Délinquants Franco-comoriens : Où sont les pères ?

Délinquants Franco-Comoriens : Où Sont Les Pères ? Comment expliquer la montée en puissance de la délinquance de jeunes Marseillais d’origin...


Délinquants Franco-Comoriens : Où Sont Les Pères ?

Comment expliquer la montée en puissance de la délinquance de jeunes Marseillais d’origine comorienne ces 10 dernières années?

Si Marseille est célèbre pour ses règlements de compte entre trafiquants se disputant des territoires, un facteur moins connu gangrène les familles installées dans les cités : le recrutement de mineurs dans le commerce illicite du trafic de drogue.

En 2017, au moins un mineur sur trois est impliqué dans un trafic de stupéfiants dans la cité phocéenne, où règnent défiance et violence entre dealers. Ponctué d’intimidations, pressions, menaces sur la personne ou autres membres de la famille et violences physiques en tout genre, l’univers visible du réseau n’a rien de l’image bling bling dépeinte dans certains médias et reprise par les politiciens à la conquête de voies électorales.

Terreau de jeunes en échec scolaire, il laisse entrevoir le poids de la misère matérielle de certaines mères obligées de faire les nourrices (garder la drogue des trafiquants, le plus souvent leur fils, à leur domicile), et le désespoir de jeunes délinquants qui en viennent à souhaiter l’intervention de la police pour échapper à un univers étouffant et angoissant.

Les travaux de l’Observatoire régional de la délinquance et des contextes sociaux (ORDCS) montrent que les délinquants Marseillais âgés de 12 à 16 ans, vivent principalement avec leur mère dans 63% des cas, avec les deux parents dans 27% des cas et seulement 5% à vivre avec leur père. Ces jeunes garçons présentent des problèmes d’addiction au cannabis dans 67% des cas, résident dans les quartiers nord concentrant les familles pauvres de la ville, dont les parents ont majoritairement immigré de leur pays d’origine, Algérie, Comores et Maroc constituant le top 3.

Malgré cette importante proportion de parents ayant immigré, 86% d’entre eux parlent le français à la maison. Parmi les 14% de parents ne parlant pas le français, certains ne le pratiquent pas du tout, mais d’autres font le choix de ne parler que leur langue maternelle à leurs enfants. Quelques rares dossiers font état de problèmes handicapants vis-à-vis de la langue où les jeunes et les parents n’ont aucune langue en commun, rendant la communication difficile et l’apprentissage scolaire tumultueux pour l’enfant qui n’entend le français qu’en dehors de la maison.

Séparés de la mère avant les 6 ans de l’enfant et pour au moins un tiers d’entre eux depuis la prime enfance, les pères sont totalement absents ou partiellement désinvestis de la vie du jeune. Les mères, majoritairement en précarité économique, ont plus de difficulté à se fixer après la séparation, contrairement aux pères qui retrouvent aisément une situation stable. L’introduction d’un beau-père s’avère délicate pour les mères qui cumulent plusieurs compagnons, dont l’autorité est remise en question par le jeune déjà fortement perturbé par les “mauvaises” relations entretenues entre ses deux parents, si ce n’est l’absence totale de relation.

Ces jeunes subissent la précarité financière de la mère, difficilement en mesure d’offrir des conditions d’évolution de vie optimales à leur épanouissement, dans un contexte où, de surcroît, l’absence du père est appréhendée comme un facteur d’instabilité affective. Ils connaissent une scolarité difficile dans 65% des cas, avec une forte proportion de redoublants précoces. 80,7% durant l’école primaire (61% au CP, 20% au CM1 ou CM2). Ces chiffres sont à rapprocher des 80% de jeunes présentant des difficultés d’apprentissage, de compréhension, d’expression et de réflexion.

De ce fait, 76% de ces jeunes délinquants ont un rapport négatif avec l’école. Ils ne s’y sentent pas à leur place, cherchent à y aller le moins possible, posent des problèmes d’attention et de comportement. Bien avant leur déscolarisation dans 72% des cas, les deux tiers d’entre eux provoquent des incidents au sein des établissements scolaires, ayant entraîné des exclusions temporaires ou définitives, bien que la plupart se déscolarisent par manque de volonté de poursuivre une scolarité.

L’environnement familial, peu rassurant et instable, est décrit comme étant laxiste. Aucune règle n’existe au sein du domicile, l’enfant étant livré à ses propres moyens, désirs et décisions. Seuls 22% ont reçu une éducation jugée "stricte'', basée sur le respect des règles préétablies. La figure paternelle semble poser problème à ces jeunes qui ne parviennent pas à améliorer leur comportement, dont les parents sont plutôt démissionnaires. Si la relation avec la mère est bonne, voire fusionnelle, cela n’empêche pas qu’elle soit dépassée par l’éducation de l’enfant.

Dominés par l’oisiveté, autour de structures familiales instables baignées de conflits autour du père, dans un contexte économique précaire, ces jeunes en décrochage scolaire sont rapidement attirés et recrutés aux premiers postes du trafic de drogues au bas de leur immeuble (guetteur, charbonneur, vendeur) unique environnement auquel ils s’identifient. Les échecs scolaires, l’angoisse liée à un avenir impalpable, sont alors balayés par le sentiment d’appartenance au réseau. D’autant que l’absence du père prive l’enfant d’une figure d’autorité et de stabilité émotionnelle.

Se sentant “devenir quelqu’un”, le jeune dépense avec fierté et ostentation les quelques dizaines d’euros gagnées dans la journée, inconscient de l’exploitation dont il est victime de la part de ses “patrons” qui, eux, s’enrichissent vraiment. Fait moins connu, l’argent sert aux dépenses de la vie courante pour faire vivre les familles et offrir des loisirs aux petits frères et sœurs (piscines gonflables l’été, forfaits de ski l’hiver). Rares sont les familles qui refusent de profiter de cet argent mal-acquis, le fatalisme et la résignation s’étant emparées de la plupart d’entre elles. Certaines enquêtes s’interrogent sur les effets des engagements coutumiers des familles dans le pays d’origine.

Dans quelle mesure les facteurs culturels pèsent-ils dans l’instabilité de l’enfant issu de parents Comoriens? On ne retrouve pas ces données dans les travaux de l’Observatoire.

Mais de la même manière que les parents Comoriens, divorcés ou pas, s’achètent un statut social au village natal, par des dépenses inconsidérées, en construisant de grandes villas et en achetant de l’or pour le grand-mariage, les jeunes issus de ces familles brisées rêvent d’une considération sociale à travers l’argent du trafic.

Ne serait-il pas pertinent d’étudier les motifs de séparation des parents Comoriens, dans la mesure où la femme, souvent locataire du logement, bénéficiaire des prestations sociales, plutôt affranchie par rapport à ses consoeurs musulmanes, a plus de marge pour chasser le mari? Dans la mesure où il est admis que le père abandonne sa famille pour refaire sa vie, couramment pour épouser une autre femme de son village d’origine, pour le prestige du grand-mariage? Et dans la mesure où des pères s'investissent encore financièrement et émotionnellement dans la vie de leurs nièces et neveux, dont l’aboutissement social scelle leur statut de grand notable coutumier et prime sur la réussite de leurs enfants?

Ces jeunes Franco-comoriens subissent aussi le poids d’une culture d’origine où le père n’est toujours pas encore perçu comme indispensable dans la vie de l’enfant.

La nature masculine est sauvage, notamment dans son rapport au sexe et à la violence. Si un garçon n’a pas de père lui servant de guide, de modèle de comportement, les spécialistes de l’enfance s’accordent à dire qu’il n’a pas de connaissance à priori du comment agir en société et n’aura probablement pas la volonté de se conformer. Le triste constat veut que la majorité des hommes emprisonnés pour crimes violents aient grandi sans père.

Des comparaisons entre les émeutes de 2011 en Grande Bretagne et celles de 2020 aux États-Unis, font apparaître une similitude souvent ignorée. La majorité des émeutiers sont membres d’un gang. Et comme l’écrasante majorité des jeunes délinquants derrière les barreaux, ces membres de gangs ont un point en commun : l’absence de père à la maison.

Arlenis Ali
HaYba FM la Radio Moronienne du Monde

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