Dimanche 26 novembre 1989, la nuit fatidique

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Dimanche 26 novembre 1989, la nuit fatidique. Bob Denard ne sait plus quoi faire. Il ne s’y attendait pas. Tout fût préparé pour moi, pour que je pren

Dimanche 26 novembre 1989, la nuit fatidique

DIMANCHE 26 NOVEMBRE 1989, LA NUIT FATIDIQUE (SUITE)


[…] Déjà prêt pour sortir, ta mère[1] me retient. Elle ne voulait pas que je sorte. Nous nous sommes bousculés car je devais y aller. Je ne pouvais pas rester chez moi dans pareilles circonstances où la caserne est livrée à elle-même, la nuit avec une dizaine d’agents. Alors qu’on est en pleins désaccords, le téléphone sonne de nouveau. C’est toujours Kazouine à l’autre bout​ :

– Ne sors plus car nous sommes déjà attaqués, insiste-t-il. Ils étaient courageux, très courageux ces gendarmes. Je suis resté comme un robot. J’ai réveillé les enfants, puis je les ai cachés sous les lits. Je leur ai recommandé de ne jamais lever les têtes car les rafales atteignaient les arbres entourant la maison. Quelques temps après, un calme relatif règne. Le téléphone sonne. C’est Ali Nassor qui était le Directeur de Cabinet du Président. – Tu es attendu ici tout de suite. Il était deux heures du matin.

– Je viens comment Monsieur le Directeur​ ? Ici tout est fermé, lui ai-je rappelé. Au téléphone, j’entends Ali Nassor négocier avec quelqu’un, c’était Bob Denard. Il lui expliquait par rapport à mon déplacement souhaité.

– Dis lui de sortir car il n’y a aucun problème. Il ne lui arrivera rien. Les tirs produits c’était plutôt ses hommes et non les miens. Dis lui de sortir, rien ne lui arrivera, insiste le Colonel Denard. Je suis finalement sorti, d’ailleurs abord d’une voiture banalisée, la mienne jusqu’à la poste. Arrivé là, des militaires comoriens de la GP m’ont interpelé​ :

– Vous ne pouvez pas avancer Monsieur, me disent ils

– Je ne peux plus aller où​ ? leur ai-je répondu. – Je suis là parce qu’on me l’a demandé. Ils ne voulaient pas. Quelques instants après, un militaire français de la GP s’interpose. Je le connaissais. Il s’était marié à une sœur de l’un des grands pâtissiers boulangers de la place de la famille Soilihi Abdallah. 

Il intervient dans la discussion et a confirmé ce que je leur avais dit avant. Il était lui-même escorté. Ils m’ont escorté, cette nuit-là jusqu’au Palais présidentiel de Beit-Salam. Arrivé là-bas, et ça il faut bien retenir, car certains voulaient se rembobiner,​ j’ai trouvé l’Etat Major, le Cabinet du président, Bob Denard et Mahamoudou Mradabi qui étaient tous les deux en uniforme militaire. Moi aussi, j’étais en tenue. J’ai lancé un salam. Personne n’y a répondu. 

Tout le monde était assis, les visages plissés, les têtes baissées. On dirait que ma présence dérangeait. Mradabi et Bob Denard, tous les deux seuls debout, chacun faisait des rondes autour. Mon salam n’a eu aucune réponse​ ! Il y avait Feu Ahmed Abdou alors Conseiller du président, Monsieur Omar Tamou ancien ministre de l’intérieur, Said Café ancien ministre des Affaires Etrangères, Ali Nassor et autres. Cette attitude des autres m’a bouleversé. J’ai fait tourner mille fois mon esprit pour comprendre ce qu’on vient de me faire à ces instant là. 

Je me suis dit dans mon intérieur que j’ai été piégé. Au fond de moi-même, je me disais qu’on a monté un coup à mon encontre. Puis, je redescends sur Terre. Je n’avais rien à me reprocher. Je devais ainsi avoir la conscience tranquille. J’ai décidé de me fâcher à mon tour. Oui​ ! Je me suis fâché. J’ai pris une chaise, je m’écarte un peu plus loin. Je m’y assois et je les regarde tous.

Bob Denard constate l’ambiance, la tension qu’il y a, et il dit​ :

– Ecoutez​ ! Qu’est-ce que vous attendez​ ? Les deux commandants sont là​ ! Il y en a un qui doit prendre la place. De toute façon il est mort. Il est mort​ ! Il a été atteint par des éléments incontrôlés, rajoute le colonel Denard. Ahmed Abdou se lève brusquement.

– Il n’y a que Monsieur Abdourazakou qui puisse prendre la place​ ! propose-t-il. C’est lui car il est le seul en situation régulière. Mradabi n’est pas en situation régulière. En effet, il y avait, entre temps un projet de modification en cours où Mradabi devait devenir Chef d’état-major des armées. Très remonté par la réaction d’Ahmed Abdou dans la discussion, je m’y suis interposé. Ma réaction était très violente à son égard. 

Je l’ai traité comme un enfant malgré qu’il soit mon chef. J’étais très irrité. Il ne me reconnaissait plus. Et il reprend la parole. Il s’en excuse. Il me demande de ne pas se disputer pour ça. Il parlait en comorien. Il me demandait encore de ne pas lui en vouloir et rajouter d’autres problèmes sur ce qu’il y avait déjà. J’ai réfléchi et je me suis retourné envers Bob Denard.

– Ecoutez, la solution qu’il nous faut à l’immédiat, personne ne l’a ici, sauf vous, Colonel. Je m’excuse mon colonel mais vous venez de le dire vous-même que le président a été assassiné par des éléments incontrôlés​ ? lui ai-je demandé.

– Mais bien sûr​ ! s’exclama Bob Denard.

– Et alors​ ? ai-je rétorqué.

Dans la Constitution, les éléments incontrôlés ne figurent pas. Dans les textes constitutionnels, il y a ce que l’on appelle «​ Ouverture des vacances​ » et la personne à qui profite celle-ci. Je regarde Bob Denard. Je ne le lâche pas des yeux. Je le fixe. Il perd un peu l’équilibre, une énergie qu’il avait pourtant su gardée jusque là.

– ​ Expliquez vous​ ! a-t-il demandé.

​ – Pour le moment, je ne connais que le président de la Cour Constitutionnelle qui prend la relève du président en cas d’accident ou d’empêchement de pareilles circonstances. Pas moi ni un autre qui a le droit d’endosser cette responsabilité. Bob Denard ne sait plus quoi faire. Il ne s’y attendait pas. Tout fût préparé pour moi, pour que je prenne les reines du pays ce jour-là. Il avait tout prévu pour que j’endosse cette responsabilité. Il ne voyait que moi. J’ignore jusqu’à présent ce qu’il avait préparé pour moi dans l’avenir. 

Avait-il l’intension de me tuer un jour et que l’occasion fût celle-là​ ? Seul Allah qui sache​ ! Après mon intervention, l’ambiance commence à reprendre de nouvelles apparences plutôt calmes. J’ai demandé à Ali Nassor le numéro de Sagaf. Il me le donne. J’ai appelé Sagaf. Il décroche tard qu’il est. Je lui demande​ :

– Où il est ton père​ ? Son père en question, c’est Djohar (…]

[1] Faisant référence à sa femme. Pour le Comorien, en signe d’affection, de familiarité et de respect, toutes les mamans sont les mères de toutes et tous.

Par Abdoulatuf Bacar

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