Maoré, la comorienne. L’argent injecté par la France depuis son coup de force de 1974 a déstabilisé la société comorienne de l’île de Maoré. La vie de
Maoré, la comorienne
En mille neuf cent quatre vingt deux, quittant l’Archipel des Comores pour la France afin de poursuivre des études, je migrai vers un autre pays. Par un choix personnel, je m’y suis installé et j’y ai acquis la nationalité. Je me considère comme malgache par ma mère et mon lieu de naissance, comorien par mon père et français depuis ma naturalisation.
Liberté, égalité et fraternité est une devise qui engage, mais doit-on faire preuve d’un chauvinisme exacerbé dès que notre pays se trouve en jeu ?
Maoré est le nom comorien de Mayotte (attribué par les colons), je me permets d’indiquer cette précision car, arrivé en France, je compris très vite que la population de ce pays ignorait tout de l’Archipel des Comores, colonie française pendant plus d’un siècle. Suite au chaos provoqué par le cyclone du 14 décembre 2024, j’ai constaté la même méconnaissance de la part d’hommes et de femmes avec qui j’ai pu échanger sur le sujet.
Parmi les habitants de l’île comorienne de Maoré que les médias et personnels politiques appellent mahorais (on ne dit pas mayottais), peu d’entre eux sont exclusivement de l’île hippocampe. Les comoriens français qui résident sur ce territoire viennent majoritairement de Ndzouani (Anjouan) ou de Ngazidja (Grande Comore). Phénomène démographique qui n’est pas surprenant, ces deux îles de l’Archipel étant beaucoup plus peuplées lorsque l’État français a décidé en 1974, d’occuper illégalement l’île de Maoré. Où veux-je en venir ?
J’aimerais que les français comprennent que la répétition incessante du mot mahorais à longueur d’antenne et de discours, continue une propagande très dangereuse car elle conduit à une tension exacerbée sur l’île de Maoré entre quelques auto-proclamés purs mahorais de droit et les autres habitants légaux du territoire, présentés comme clandestins par la seule France alors qu’ils sont chez eux étant donné qu’ils n’ont pas migré vers un autre pays qui ne serait pas le leur.
L’argent injecté par la France depuis son coup de force de 1974 a déstabilisé la société comorienne de l’île de Maoré. La vie des hommes et des femmes qui était basée sur une entraide mutuelle a disparu pour laisser place à une inhumanité intrinsèque à la recherche de profits par tous les moyens et acquérir toujours plus d’objets matériels.
Les hommes et les femmes qui ont le plus ces derniers jours sont ceux qui ont construit les routes et les maisons en dur et qui travaillent dans les champs pour des salaires de misère. Exploités comme dans tout système qui ne cherche que les profits. Ces femmes et hommes sont chez eux à Maoré. Le Président de la France qui va parcourir huit mille kilomètres dans son avion personnel, et donc migrant vers un autre pays, prononcera à son arrivée une phrase en comorien apprise par cœur afin de perpétuer et justifier une annexion commise il y a cinquante ans.
Aux temps des colonies,les dominants s’imposaient aux autres peuples et expliquaient leurs méfaits en prétextant d’une supposée supériorité de leur civilisation qui ne les empêchait pas de massacrer celles et ceux qui refusaient de se soumettre.
De nos jours, leurs descendants, sous-couvert de légitimité conforme à la loi de leur pays, continuent leur volonté de domination de séparer les hommes et les femmes de l’Archipel des Comores.
Cette vision à géométrie variable des lois internationale et humaine ne peut que conduire qu’à de nouvelles tensions et prochaines catastrophes comme la guerre.
Soidriddine Mohamed