Madagascar : Plus de 2000 comoriens massacrés à Mdjangaya en décembre 1976

"Je me trouvais à Majunga lorsque ont éclaté, le 20 décembre 1976 les affro.Madagascar : Plus de 2000 comoriens massacrés à Mdjangaya en décembre 1976

Madagascar : Plus de 2000 comoriens massacrés à Mdjangaya en décembre 1976

En ces jours les plus sombres de notre histoire d'immigration comorienne, toutes nos pensées vont aux victimes de ce terrible événement, ainsi qu'à nos chères mères survivantes rapatriés, aujourd'hui qu'on les surnomme MASSABENA.

Voici un témoignage publié par le quotidien français a comme auteur Jean-Marc Devillard, ingénieur agronome, qui s’est trouvé à Majunga pendant la période de cet événement :

"Je me trouvais à Majunga lorsque ont éclaté, le 20 décembre 1976 les affrontements entre les Malgaches et les Comoriens, modestement appelés « les échauffourées regrettables de Majunga » par la presse malgache. Les Comoriens, tous musulmans, sont installés à Majunga et dans d’autres villes malgaches depuis plusieurs dizaines d’années. La plupart sont nés à Madagascar et un certain nombre d’entre eux ont encore la nationalité française. 

Les hommes occupent des emplois nécessitant une certaine qualification : ils sont boulangers, cuisiniers, ouvriers spécialisés dans les deux usines de Majunga, artisans du bâtiment, vendeurs ambulants, restaurateurs, petits commerçants, gens de maison chez les Blancs ou chez les riches commerçants hindous font figure de privilégiés. Ils ont, de ce fait, un statut supérieur à celui des Betsirebaka [une des tribus malgaches].

Jusqu’à présent, la communauté comorienne coexistait sans trop de problèmes avec les autres communautés ethniques.

Tout commence le 20 décembre par un incident : un Comorien enduit le visage d’un enfant betsirebaka de ses propres excréments. Les excréments sont considérés comme tabou par les Betsirebaka.

Pour cette tribu les excréments humains sont frappés de malédiction et a fortiori si on les mange. Ce qui venait de se passer était une profanation innommable. L’esprit des ancêtres ne pourrait se reposer en paix tant que cet affront ne serait pas lavé dans le sang. Les mânes criaient vengeance, les lares demandaient réparation et les pénates exigeaient l’immolation du coupable. Cet incident n’était en réalité que la goutte d’eau qui allait faire déborder le vase. Bon nombre de Malgaches commençaient à souffrir vraiment de la présence de Comoriens a Madagascar.

« Ils quittent leur pays pour venir manger le riz des Malgaches, ils se moquent de nos traditions En plus on a vraiment de la peine à savoir si Majunga est une ville malgache ou comorienne » Cet événement fut donc une aubaine pour certains Malgaches rancuniers.

Une demi-heure après l’événement toutes les âmes betsirebaka du district étaient en état d’alerte. Hommes, femmes, enfants, vieillards s’armèrent jusqu’aux dents. Afin de laver cet affront sacrilège, les Betsirebaka exigeaient comme le veut la tradition tribale, que l’enfant souillé fût sept fois purifié dans de l’eau dorée et que sept vaches rouges fussent sacrifiées aux mânes bafoués. Les Comoriens toujours fidèles à leur tempérament rouspéteur, commencèrent par tergiverser. Mais lorsqu’ils s’aperçurent que la tension avait atteint un point critique et qu’il voulurent accepter des sacrifices, c’était déjà trop tard. La seule purification possible restait le sang, dirent les Betsirebaka.

Dès quatre heures du matin, Majunga fut quadrillé par la redoutable tribu. Féroces, ces hordes enragées affluèrent vers Mahabibo le quartier général des Comoriens. Comme une armée entraînée, disciplinée, rompue à la tactique de la guérilla urbaine, obéissant à un commandant occulte, ils prirent en tenaille le quartier.

Ils déboulèrent d’abord vers la mosquée de Vendredi où ils étaient sûrs de trouver un essaim de Comoriens. Ceux-ci étaient justement en pleine prière dans la position de la prosternation. S’abattirent sur leurs coups penchés et fraîchement rasés des coupe-coupe de taille effrayante.

Des houes, des haches brisèrent les colonnes vertébrales. Des marteaux fracassèrent des crânes. Des poignards dégonflèrent des panses. Des cris, des gémissements, des hurlements, des râles rauques d’agonie fusaient de partout. C’était un véritable carnage. Des torrents de sang se frayaient des lits par les multiples portes sculptées de la mosquée.

"L’armée et la police n’interviendront pas" ceux-ci regardaient faire les Betsireba


L’affaire prend alors des proportions dramatiques : une véritable chasse au Comorien s’organise en ville et dans le quartier comorien. Des groupes de Betsirebaka poursuivent dans la rue et traquent dans leurs maisons des Comoriens – hommes, femmes, enfants, – qui sont tués aussitôt. Nous pourrons voir, dans les rues, de nombreux cadavres atrocement mutilés. Leurs habitants tués, les maisons des Comoriens pillés, puis incendiés. 

Lorsque l’armée interviendra, ce sera en fait pour rester passive : elle est présente sur les lieux de l’affrontement, mais elle a reçu l’ordre de ne pas se manifester que si elle était elle-même attaquée... Des voitures et des bus de transport en commun sont arrêtés. On en fait descendre pour les tuer, les Comoriens qui s’y trouvent. Des Comoriens ont été massacrés sous les yeux des soldats, qui laissaient faire, et personne n’a vu l’armée prendre la défense des victimes.

Les Comoriens encore capables de réfléchir se posaient des questions sur l’étrange discrétion de la police, de la gendarmerie et de l’armée. Ce n’est que le 3eme jours après le massacre qu’un bataillon arriva de Tamatave. Ils trouvèrent bien sûr tout rasé, nettoyé, récuré. on dénombrera cinq cent à six cent morts, d'après les témoignages des majungais, De nombreux cadavres ont en effet été jetés à la mer, ou enterrés sans trace officielle.

Les Comoriens s’apprêtaient à entamer le plus grand exode de leur Histoire


Ce jour-là, l’aéroport de Moroni-Iconi reprenait le visage de ses anciens jours de gloire. Tout le quartier, depuis le port jusqu’au lycée Said Mohamed Cheikh, depuis Caltex jusqu’à l’hôtel Karthala était noir de monde. Les Commandos Zazi [l’une des milices révolutionnaires] contenaient difficilement la marée humaine […] Certains étaient là avec le tenu espoir de retrouver un parent. D’autres poussés par un sentiment morbide, sûrs déjà que les leurs étaient exécutés, vinrent quand même assister à leur non-retour.
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