Élections à Madagascar, une crise inéluctable

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"33", c’est le chiffre, 33 candidats sont finalement présents sur la liste et les bulletins uniques pour les élections présiden...

"33", c’est le chiffre, 33 candidats sont finalement présents sur la liste et les bulletins uniques pour les élections présidentielles de Madagascar. La campagne est ouverte depuis quelques jours, les présidentiables peuvent désormais s'affronter et les hymnes à la gloire des élus fleurissent çà et là, chantés au mégaphone à hurler de bonnes intentions ; et les promesses. Les concerts , les discours et la THB coule à flot pour quatre semaines, en espérant que l’issue ne sera pas encore une crise où les conteneurs seront soudés sur tous les ponts menant à la capitale.

Trente-trois (33) candidats avec 100 % des voix à partager, une chose est sure, c'est que la majorité des candidats fera moins de 3 % ; une véritable folie qui s'est emparée de la CENIT (Commission Électorale Nationale Indépendante pour la Transition) et qui a conduit à l'acceptation d'autant de candidats.
Hors de tout entendement, il aura fallut accepter tout le monde, réaliser une véritable démocratie où n'importe qui pourra revendiquer n'importe quoi. "N'importe qui", enfin, du moment où il aura réussi à verser la caution obligatoire pour soumettre sa candidature, une bagatelle d'environ 18 000 Euros, un montant que moins de 80 % des malgaches pourront un jour peser dans leur vie. Une grosse somme donc, censée filtrer les velléités de tout-un-chacun. A Madagascar, vous l'aurez compris : ce ne sont pas cinq-cent (500) signatures de maires qu'il faut avoir mais belle et bien de l'argent !


Même dans les meilleurs démocraties du monde, on n'a jamais autant de candidatures suffisamment intègres et objectifs souhaitant se présenter. Mais à Madagascar, il en va tout autrement ; la place est bonne et elle est convoitée : c'est l'Open Bar labellisé ONU.
Tenter sa chance, parasiter, monnayer son soutien, les objectifs peuvent être divers et variés, mais connaissant bien les malgaches, la majorité y croit, j'en suis certain. Et puis l'homme malgache aime les costumes et la fête. Parader et se montrer, il adore ; une bien belle occasion ces élections pour le faire quand tout le monde regarde dans une course de quatre semaines où le peuple est à l'écoute et regarde ses monarques.

La campagne bat son plein

La « propagande », c'est le nom employé et usité au pays ; au sens religieux du terme exact. Pendant ces quatre (4) semaines de propagande, les mégaphones hurlent aux quatre coins de Antananarivo et sur les grandes places du pays, même en brousse. Les salles de fêtes privées sont prisent d'assaut par les candidats et les associations partenaires qu'ils financent. Des concerts improvisés pour attirer le peuple afin qu'ils écoutent sur l'estrade le candidat du jour, ou le deuxième vu le nombre. Trente-trois (33) hymnes, trente-trois (33) discours, trente-trois (33) embouteillages monstres et défilés de 4X4.


Le spectacle est présent de partout et à toute heure. Pour une fois que le pauvre malgache peut se distraire sans avoir à rogner sur le bol de riz quotidien, pour se payer une THB. Le spectacle est ouvert et le spectacle est gratuit ; tel des bals musettes d'un autre âge ; Car autres spectacles culturels, les élections sont une lucarne ouverte sur la culture malgache.


Les oligarques, les bourgeois, défilent sur les esplanades pour se montrer devant un parterre d'enfants et de « nenenina » , bonniches au sens séculaire du terme aujourd'hui usé en « filles au pair », « emplois service », ou « pacs » ; les admirant dans leur splendeur étalée du haut d'une chaise placée sur l'autel tel un trône dominant le parterre matriarcal représentatif des électeurs. Le respect n'est toujours pas dans les cordes, tressées pour l'occasion de sisal « zanatana » local, de ces élus des hauts plateaux.
Aucun des candidats n'a d'ambition pour Madagascar, aucun ne veut faire la révolution ; tous n'ont que peu de conscience des richesses du pays, tous sont pour le retour de l'ordre constitutionnel et la réintroduction de la planche à billet américaine.


J'aimerais dire une chose à ce peuple, mon peuple en quelque sorte, en cette période où il rêve d'un avenir meilleur. J'aimerais leur dire que la solution économique est à Madagascar, elle est devant eux, dans leurs rivières et dans leurs forêts. Mais comprendront-ils qu'il faut battre monnaie au pays quand leurs principaux potentiellement dirigeants sont déjà fortunés en fausse monnaie américaine et ne sont donc pas prêts à relayer cette idée d'insurrection monétaire d'ordre révolutionnaire, kadafiste, alors que même les bulletins de vote ne sont même pas imprimés au pays.


Quelques gros concerts sont prévus, celui qui déploiera le plus de moyens festifs récupérera le plus de voix, c'est le mot d'ordre, du marketing électoral. L'argent toujours présent dans ces élections censées être équitables, propres et démocratiques ; mais simple est de constater que les moyens pour accéder à la consécration doivent être richement déployés.
On se rappellera de la légende qui disait que Marc Ravalomanana avait distribué des t-shirts et des yaourts par hélicoptère déjà en 2002, méthode qui lui aurait permis de remporter la bataille de la brousse. Déjà l'argent avait fait la différence !
On se rappellera aussi de la suite des événements qui avait conduit à une crise déjà très forte, ou les pompés menant à la capitale avaient été obstrués par des conteneurs soudés tel le « siège d'Alesia ». Crise déjà, qui n'avait pas abouti à la réalisation du second tour pour finir par introniser Marc Ravalomanana en forme de coup d'état.

La méthode et les dates

Outre les centaines de consultants spéciaux étrangers dépêchés à grand renfort de dette par millions de dollars aux frais de princesse Madagascar ; il a été décidé que les élections seraient transparentes, démocratiques, en clair des élections aux standards inébranlables de l'ONU et du FMI ; tant de paroles médiatiques égaux, bulletins de vote uniques, transparence des résultats.
La date du 25 octobre a été choisie pour le premier tour. Une date qui semble vraisemblablement et définitivement fiable. Mais, car mais, la CNIT n'a toujours pas reçu les bulletins de vote, bulletins dont l'impression aurait été déléguée à un imprimeur sud-africain. Des spécimens circulent pour la formation des illettrés, mais ils ne sont toujours pas coiffés de la photo nécessaire à au moins 70 % des votants. L'ordre sera respecté, Ravalomanana au pays des imprimantes veille au grain.
La date du 20 décembre pour le deuxième tour, date qui reste pour le moment suspendue à la fiabilité du dépouillement du premier tour et au dénouement malgacho-malgache, sous le spectre, de Damoclès international et à l'acceptation de ces résultats. À trente-trois belligérants, on imagine difficilement qu'ils puissent se retrouver à moins de cinq pour se plaindre des maigres pourcentages collectés.
Déjà 5 ans que Madagascar attend ses élections, espérons qu'ils réussiront à s'entendre car je ne vois pas comment ils pourraient se remettre d'une nouvelle crise électorale. Par le retour de la Reine ? ...Sans doute que tout aurait dû rester ainsi, la colonisation a instauré cette politique de démocrate qui n'a définitivement pas sa place à Madagascar et en Afrique ; pour preuve ses élections qui ne sont clairement jamais démocratiques et ne respectent jamais l'avis du peuple, juste celui de l'ONU.

Et donc qui va passer ?

En lice, trente-trois candidats ; oui encore, mais c'est que j'ai du mal à m'y faire aussi. Il est relativement facile de faire le tri pour en faire ressortir deux au second tour, car oui, ils ne seront bien que seulement deux au second tour ; peut être plus à se battre mais pas plus sur le second bulletin de vote ; unique ?
Quel que soit la stratégie des uns et des autres, l'incertitude est minime quant à l'issue du scrutin. Alors qu'il s'agit presqu'uniquement de réussir à faire plus de trois pour-cent, faire des pronostiques est une chose aisée et peu risquée.

Jean-Louis Robinson, parce que soutenu par la mouvance Ravalamonana ; C'est le poulain choisi par l'ancien président. Celui là même qui depuis qu'il a été renversé n'a cessé d'attendre et de militer pour ce jour où il pourrait entrevoir son retour au pays ; parce qu'il a la malgachitude dans le sang, il ne supporte pas de vivre à l'étranger. Marc Ravalomanana pèse de tout son poids dans la candidature de Jean-Louis Robinson, il sera avec très peu de doute au second tour. Et Marc Ravalomanana pèsera aussi sans doute de tout son poids financier, poids dépassant allègrement le milliard de dollars. Sinon Jean-Louis Robinson à l'air d'être quelqu'un d'intègre, c'est dommage qu'il ait besoin de machinations électoralistes.


Camille Vital, l'homme de terrain, l'homme qui a compris qu'il fallait couvrir la brousse. Alors que les candidats ont l'air de se cantonner à la capitale et ont complètement omis le fait que des centaines de milliers de cartes d'identités, sésames électoralistes, ont été distribuées ces derniers mois, Camille Vital lui a déjà compris que la bataille était ailleurs, et ailleurs c'est la brousse.
Déjà en fief conquis à Tuléar, zone de grande population où il est né, là où il a été jeté par l'ancien président en prison politique. Il arpente et conquiert dans tous l'Ouest de Madagascar, il a conquis Majunga avec ses associations ; et sa réputation remonte jusqu'à Maevatanana. C'est aussi un général, déjà nommé premier ministre, tout le monde dans le pays le connaît, et c'est le plus connu des trente-trois candidats. Il a l'ONU dans la poche.


Candidat des « Vazaha », des étrangers, il n'aura aucun mal à défendre sa place au second tour jusqu'aux opérateurs consultants spéciaux étrangers. C'est aussi le seul candidat de l'armée, elle est avec lui et l'armée protégera sa place au deuxième tour en cas de manigances prévisibles dans ce patacaisse de trente-trois clochers.


Il n'a pas d'autre ambition que la sécurité, c'est le candidat du Fihavanana, le candidat de la fraternité ; il danse même. Il a pardonné, du moins en apparence, ce passé politique qu'il l'avait jeté en prison une partie de sa vie, il est pour le business en dollars quitte à vendre les bijoux ankohonana tels les derniers arbres précieux, comme les représentants de l'ONU les ont toujours achetés.
En plus de ne donner que très peu de promesses, c'est le candidat raisonnable et un ami de Andry Rajoelina.
Par Laurent
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Élections à Madagascar, une crise inéluctable
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