L’œuvre de Djimba et Mgomri ou quand l'ironie théâtrale se mêle de nos fou-rires

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L’œuvre de Djimba et Mgomri ou quand l'ironie théâtrale se mêle de nos fou-rires. La diffusion radiophonique et autres de Djimba, depuis près de trois

Culture : L’œuvre de Djimba et Mgomri ou quand l'ironie théâtrale se mêle de nos fou-rires 


L’œuvre de Djimba et Mgomri ou quand l'ironie théâtrale se mêle de nos fou-rires

Le public comorien peut-il encore et toujours continuer à rire comme si jamais il ne faut être triste, en écoutant Djimba et Mgomri ? Bien que ce duel burlesque s’efforce souvent d’aller toujours loin d’où il puise un vocabulaire recherché et propre à eux, ils font en sorte que le public ait constamment une astuce de décodage du message livré, au moins pour en rire. 

Ainsi, peut-on faire le pari aujourd’hui que toutes les radios FM communautaires dans l’ensemble du territoire comorien adoptent une grille quotidienne ne se passant pas de Djimba et Mgomri, et que dans le taxi, le duel s’impose au rythme des journées ? L’on peut continuer à les écouter, leur accorder de fines attentions pendant de longues heures, voire des journées jusqu’à s’endormir avec. 

La diffusion radiophonique et autres de Djimba, depuis près de trois décennies joue-t-elle un rôle dans la définition et l'évolution du genre théâtral aux Comores ? Quel regard aujourd’hui des Institutions éducatives et culturelles sur une œuvre comme celle-ci, voire sur les artistes dans le pays à l’exemple des musiciens ? Et si la mise en valeur des artistes locaux et leurs œuvres passent d’abord par le fait d’en parler, d’y consacrer des études de la sorte pour une éveille des consciences. Analyse rare de quelques scènes comiques radiophoniques comoriennes les plus suivies : Djimba et Mgomri, les immortels.

Historique du théâtre radiophonique aux Comores et la difficulté d’analyse du genre


Partout dans le monde, il est connu le fait qu’à la naissance de la radio, la diffusion des émissions théâtrales fait partie du pari que les grilles devaient gagner à tout prix. Il se peut que notre pays n’ait pu déroger ce fait imposé comme loi pour toute radio naissante. Notre étude s’intéresse beaucoup plus de la radio à partir de 1975. 

Or notre grosse difficulté aujourd’hui réside sur le manque d’archives dans ce domaine, celles de Radio Comores étant considérablement négligées après le déménagement de la chaîne à Voidjou. Dans mes longues fouilles, je suis tombé par hasard sur un article en anglais « Catalogue National Sound Archives of the Union of Comoros : British Library Endangered Archives Programme » (Catalogue Phonothèque Nationale de l'Union des Comores : Programme des archives en danger de la British Library). 

Ainsi, l’histoire du théâtre radiophonique des Comores remonte du temps de la radio en ondes longues comme le LW dont la fréquence atteint les 1000 kilomètres contrairement aux ondes FM (Modulation de Fréquence) qui ne dépassent pas les 100 kilomètres. Le Catalogue Phonothèques des Comores montre bien que Radio Comores avait déjà adopté le théâtre dans sa grille des émissions. Grâce au Groupe Département national de l’information ou à d’autres troupes comme le Scout Ngomé de Ntsoudjini, à des journalistes talentueux comme Papa Djambaé, Touma Bacar, feu Ben Abdou et autres (Ndé Tiatiret no wakati), cela a été possible. On y trouve des pièces comme « Mlozi mlendzi », « Mshéfulé shongo dunga », « Muigni haki mlimadji » (1977), « Ndomdjo wa mshambulu » (1978) etc. 

L’ère Djimba s’inscrira alors dans un contexte culturel déjà riche en la matière avec ce foisonnement des années 70-80-90. Notre intérêt porté à ce sujet sur le théâtre radiophonique comorien est justement vu de l’œuvre de Djimba/Mgomri. Or faire une analyse sur l’œuvre théâtrale de ce duel charismatique, n’est pas un travail san risques ; d’abord parce que leurs pièces en soi sont exceptionnellement produites en Shikomori. Ensuite, elles ne sont faites que pour écouter et donc pour un auditoire spécifiquement local. 

Ce choix du canal audio établit alors une barrière entre les comédiens et les spectateurs, ce qui est difficile à imaginer pour le genre théâtre souvent collé à l’idée de rideau ouvert et/ou fermé, à la circonstance et fameuse unité de « lieu » inspirateur de l’expression « au théâtre » …etc. Dans cette situation où le théâtre n’est fait que pour écouter, l’enjeu est alors de faire ressortir de ce duel Djimba-Mgomri tout ce qui fait d’eux à la fois de fins dramaturges et personnages de leurs propres pièces de théâtre en analysant leurs lexiques d’une part et les différents procédés comiques (faits et gestes sonores) auxquels ils font souvent recours d’autre part. 

Une scène d’exposition djimbaénne conforme aux règles théâtrales


La première scène d’une pièce de théâtre expose la situation initiale et répond aux questions suivantes : qui ? quand ? où ? quoi ? Dans deux cas de figures djibaénnes, je prends en compte deux pièces que j’intitulerais « Mzé Chefu » et « Ye Malondo manga ? ». Dans la première pièce, ces informations sont d’abord données par les personnages Kari, un habitant, le premier à y avoir pris la parole. Il est en colère à cause d’une chèvre qu’il a surprise de brouter dans son espace agricole au village, puis l’animal en question et Mgomri wa Mnuka Wudi qui interpelle Kari. Quand ? – Dans une époque coloniale car dans l’évolution de la pièce, il sera aussi question de « codi » (taxe jadis exigée aux habitants par l’administration coloniale). Où ? – Dans un hameau, Nkodadziwa. 

Quoi ? – Le manque d’organisation de la vie sociale au village (on le devine quelques instants après lors d’un appel urgent à une réunion communautaire. Pour le deuxième choix (Ye Malondo manga ?), le qui, c’est Djimaba en plein rêve mais réveillé par son ami Mgomdri. Quand ? – Tôt le matin. Où ? – Au village de Nkodadziwa. Quoi ? – Un rêve qu’a fait Djimba devenu réalité. En effet, Mzé Djimaba faisait un rêve en train d’égorger un zébu alors que son ami qui le réveillera très tôt le matin et lui demande un service : faire la chirurgie vétérinaire de sa vache qui était sur le point de mourir et qu’il venait d’égorger. 

Pour ces deux pièces comme pour tant d’autres, les règles théâtrales relatives à une scène d’exposition sont scrupuleusement respectées. L’on retiendra de ces deux chefs d’œuvre une finesse professionnelle visible dès leurs premières scènes respectives où les personnages sont bien présentés dans l’action. Cela donne aux spectateurs les informations nécessaires pour comprendre l’intrigue dans des histoires où tous les ingrédients se mêlent pour provoquer les fous rires du public. 

Puiser du sérieux dans les fonds du drôle 


Ce qui me parait formidable avec le théâtre de Djimba et Mgomdri, et plus particulièrement avec les deux pièces objet de mon analyse, c’est que chaque scène repose sur la quasi-totalité des procédés comiques. Il n’y a aucune qui en seraitépargnée : les mots, les gestes sonores, les caractères des personnages, les différentes voix adaptées à chaque personnage et au rôle qu’il joue dans la pièce, les situations…etc. Tout est convoqué et savamment mêlé pour déclencher le rire, les fous-rires, dirait-on. 

Rien que le fait d’entendre les voix de chacun des personnages, les rires, voire les fou-rires du spectateur se libèrent. Il s’installe alors, dès le départ des procédés fondamentaux du théâtre comique comme le « comique de situation, de geste » …etc. Ces procédés s'implantent dans le long des pièces, et c’est là la magie du duel Djimba/ Mgomdri qui, vraisemblablement ont anticipé sur la survie de leur œuvre qui n’est faite que pour être écoutée et non pour être vue. Ils ont été des génies sur ce coup-là en anticipant sur la longévité et le succès éternel d’un théâtre radiophonique comorien, le leur, en puisant surtout des thématiques fortes dans un comique permanent, que je dirais « filé ». 

Bien que les scènes de Djimba soient un théâtre sans rideau (car non jouable au théâtre), elles se créent elles-mêmes leur propre rideau naturel, celui de faire de l’oreille l’organe de sens privilégié liant le duel à son public. Djimba souvent appelé Mzé Djimba incarne le respect naturel d’un vieil homme. Mzé, en comorien, c’est l’équivalent en français de « Monsieur ». Sa voix est parfaitement adaptée à son âge de vieux magnat villageois comme c’est exactement le cas pour son ami inconditionnel Mgomdri. À les entendre, on leur donne presque le même âge. En tout cas ils relèvent de la même génération…

Abdoulatuf BACAR, Enseignant

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