Antoy Abdou, ancien conseiller à la Cour constitutionnelle et auteur de ,"Cour constitutionnelle, une institution à réformer de toute ...
Antoy Abdou, ancien conseiller à la Cour constitutionnelle et auteur de ,"Cour constitutionnelle, une institution à réformer de toute urgence".
Vous êtes l'auteur du livre,"Cour constitutionnelle, une institution à réformer de toute urgence". Comment avez-vous perçu la suppression de cette même Cour par le président Azali?
Cette question m’a déjà été posée par Masiwa Komor et j’ai répondu clairement en disant que la décision du président Azali est anticonstitutionnelle. Il conviendrait si on est de bonne foi d’apporter des réformes conformément à la constitution. Autrement dit par référendum ou congrès des élus dans les procédures prévues.
Comment pouvait-on imaginer une réforme de cette Institution rapidement sans procéder comme veut le faire le président aujourd'hui?
Il n’y a rien à imaginer.Il faut demander aux personnes concernées, à savoir le président de l’assemblée, le vice-président d’Anjouan, les gouverneurs de Moheli, d’Anjouan et de la Grande-Comore de désigner chacun son conseiller tout en respectant les critères de choix définis dans la constitution. En 10 jours, au maximum, la situation pourrait être régularisée D’ailleurs c’est ce qu’il faut faire maintenant si le président tient que le référendum se déroule dans la sérénité.
Vous êtes à l'étranger, mais vous suivez sans doute l'évolution de la situation dans le pays. Quel est votre sentiment?
Dès son avènement au pouvoir, le colonel Azali Assoumani n’a fait que bafouer la constitution de l’Union des Comores. D’abord par la suppression par décret de la loi relative à la Commission anticorruption et en rejetant l’arrêt de la Cour constitutionnelle annulant ledit décret. Puis par la transformation de la Cour constitutionnelle en Chambre constitutionnelle au sein de la Cour suprême suivant une procédure anticonstitutionnelle. Et en ce moment, c’est la suppression des libertés d’expression des élus, des formations et groupements politiques d’opposition par l’interdiction des tenues de réunion. Et pour montrer qu’il ne supporte plus aucune liberté, il s’attaque à la religion islamique. Voilà ce qui crée le désordre dans le pays.
Le président envisage un référendum le 30 juillet. Avez-vous peur de ses conséquences?
L’organisation du référendum du 30 juillet 2018 ayant pour objet la validation des recommandations non fiables des assises « nationales » du 05 au 12 février 2018 risque de plonger le pays dans une crise sans précédent. Elles sont conçues dans des conditions inacceptables et rejetées par la majorité de la classe politique comorienne. Il est clair, eu égard aux dispositions prises par le colonel Azali pour ce qui est de la CENI et de la chambre Constitutionnelle, que le OUI l’emportera en une écrasante majorité par la corruption et la fraude. La nouvelle constitution est imaginée pour implanter aux Comores un Etat unitaire très centralisé mettant fin à l’autonomie des îles et au partage équitable du pouvoir de l’Union entre les îles. Elle vise aussi à proroger le mandat du président Azali jusqu’en 2030. Une crise insulaire risque de s’installer très rapidement et plonger les le pays dans le chaos, sous l’œil attentif de Mayotte et des pays de la région.
Kamal Dine Bacar