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© www.habarizacomores.com (Habari Za Comores)-
Comment peut-on comprendre qu’au 21e siècle et 41 ans après son accession à la souveraineté nationale, notre cher pays, l’Union des Comores peine à mettre en place un système scolaire susceptible de former des hommes et des femmes capables de construire une société juste et équitable. En 1978, Elhad s’exprime sur l’éducation aux Comores en ces termes : « la présence des Français dans un pays musulman a engendré un système éducatif, dont la disparité des méthodes employées, l’une traditionaliste et l’autre occidentale, n’a fait que dénaturer l’enfant comorien ».

Compte tenu de ce discours, je comprends que Elhad voulait attirer l’attention des autorités comoriennes sur l’importance ou la qualité d’une éducation susceptible de développer chez l’enfant comorien des qualités morales lui permettant de prendre conscience des ses devoirs civiques nécessaires à la bonne marche de la cité (le pays, la région, la ville ou le village, le quartier et le foyer), lieu où chaque personne doit absolument accepter la règle commune : le civisme. 

Sur ce, le gouvernement, à travers le ministère de l’Éducation nationale, doit se saisir pour qu’enfin, notre système scolaire apporte des solutions concrètes sur la dénaturation de l’enfant comorien, tel que stipulé dans la note sur les innovations pédagogiques aux Comores, rédigée par Elhad, 3 ans après la date de l’indépendance de notre pays. J’estime que dans une approche de civisme, de nationalisme et de patriotisme, deux paramètres restent essentiels dans le processus de formation des citoyens et citoyennes : i) la compréhension des contenus de formation, c'est-à-dire les apprentissages, ii) une éducation à la citoyenneté.

Pour le premier paramètre, soit la compréhension des apprentissages, les pédagogues et les didacticiens s’accordent sur le principe qu’un bon apprentissage passe à travers la langue maternelle comme langue d’enseignement, il ne serait ce que pour l’enseignement de base (partiellement ou totalement). Soulignons qu’aux Comores, l’utilisation de la langue maternelle en tant que langue d’enseignement ne constitue pas une innovation pédagogique. À titre de rappel, de 1975 à 1978, période de pouvoir du Président Ali Soilih, le système éducatif de l’époque utilisait déjà le « Shikomor » comme langue d’enseignement au niveau primaire. 

Pendant les deux premières années de la scolarité (entre 5 et 7 ans) l’enfant recevait une éducation religieuse. Il a été initié à la lecture et à l’écriture du « Komorien » en caractère arabe (Elhad, 1978). D’ailleurs, le traditionnel enseignement coranique et l’enseignement officiel sont intégrés dans un même système dont l’enseignant a été pris en charge par l’État et non par la communauté. Bon nombre d’études en éducation (Tacelosky, 2001; Germain, 1993; Laroui, 1984) démontrent que la scolarisation des enfants devrait être commencée par l’enseignement dans la langue maternelle, dès les deux premières années d’apprentissage, car son usage, en début de la scolarité, garantit la continuité du développement psychomoteur, affectif et cognitif de l’apprenant, conserve une forte identité culturelle et peut empêcher toutes sortes d’assimilation souhaitée. J’imagine que tout Comorien, lecteur de cet article, comprendrait pourquoi le Président Ali Soilih n’avait pas hésité de retenir le « Shikomor » comme langue d’enseignement de la première à la troisième année d’enseignement. 

La fin tragique du pouvoir d’Ali Soilih a été l’occasion aux Français et aux francophiles assimilés pour prendre les rênes du système éducatif comorien et mettre fin à cette méthode d’apprentissage qui a fait ses preuves dans plusieurs pays du monde. Malgré qu’il n’existe pas d’études nous permettant de le prouver de façon scientifique, mais une simple enquête révèle que les enfants comoriens ayant bénéficié de cette forme d’apprentissage (enseignement de base en Shikomor) ont très bien réussi dans leurs études secondaires et universitaires. Heureusement que ces dernières années, l’État comorien commence à élaborer des projets pour un enseignement en « Shikomor » au primaire. Mais, faudrait –il attendre combien d’années encore pour que cela se concrétise? Peut-être que sur la base de leurs promesses électorales, les futurs président et gouverneurs nous en parleront davantage dans les prochains jours. 

Pour le deuxième paramètre, c'est-à-dire l’éducation à la citoyenneté, plusieurs citoyens considèrent qu’il est inconcevable et parfois même impensable que 41 ans après l’indépendance, notre école n’ait jamais tenté de former l'enfant comorien sur ces notions de civisme, de nationalisme, de militarisme et de patriotisme. En conséquence, ce jeune comorien, qui deviendra plus tard président, ministre, directeur général, haut cadre de l’État et j’en passe, ignore complètement la valeur de la Nation, de l’Hymne national, du Drapeau, du Bien public et tant d’autres valeurs communes. Du coup, la corruption reste une règle de vie aux Comores. 

Certains disent même qu’aux Comores, la dignité humaine passe à travers une corruption active et ouverte à tout le monde. Cela dit que lorsqu’une personne accède à un poste privilégié, ses compétences professionnelles seront évaluées en fonction de ses capacités à se livrer à la corruption dans toutes ses formes et ainsi, elle devient l’enfant chéri du peuple, le notable ou, disons « grand notable» ou encore un leader influent en politique.


Contrairement à cela, lorsqu’on agit avec éthique et intégrité dans ses fonctions et que l’on proscrit toute forme de corruption, on évite de s’enrichir illicitement sur les biens publics, le peuple te qualifie d’un « raté », d’une personne professionnellement incompétente, politiquement et socialement indésirable et qu’il faut très vite s’en débarrasser. Voilà, malheureusement une des règles de vie aux Comores et c’est vraiment dommage que cela prétende être, pour le Comorien, une identité culturelle. Alors, comment peut-on rectifier le tir, mieux prévenir la corruption et préparer les bases d’une vie agréable pour les futures générations? À mon avis, en tant qu’éducateur, la solution reste l’enseignement et l’éducation à la citoyenneté. 

Depuis l’année 2008, le ministère de l’Éducation nationale a élaboré un programme d’enseignement relatif à l’éducation civique, morale et citoyenne. Nous sommes en 2016, ce programme reste dans les tiroirs du ministère et des commissariats de l’éducation, faute d’une décision politique nous faisant croire que l’État ne dispose pas des ressources humaines et financières suffisantes pour l’entrée de cette discipline dans les salles de classe. C’est faux, et je confirme encore que c’est contraire à la réalité du pays: combien d’enseignants sont recrutés à des fins politiques et électoralistes? Combien d’enseignants de droit donnent des cours d’histoire et de géographie? Combien d’enseignants évoluent dans des disciplines ne correspondant pas à leur formation universitaire? C’est pour dire que les ressources sont disponibles, il suffit de s’en servir de façon efficace et efficiente. À cet effet, le ministère de l’Éducation nationale et les commissariats de l’éducation au niveau des îles pourraient concrétiser ce projet visant la formation de nos enfants à la citoyenneté qui, selon Marzouk, John et Côté (2000), renverrait :

  • À un cadre démocratique où les droits humains (droits civils, politiques, sociaux, économiques et culturels) sont respectés et où existent, entre autres, des institutions et des instruments politiques et juridiques pour les garantir; 
  • À des responsabilités civiles, politiques, économiques et sociales qui ne sont que des obligations du citoyen ou de la citoyenne envers sa communauté d’apprentissage; 
  • À la participation de chaque citoyen et citoyenne au façonnement de sa communauté à travers divers contextes d’implication sociale et politique; 
  • À l’appartenance à une communauté politique large ou petite à laquelle chaque citoyen ou citoyenne s’identifie et dans laquelle il ou elle s’engage et partage, avec les autres membres, les finalités poursuivies par cette même communauté; 
  • À des valeurs communes privilégiées par la communauté dans laquelle les citoyens et les citoyennes évoluent; 
  • À la protection des personnes et des biens (publics, privés et libres); 
  • À une situation de paix où la résolution pacifique des conflits est valorisée et la violence évacuée. 
Ainsi, nous comprenons qu’une éducation citoyenne est loin d’être une matière à enseigner pour enrichir le contenu scolaire et apprécier le travail de l’apprenant par la fameuse évaluation sommative. Loin de là, c’est une discipline dont le but est de former des citoyens et citoyennes conscients (es) de leurs droits et de leurs devoirs civils et politiques, je les qualifierai de surveillants de l’État de droit aux Comores. Donc, Monsieur le Président, c’est vous qui possédez tous les moyens nécessaires pour le redressement de notre pays. Si vous n’êtes pas corrompu, personne ne le sera et si vous respectez l’État de droit tout le monde le respectera également. 

Je clos mon récit en vous demandant Monsieur le Président de l’Union des Comores d’agir pour une éducation de qualité, une éducation à la comoriannité, une éducation citoyenne qui serait à même de lutter contre le principal «mal» qui ruine notre pays, qui n’est autre que la corruption. Winston Churchill m’a chargé de vous rappeler « qu’il ne sert à rien de dire : Nous avons fait de notre mieux. Il faut réussir à faire ce qui est nécessaire », fin de citation. Merci Monsieur le Président, merci messieurs les gouverneurs et je vous souhaite bonne réussite pour ces lourdes responsabilités que vous portez sur vos épaules après les avoir sollicitées auprès des Comoriens et Comoriennes. Bonne chance pour les Comores.

Auteur : Issihaka Mdoihoma Mbaé, Doctorant en éducation, Université de Moncton-Canada.
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