Le sang de Pagé, le cri d'Anjouan ! Face à cette tragédie, le silence serait une complicité. Répondre à la misère par le sang est la marque des systèm
Le sang de Pagé, le cri d'Anjouan !
Le cœur lourd, l’âme meurtrie, mais le regard droit, je m’adresse à vous aujourd’hui, mes frères et sœurs d’Anjouan, et à l’ensemble des enfants de notre archipel.
Ce que nous vivons ces derniers jours n’est plus une simple crise économique. C’est une épreuve de vérité. C’est le reflet d’une détresse qui a dépassé les limites du supportable. Lorsque des travailleurs, des chauffeurs de taxi, des pêcheurs, ceux-là mêmes qui nourrissent et font circuler la vie dans nos îles, se lèvent pour dire qu’ils ne peuvent plus respirer sous le poids de la vie chère et d’une hausse injuste du carburant, ils ne font pas de la politique. Ils crient leur droit à l'existence.
Mais l'insoutenable s’est produit. La réponse à ce cri de survie a été le sifflement des balles réelles. Un enfant de l’agglomération de Pagé-Mutsamudu a été fauché. Il s’appelait Karim.
Regardez son visage. Ce n'est pas un chiffre sur un bilan. C'est une promesse d'avenir brisée, un fils arraché à l'amour des siens, un frère dont le seul tort aura été de refuser de plier l'échine. Ma peine est immense, ma compassion totale.
Aux parents de Karim, à sa famille, à ses proches, ainsi qu’à tous les blessés de cette répression aveugle, j’envoie mes condoléances les plus sincères, pétries de larmes et de respect. Sa mémoire ne s'éteindra pas ; elle s'inscrit désormais dans le grand livre de nos douleurs et de nos luttes.
Face à cette tragédie, le silence serait une complicité. Répondre à la misère par le sang est la marque des systèmes qui n'ont plus d'arguments, si ce n'est la force brute d'un joug hégémonique et méprisant.
Ce matin encore, l'illusion du retour à l'ordre ne trompe personne. Si les barrages autour de Mutsamudu ont été levés par les forces d’occupation comoriennes, la réalité saute aux yeux : notre capitale historique reste lourdement quadrillée en ses points stratégiques. Cette militarisation des carrefours et des consciences est l'aveu même de la peur du régime face à la dignité d'un peuple en sursis. On ne gouverne pas une île en la transformant en prison à ciel ouvert.
Pourtant, au milieu de cette obscurité, je veux vous dire ceci : ne laissez pas la colère légitime se dissoudre dans le chaos du moment. Ce mouvement syndical et social montre la force de notre peuple lorsqu'il se tient debout. Mais pour que le sacrifice de Karim et les souffrances de notre jeunesse ne soient pas vains, l'émotion d'un jour doit se transformer en une vision pour demain.
Pendant que vous résistez avec courage sur le terrain, sachez que vous n'êtes pas seuls. Dans l'ombre, loin de l'agitation stérile et des réactions à court terme, des forces de réflexion et d'action se structurent. L’OPIA (Organisation pour l'Indépendance d'Anjouan) observe, analyse et rassemble. Elle refuse les coups d'éclat éphémères pour bâtir, patiemment mais résolument, les conditions d'un rassemblement historique. Toutes les sensibilités politiques et citoyennes d'Anjouan s'unissent pour préparer une alternative globale, solide et définitive.
L'OPIA s'apprête à offrir à notre île le cadre de sa dignité retrouvée, pour qu'Anjouan ne soit plus jamais traitée comme une terre de seconde zone, et pour briser définitivement les chaînes de la haine et du mépris et de ce suprémacisme comorien qui nous étouffe.
Restons debout, restons dignes, et restons unis. L'histoire est en marche, et c'est ensemble, dans la justice et la mémoire de nos martyrs, que nous la réécrirons.
En ces instants de recueillement, nous tournons nos cœurs vers le Tout-Puissant et élevons nos prières pour l'âme de notre jeune frère.
À Allah nous appartenons et c’est à Lui que nous retournons.
Ô Allah, pardonne à Karim, fais-lui miséricorde et accorde-lui Ton pardon. Élargis sa tombe et illumine-la de Ta lumière. Accueille-le parmi les martyrs et les pieux dans Ton Paradis le plus élevé, le Firdaws, sans jugement ni châtiment préalable. Amin.
Que la terre d'Anjouan te soit légère, Karim. Nous ne t'oublierons pas !
Vive l'État souverain d'Anjouan !
Vive la Confédération des États souverains des Comores !
Anli Yachourtu JAFFAR
16 mai 2026

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