Le ramadan de mon enfance, dans mes Comores natales

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Le ramadan de mon enfance, dans mes Comores natales


Finir entièrement le ramadan, en ne mangeant, ni ne buvant de l’aube au coucher du soleil, n’est pas chose aisée. Même aux Comores, où les journées sont toujours de 11-12h. Les enfants, naturellement incapables de le faire, rêvaient du jour où ils pourraient faire comme les grands, en le faisant arriver à bon port (huondowa) comme dit la formule consacrée, en langue vernaculaire.

C’était donc un défi, des plus grands, pour tous les enfants. Mais, avant, il fallait déjà réussir un jour de jeûne. Et pour y parvenir les aînés avaient mis en place deux techniques des bien rodées. 

La première est celle de l’initiation par la pratique, une sorte de rite initiatique, qui consistait à jeûner un jour de jeûne observé par tous, autre que les jours du Ramadan. C’était le 27ème jour du mois de Rajab, un des quatre mois sacrés du calendrier musulman, considéré comme le jour du voyage nocturne du Prophète, qui l’a conduit, selon le Coran, de la mosquée de la Mecque à celle de l’extrême (al-aqsā), puis de son ascension vers Dieu, avant de revenir à la Mecque, la même nuit. Il a un nom particulier, ce jour-là. Il s’appelle Swahamwedja. C’est, au reste, le seul jour, à ma connaissance, qui a un nom particulier parmi les jours de l’année aux Comores.

Le Swahamwedja étant férié sur l’ensemble de l’archipel, y compris à Mayotte, le jeûne observé était des plus suivis. La veille était le seul jour de l’année où tout le monde se devait de tout faire pour bien manger, afin de pouvoir tenir le jeûne du lendemain, sans doute.

Nous nous réveillions dans l’enthousiasme et la clameur du jeûne collectif. Nous devions faire comme les grands, enfin. Au départ, naturellement, nous n’y parvenions pas. Et pour cause, c’était aux alentours de 6 ans que nous commencions.

Et c’est là qu’intervient la seconde technique, celle de la tricherie dévoilée mais admise, par tous. Les aînés savaient en effet que nous ne pouvions pas jeûner du premier coup un jour. Nous observions tout au plus 4h. Nous craquions à midi, nous cachions pour manger, des mets expressément dévoilés, mais que nous pensions cachés. Ah ces années-là! Qu’est-ce que nous étions bêtes. Nous devions tout faire pour éviter d’être pris en train de manger pour ensuite pouvoir sortir devant tout le monde et dire avec force avoir jeûné. 

Les parents nous soutenaient, en affirmant que nous avions bel et bien jeûné. Une demie-journée, pouvons-nous entendre. Mais…., de loin pour ne pas décourager. Et nous avions des cadeaux. C’était l’occasion pour les garçons par exemple d’avoir un palmier, et pour les filles de l’or. Nous étions mis à l’honneur. Les parents affichaient leur fierté, et naturellement nous nous sentions nous pousser des ailes.

Qu’ils étaient beaux ces mensonges collectifs! Et il y en avait beaucoup que les jeunes d’aujourd’hui ne connaîtront, hélas, jamais. Il ne s’agissait, en effet, pas seulement du jeûne. Tenez, quel jeûne Comorien de l’archipel dira ne pas avoir eu à chercher chez les voisins la corne de la chèvre sans corne? Ujonga wa bwalala! Ah là là! Celle-là, je l’ai tellement cherchée! Et évidemment, je ne l’ai jamais trouvée! Le plus fou était que toutes les mamans savaient que dès qu’un enfant la demandait, c’était parce que sa mère voulait l’éloigner quelques temps de la maison, le temps de se reposer un peu où de faire une tâche quelconque. 

On allait ainsi de maison, car chaque fois qu’on arrivait chez une voisine, on nous disait: « Ah! Je l’avais là, tout de suite, mais je l’ai passée chez Maman Untel. Va la voir. » Souvent, c’était en fin de journée. Quand on rentrait, on était cuit. On pouvait à peine manger. On tombait comme une masse dans le sommeil. 

Alors, pour ceux que cela peut étonner que l’enfant ne comprît pas qu’il s’agissait de quelque chose qui n’existait pas, le terme « bwalala » ne contient pas udjonga (corne). En français, non plus, la chèvre naturellement sans corne, ne laisse pas voir cette absence. On l’appelle chèvre motte. 

On aurait ainsi pu faire tourner en bourrique les enfants les enfants, en France, en leur demandant de chercher une corne de chèvre motte, car il n’y verrait que du feu. Et je sais que cela a existé, sous d’autres formes.

Bref, le ramadan de mon enfance n’est pas seulement cela. Il est fait d’odeurs, souvent de nourriture, de rencontres, de jeux, de cours, de compétitions religieuses, et de bien d’autres choses. Donc, other days…

Ce serait, d’ici là, bien que chacun de nous raconte, écrive son histoire avec le Ramadan, dans son pays ou sa région. Je suis sûr que nous en apprendrions tellement et pourrions très concrètement voir que même si la forme du jeûne est la même partout, il n’est pas vécu partout de la même manière. C’est cela l’islam: une ossature à l’intérieur de laquelle beaucoup de choses se font ou se vivent différemment selon les époques et les lieux. C’est en cela qu’il est valable partout et en tout temps. Pas en gardant l’ossature et la manière dont il est vécu dans un endroit ou à une époque. 

C’est l’appauvrir et l’empêcher de se réaliser pleinement. Il en est de l’islam comme du soleil. Il est toujours le même, mais change de force et couleur, selon les lieux et les temps. Il ne se couche pas jamais, comme il ne se lève jamais. Chacun le voit différemment à sa porte. Devrait-on interdire aux gens de dire qu’il se couche lorsqu’ils le voient s’éloigner disparaître à l’horizon et à d’autres qu’il se lève lorsqu’ils le voient poindre à l’horizon? 

A méditer, sans tomber dans la psychanalyse des contes, à la Bettelheim, ni dans l’analyse de leur structure comme Propp et Greimas. Se raconter son rapport au jeûne, enfant, seulement pour comprendre l’adulte jeûneur ou déjeûneur qu’on est devenu

Bon ramadan à ceux qui vont le faire et paix à tous.

Humainement vôtre

Mohamed Bajrafil 
Photo ©Cheha

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