Comment Madagascar a réussi à échapper à l’épidémie du coronavirus

Madagascar, au large des côtes du Mozambique, dans l’océan Indien, est l’un des pays les plus pauvres du monde. À ce jour, les autorités ...

Madagascar, au large des côtes du Mozambique, dans l’océan Indien, est l’un des pays les plus pauvres du monde. À ce jour, les autorités y ont recensé 151 cas confirmés de Covid-19 et aucun décès. Comment les Malgaches sont-ils parvenus à échapper à une contamination massive ?

Lorsque la crise sanitaire liée au coronavirus est devenue une pandémie, frappant notamment l’Europe avec une violence inattendue, beaucoup ont eu une pensée inquiète pour le continent africain, car il semblait évident que de nombreux pays ne seraient pas en mesure de faire face.

Dans l’urgence, il fallait prendre au moins trois mesures dont on savait qu’elles étaient quasiment impossibles à appliquer : fermer les frontières, confiner les populations, traiter les malades.

Fermeture des frontières et confinement


Il se trouve que Madagascar, bien que pays très pauvre, disposait de plusieurs avantages comparatifs par rapport à la plupart des États africains.

D’abord, c’est une île, et même si la fermeture des frontières y a été trop tardive, puisque plus de 5 500 personnes sont rentrées de l’étranger (d’Europe et d’Asie) alors que l’épidémie était déjà déclarée, il a ensuite été relativement facile de stopper net tous les mouvements de population en verrouillant les aéroports et les ports.

Ailleurs en Afrique, il est beaucoup plus difficile d’isoler les pays de manière aussi hermétique. Puis il a suffi – même si c’était compliqué – d’identifier et de suivre les « cas contacts » (63 avaient été identifiés) pour espérer sinon enrayer du moins ralentir la propagation du virus. Il est trop tôt pour savoir si cette stratégie aura des effets bénéfiques à moyen terme, mais le théâtre des opérations était correctement circonscrit, comme toujours quand le cadre est insulaire.

Ensuite a été prise la décision de confiner la population, au moins dans la capitale Antananarivo, où l’application de cette mesure est évidemment tout aussi problématique qu’ailleurs en Afrique puisque l’essentiel des besoins des habitants ultra-pauvres se trouve en dehors de chez eux (l’eau, la nourriture, l’argent).

Le gouvernement malgache, à l’instar de plusieurs autres sur le continent, a donc prévu de distribuer de l’aide aux plus démunis sur leurs lieux de vie. Mais, là encore, il a bénéficié de facteurs favorables et, notamment, d’un maillage sociopolitique des quartiers, hérité à la fois de la tradition et de sa réactivation pendant la période « communiste » de Ratsiraka : les fokontany et les fokonolona.

À l’origine, il s’agissait de communautés villageoises à forte cohésion sociale, transposées ensuite dans les quartiers urbains. Ainsi les chefs fokontany et les représentants de fokonolona ont-ils été associés dès la fin mars 2020 dans des « comités Loharano » qui ont été chargés de superviser et de fluidifier les distributions, tout en veillant à l’application la moins laxiste possible du confinement.

Ce mode de contrôle des populations n’a sans doute pas été aussi efficace qu’en Chine, et il a inévitablement prêté le flanc à la critique car son fonctionnement n’a pas été exempt de corruption et de copinage, mais les autorités ont pu s’appuyer sur des relais encore relativement respectés, alors qu’ailleurs en Afrique on a eu du mal à identifier de tels points focaux.

Les bienfaits de la flore endémique


Enfin, et c’est bien connu, Madagascar bénéficie d’une flore endémique que les chercheurs nationaux et internationaux explorent depuis longtemps pour y trouver des principes curatifs. Pendant la période coloniale, on prêtait déjà à la pervenche de Madagascar des vertus contre le cancer. Puis, dans les années 1990, l’Institut malgache de Recherches appliquées du célèbre professeur Albert Rakoto Ratsimamanga (1907-2001) mit au point des médicaments à base de plantes locales, dont le plus emblématique reste le Madécassol, produit cicatrisant élaboré à partir de la plante Centella asiatica.

Face au coronavirus, les espoirs étaient donc grands de trouver dans la pharmacopée locale un médicament miracle, d’autant plus qu’il existe sur place des laboratoires modernes qui travaillent déjà, sans faire de bruit, sur la production de remèdes à partir de plantes récoltées ou cultivées dans la Grande Île.

Parmi celles-ci, il y a une variété d’armoise (Artemisia) qui, certes, n’est pas endémique à Madagascar mais qui a suffisamment attiré l’attention pour que sa culture soit largement encouragée dans le pays. En effet, l’armoise est à l’origine de l’artémisinine dont on a (re)découvert dans les années 1970 une certaine efficacité contre les accès palustres. Actuellement à Madagascar circule un documentaire qui rappelle que, pendant la guerre du Vietnam, les Chinois avaient aidé les Vietnamiens à se protéger et à se soigner de la malaria avec l’artémisinine, alors que les Américains obtenaient de moins bons résultats avec la chloroquine.

Une autre plante médicinale acclimatée à Madagascar et cultivée à grande échelle s’est invitée dans les hypothèses des chercheurs : le ravintsara (Cinnamomum camphora), une espèce de camphrier dont on connaissait les vertus depuis longtemps mais que l’on propose aujourd’hui d’associer à Artemisia annua pour constituer un médicament contre le coronavirus. Ce traitement, baptisé Covid Organics, devait être distribué massivement dans tout le pays dès le 20 avril 2020.

Naturellement, on peut douter de la crédibilité d’une telle campagne sanitaire, notamment en constatant que Wikipédia a retiré la fiche du Covid Organics le 19 avril 2020, et en lisant le communiqué de l’Académie malgache de médecine, qui rappelait le 22 avril que ce médicament n’était qu’une tisane.

Mais, dans son discours à la Nation du 19 avril, le président Andry Rajoelina avait, semble-t-il, anticipé cette lézarde en demandant à ses compatriotes de conserver la foi. Et on sait à quel point les églises pèsent lourd dans le contexte sociopolitique malgache.

Un déconfinement dicté par des impératifs économiques


Pour autant, à Madagascar – et peut-être plus qu’ailleurs – l’équilibre entre la bataille sanitaire et la bataille économique est difficile à trouver. C’est parce que le pays est très pauvre qu’il cherche des solutions médicales peu coûteuses. En même temps, son niveau de pauvreté ne permet pas à son économie de s’arrêter trop longtemps. Il va donc falloir rapidement déconfiner et, puisque le pays n’a enregistré que 151 cas et 0 décès (au 3 mai 2020), le gouvernement a pris des dispositions audacieuses pour relancer la machine dès la fin du mois d’avril 2020.

Ministères et entreprises vont reprendre leurs activités, y compris les restaurants qui pourront ouvrir le midi. Les mesures de protection des travailleurs devront être partout strictement appliquées, notamment le port du masque. Dans les établissements scolaires, les classes à examens rouvriront, à raison d’un élève par banc. Masques et Covid Organics seront distribués gratuitement à tous. Les transports en commun pourront redémarrer, avec des passagers en nombre limité et masqués.

Ce relâchement d’assez grande ampleur dans la stratégie première de confinement peut paraître inquiétant. C’est probablement l’illustration d’un fort doute sur la faisabilité de la méthode, et sur l’efficacité de l’encadrement des populations.

Mais c’est aussi un pari, celui de s’adapter à la situation, sachant que Madagascar conserve deux autres cordes à son arc, liées à son caractère insulaire : elle se protège mieux que les autres contre la contamination venue d’ailleurs, et elle dispose d’une multitude de plantes médicinales qui, si elles ne sont pas toutes endémiques, ont toujours fait l’objet d’une grande attention. Pas toujours suffisamment scientifique, peut-être, mais porteuse d’espoirs.

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