l’emblème selon vous ?

J’aime beaucoup sa chanson "Work". Sauf que dans son clip, elle fait des danses très suggestives et vulgaires. Un jour, j’étais chez moi et je vois ma fille de 7 ans essayer de danser comme Rihanna. J’ai piqué une de ces crises ! Donc, si je la cite dans ma chanson, c’est pour expliquer que beaucoup de filles adoptent les comportements de Rihanna, de Kim Kardashian et autres pour exister, pour séduire des bad-boys. C'est dérangeant, il faut être là aussi vigilant.

Vous êtes vraiment un gentil rappeur !

Et je le revendique ! J’écoute aussi le rap d’Alonzo ou de Booba, mais je me sens proche de Sexion d’Assaut ou de Youssoupha. Il y aura toujours des critiques, mais mon cas est, me semble-t-il, un peu différent puisque j’existe dans le rap depuis presque vingt ans. J’ai acquis une crédibilité. Quand elle est partie à Madagascar pour rendre visite à la famille, ma mère a vu des gens danser sur ma chanson "En feu". Elle m'a aussitôt appelé pour me dire combien elle était fière. Il y a sans doute des gens qui ne m’aiment pas, mais ma mère, elle, elle m’aime. Je veux que mes parents quittent ce bas monde - le plus tard possible - en se disant qu’ils ont fait du bon travail.

Propos recueillis par Sophie Delassein
"Everest", par Soprano (Parlophone)
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