L’artisanat comorien est dans les oubliettes

C’était en 2013 sur les routes poussiéreuses du nord est de la Grande Comore (Ngazidja) où à ma grande surprise j’ai rencontré par le fai...

C’était en 2013 sur les routes poussiéreuses du nord est de la Grande Comore (Ngazidja) où à ma grande surprise j’ai rencontré par le fait du hasard cet artisan en plein chantier. Il est originaire d’Itsandzeni ya Hamahamet.

Très accueillant, il m’a reçu sans la moindre hésitation dans sa petite maison, m’introduit dans son salon qui est en même temps son atelier.

Il fabrique, répare et range ses créations par terre et sur les quatre murs de sa petite maison en dur. J’étais très surpris par la richesse de son parcours. Il débute sa vie comme militaire dans l’ancien Fac (force armée comorienne) jusqu’au jour où il se blesse au genou.

Laissé pour compte par ses supérieurs malgré les quinze années de services rendus à sa nation, il se trouve dans l’obligation de quitter l’armée et retourne au village. Il se met à la maçonnerie, à l’agriculture pour assurer ses besoins quotidiens et ceux de sa petite famille. Artisan qualifié, il répare les parapluies, les manches des machettes, les houes, les pelles, les Angady, en fait tout ce qui touche à la paysannerie. Il a bien compris la pensée du philosophe allemand Nietzsche quand il dit « sans l’art la vie serait une erreur ». 

Dans son salon il expose toutes ses créations surtout le fameux« foroma »ce bout de bois à la forme d’une tête avec lequel les Comoriens se servent depuis des années pour mieux conserver leur bonnet « Kofia ». « Le foroma permet au bonnet de garder sa bonne forme et vivre plusieurs années sans perdre sa joliesse et sa magnificence. Mes bonnets datent d’une dizaine d’années car une fois de retour de la mosquée ou d’une autre cérémonie je les laisse reposer dans leur foroma » rajoute-t-il. Les gens viennent massivement me commander les foroma car comme tu sais aujourd’hui le prix du bonnet traditionnel comorien vaut la peau des yeux surtout les bonnets des grands mariages, les fameux « kofia za siniyani » qui coûtent environs 200 voire 300 euro selon la marque et la finesse du travail. 

Mawana Abdallah est un « artisan foromiste » et un excellent forgeron. Il est aussi parmi les rares personnes qui maîtrise l’art ancestral et religieux de filtrage du mauvais sang, une sorte de dialyse traditionnelle que beaucoup de gens pratiquent pour purifier leur sang. On appelle cette pratique médico-traditionnelle et religieuse « uvura nionga ». Il paraît que le prophète Mahomet conseilla à ses adeptes de pratiquer cette pratique pour éliminer les toxines qui existent dans leur organisme. 

Mawana est un homme orchestre, un connait-tout comme on dit au pays. Ils fabrique toutes sortes d’instruments rudimentaires pour les cultivateurs de son village et de toute la région. « Je suis capable de créer, de réparer à condition qu’on me donne confiance ».

Une fois qu’il a fini de me montrer ses œuvres et réalisations, il m’a offert comme cadeau pour avoir passé un moment d’échange et de courtoisie avec lui une canette de boisson et part vite couper une canne-à-sucre qui pousse juste à côté de sa petite maison. Il la coupe en petits morceaux et me dit « prend cette canne-à-sucre car ton organisme a besoin de sucre ». Mais la fatigue et le poids de mon sac à dos ne m’ont pas permis de rajouter d’autres produits faute de place et surtout de force physique. 

Après cette rencontre avec Mawana, j’ai fini par comprendre que l'hospitalité à la Grande Comore n'est pas un acte simple. Elle relève de la tradition et de l’éducation des îliens. Je dirai même qu'elle est une pratique sacrée, bien encrée dans l’esprit des gens et dans toutes les différentes couches de la société. certaines valeurs humaines fondées sur le partage et l'entraide par exemple restent des qualités intrinsèques à la culture de l'île de Ngazidja surtout dans les villages très reculés. Contrairement aux villes qui déshumanisent les gens, nos villages tentent et luttent pour conserver cette richesse. 

l’artisanat comorien est malade, très malade même pourtant il ne souffre pas d’un cancer mais d’une manque de reconnaissance des talentueux artisans qui nous entourent. Malgré cette négligence «l’artisanat ne mourra qu’avec le dernier homme » pour répéter l’idée d’Albert Camus. 

Soilihi Ahamada

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