Le chant du crépuscule pour un régime politique à la dérive et aux abois

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Depuis quelques temps, le pays semble décidé à se mettre en mouvement, après une très longue et agonisante période de somnolence idéologi...


Depuis quelques temps, le pays semble décidé à se mettre en mouvement, après une très longue et agonisante période de somnolence idéologique et de léthargie politique. C'est ainsi que nous avons vu tour à tour, la rue redevenir le théâtre animé de la contestation populaire. Cette contestation a été sociale, économique, estudiantine et enfin politique ou plutôt ce qu'il devrait en être si le pouvoir n'avait pas fait le choix désolant et déplorable de déployer tout son arsenal répressif et antidémocratique pour neutraliser et mater avec une brutalité inouïe toute démarche revendicative d'où qu'elle émerge et quel qu'en soit le versant. Pour une fois, depuis très longtemps, le mot d'ordre fut identique, quelle que soit l'origine sociale des manifestants. En effet, le maître mot fut le même: «Ras-le-bol», «basta», «stop», «rilemewa» («Nous sommes fatigués»).
      
 Les courants politiques, très opportunistes comme toujours, semblent, pour une fois, avoir mieux pris la mesure de la contestation et mieux capté le message porté par la rue comorienne et tenté de s'en faire l'écho avec lucidité et volontarisme, tout en soufflant sur les braises de la contestation pour raviver une flamme du militantisme hélas en voie d'extinction et aussi de réveiller un sentiment patriotique en réalité, refoulé au tréfonds des oubliettes. Parmi les plus en vue des mouvements politiques comoriens, on distingue aisément, sur la ligne de départ, le parti MURUWA, qui reste très actif et qui semble même être passé à la vitesse supérieure ces dernières heures, avec la mise en circulation d'un document-cadre proposant un vaste rassemblement sur la base d'orientations généreusement définies et soumises à l'approbation d'un certain nombre d'organisations politiques et du Président de la République.

      L'ennui avec ce genre de démarches, c'est de trouver le bon timing. Or, en voulant surfer sur cette vague de contestations dont, sans doute, il souhaitait capitaliser le gain politique pour se relancer, s'insuffler du sang neuf dans une dynamique unitaire, voire uniforme, les responsables du MURUWA ont commis le péché mignon et originel de la politique, celui qui consiste à pécher par naïveté, et ont naturellement fini par confondre vitesse et précipitation, une erreur dont la conséquence est une course à l'échalote qui les a conduits à nous produire ni plus ni moins qu'un catalogue de bonnes intentions. Ce catalogue du Bon Samaritain est tel qu'ils se sont sentis obligés de vouloir satisfaire tout le monde, en caressant chacun dans le sens du poil. C'est une sorte de loterie nationale dans un pays de Cocagne, une loterie nationale au sein de laquelle tous les tickets sont donnés gagnants à tous les coups. C'est une situation burlesque, surréaliste, idéaliste et utopiste. Grandguignolesque aussi.

      L'expérience politique nous a appris que les choix politiques réformistes ne sont jamais au départ bénéficiaires, ni porteurs de majorités, même relatives, parce qu'ils demandent des gros sacrifices, des efforts herculéens qui se traduisent parfois, toute raison gardée, par du sang et des larmes. Dans ces conditions, il est illusoire et simpliste de croire qu'on ne peut contenter tout le monde. Forcément, il y a des voix qui s'opposent et il ne faut pas craindre d'en froisser certaines, ni chercher à éviter à tout prix la contradiction car, pour tout dire, elle est saine et souhaitable puisqu'elle contribue à nourrir le débat politique et à l'enrichir. En un mot, c'est elle qui le vivifie d'une part, l'irrigue et le maintien en vie, et d'autre part, rend passionnant et exaltant le débat politique, l'anoblit, en lui rendant ses lettres de noblesse.

      Mais, là où le bât blesse, c'est quand le projet politique s'acharne à vouloir mettre tout le monde en coupe réglée, quand tout le monde est tenu de rentrer dans le même moule afin qu'aucun bout de cheveux ne dépasse. C'est le concept de la pensée unique, l'alpha et l'oméga du politiquement correct. C'est le concept qui consiste à ressourcer et qui oblige à faire du neuf avec du vieux qui freine gravement le renouvellement de la classe politique, en bloquant ainsi l'esprit de créativité, de concurrence, d'audace, d'innovation, et plus grave encore, fait perdre le goût du risque à une jeunesse neutralisée par un paternalisme à outrance, par un esprit «Big Brother», cher à George Orwell dans son livre 1984. On nous propose à travers ce schéma une évolution, bien que je ne doute pas de la bonne volonté des uns et des autres, et je salue d'ailleurs le volume et la qualité du travail accompli, celle d'une vie politique à la carte, sans saveur, ni odeur, ni couleur. Je pense que c'est tout le contraire qu'il faut favoriser, en libérant les initiatives, en rendant les esprits indépendants, audacieux et conquérants.

      Il nous faut restaurer la culture des résultats et la prime au mérite. Oui, la méritocratie doit être de mise. La vie est un éternel challenge. Les générations présentes et futures doivent le comprendre et il nous appartient de donner corps à cette exigence sacerdotale de vérité. Voilà l'état d'esprit qui doit habiter désormais chaque citoyenne et chaque citoyen des Comores, de manière à éradiquer et parvenir à gommer une culture de mendicité et d'assistanat profondément enracinée dans les mœurs et les pratiques quotidiennes de notre vie. C'est un héritage lourd légué à partir du vieux système politique qui découle du féodalisme et de l'esprit mercantiliste des mercantis qui nous gouvernent, pour notre malheur. Ce sont des pratiques que nous devons bannir à jamais.

      Tout rassemblement doit se construire autour d'un socle de valeurs clairement définies et à partir desquelles doit s'articuler un projet politique commun. Procéder autrement, c'est mettre la charrue avant le bœuf et prendre le risque gravissime de susciter des faux espoirs et compromettre toute démarche tendant à proposer au pays une alternative crédible et durable.

Par Kamal Abdallah
Porte-parole du Collectif pour la Défense de la Démocratie aux Comores
© www.lemohelien.com – Mardi 6 mai 2014.
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