Mayotte - « L’Etat n’assume pas ses responsabilités et le Conseil général appauvrit la population »

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Auteur de plusieurs écrits qui ont été envoyés notamment au cabinet de la ministre de l'Outre-mer Marie-Luce Penchard au moment du « Con...

Auteur de plusieurs écrits qui ont été envoyés notamment au cabinet de la ministre de l'Outre-mer Marie-Luce Penchard au moment du « Conflit du mabawa », Zaïdou Bamana, un des 24 enfants de feu Younoussa Bamana l'ancien président du Conseil général (1977-2004), prépare actuellement un livre « La poudrière mahoraise ou le crépuscule des anciens ». 

Zaidou Bamana appelle à une auto-critique générale indispensable à l'avenir de Mayotte 


Malango actualité : Quelles conséquences positives et négatives peut-on tirer du conflit que nous venons de vivre ?

Zaïdou Bamana : Je réponds par une question : comment la population appréhende-t-elle le sens qui est donné au développement de l'île ? Ce mouvement social a notamment pointé du doigt les dysfonctionnements de nos institutions. Je n'ai pas tiré d'autres points positifs. En contre partie, nous avons eu plusieurs points négatifs, comme la façon dont le mouvement a émergé ainsi que le comportement des syndicalistes qui ont dirigé ce mouvement, qui ne se sont pas documentés sur les sujets qu'ils ont abordés, avant de rencontrer le préfet ou le patronat. 

La population a donc eu l'impression d'une bouffée de colère plutôt qu'une réflexion bien murie. Le mouvement syndical prend alors le risque du ridicule alors qu'ils ont tous les atouts pour structurer leur mouvement, notamment en prenant conseil auprès de leurs fédérations nationales. L'autocritique est la garantie de piste de réflexion pour des mouvements ultérieurs : comment discuter d'égal à égal avec le patronat ? La grève sur la vie chère a débordé le cadre du dialogue social qui devait se jouer entre partenaires sociaux. Nous avons alors assisté à une multiplicité de revendications, source de confusions, à un risque de récupération politique et à des débordements qui sont le fait d'individus qui expriment d'autres motivations avec violence.

Après l'autocritique, il faudra renouer les liens dans le paritarisme : les syndicalistes et le patronat doivent se concentrer sur la négociation, les propositions, les autres intervenants comme la Préfecture ne devant être saisis que pour avis.
Au regard des insatisfactions, du système économique et social bancal, le département est-il la structure la plus adaptée pour Mayotte actuellement ? La greffe ne prend pas… ?


Oui le département est le plus adapté car les raisons historiques sont toujours d'actualité : la stabilité institutionnelle et une sérénité politique permettront un développement économique durable. Le mouvement a révélé des attentes fortes vis à vis de la départementalisation, et la métropole a pris conscience d'une essentielle adaptation pour que ce département soit accepté par la population. Comment proposer des adaptations pour que ce département nous amène vers un développement endogène ? C'est la mobilisation des acteurs économiques et l'intelligence du politique qui prouveront que nous avons choisi le bon statut. 

Car les îles rattachées à une métropole s'en sortent mieux que les îles indépendantes, comme les Comores ou Madagascar. En ce qui concerne le statut, il est prévu un Comité de suivi de mise en place de la départementalisation qui n'a pas travaillé depuis sa création en 2001. C'est pour cela que nous avons une situation financière catastrophique au Conseil général ou dans les communes. Il fallait, après un état des lieux, expertiser le passage à la départementalisation. C'est la faute des élus, mais surtout de l'Etat qui a réalisé qu'il devrait assumer des responsabilités financières bien plus lourdes que prévues.

Or pour construire la départementalisation, il faut y mettre les moyens financiers.

Se dire les vérités pour arrêter les relations conflictuelles, ici Daniel Zaidani et Marie-Luce Penchard
« Ne prenez pas l'excuse de la dette ! »
Mais la dette de la France est telle qu'un Plan de rigueur lui est quasiment imposé par la Commission européenne !...

Les mahorais répondent : « vous n'avez rien fait, et maintenant qu'il faut construire la départementalisation vous prenez l'excuse de la dette ! ». Ils l'interprètent comme une nouvelle démission de l'Etat et ont raison : il n'existe même pas de Palais de Justice dans cette île... Les investisseurs auront toujours le sentiment que le risque est trop important ici. L'impulsion doit venir de l'Etat, mais l'essentiel de l'effort doit venir de la Collectivité et des élus locaux. 

Pourtant nos politiques ont une vision politicienne du fonctionnement des administrations, ce qui les rend inefficace. Or, il faut lister les projets, les secteurs à développer, mobiliser les services techniques pour traiter les dossiers avec maitrise. Ensuite, les politiques doivent dire quel est le modèle de société qu'ils veulent pour Mayotte, le modèle de développement endogène en découlera : le tourisme sur lequel il faut arrêter un choix, masse ou élitiste, et en décliner les actions et la pêche-aquaculture. Ce travail a été fait depuis longtemps dans les Antilles.

Ma question sera la même que pour le département : le statut de Région Ultrapériphérique sera-t-il un réel atout pour Mayotte, avec les problèmes de normes et de dépendance financière qui en découlent ?
Qu'est ce qui a permis aux 4 anciennes colonies de se développer en 1946 ? Et bien, les deux gros transfert successifs de la métropole : un après le démarrage, et l'autre en « big push ». Mais malheureusement cela n'a pas été le cas pour Mayotte. L'Europe, avec le Fonds européens de développement, a pallié depuis les années 80 à Mayotte les insuffisances de l'Etat, qui n'a toujours pas les moyens de ses ambitions.

Il faut se poser les questions : qu'apporte Mayotte à la France ? Et à l'Europe ? Mayotte et l'outre mer apportent à la France sa position de grande nation maritime, et une autre dimension culturelle. A l'Europe, un potentiel dans le secteur du développement durable.

Arrêter les visons politiciennes de l'avenir de Mayotte

« La trop grande proximité entre A.A. Douchina et l'Etat a nui à la Collectivité »
Y a-t-il une vie après les augmentations successives du SMIG à Mayotte ?

Contrairement aux RUP espagnols qui sont sur un modèle de production, le modèle de la France c'est la croissance par la consommation, nous devons donc poursuivre cette convergence du SMIG vers la métropole. Il faut compenser en impliquant les petits entrepreneurs locaux dans la croissance. Mais il faut surtout se baser sur un retour à l'équilibre du Conseil général qui permettra un rétablissement de la capacité d'initiative. L'Etat n'ayant pas les moyens de renflouer éternellement, les élus devront prendre des décisions sur les emplois non justifiés, ils doivent exercer le pouvoir en prenant leurs responsabilités. Nous ne pouvons pas décider de notre propre avenir avec de tels déficits, car en n'honorant pas ses engagements, le Conseil général paupérise davantage la population de Mayotte. 

Mais l'Etat est aussi responsable de ce sinistre avec une dette évaluée à 63 millions d'euros à une période. Une fois que les parties se seront dit leurs vérités en face, on pourra sortir des échanges actuels basés sur la confrontation. Et avec Attoumani Douchina, la proximité avec l'Etat a été encore plus néfaste pour la Collectivité, et cela qui a été ressentie par la population ce qui s'est traduit par la défaite de l'UMP aux élections. L'autorité locale doit s'affirmer clairement, pour que le gouvernement en place prenne la mesure de nos retards et puisse passer à l'action. Les collectivités ne doivent pas être en demande constamment mais pour cela, l'Etat doit réaliser ce qui a été programmé.

L'Etat avait-il un intérêt à laisser se dégrader la situation ?

L'intérêt est politique. Outre que l'Etat continue à exercer son pouvoir en demandant un retour politique sur investissement, il clame la décentralisation mais en agissant d'une manière concentrationnaire : on prône l'initiative locale et de l'autre côté on les décourage par des alliances occultes dénoncées par les manifestations contre la vie chère.

Les élus doivent de leur côté arrêter de jouer le jeu des politiques nationaux : ils ont dit « on mise sur Hollande ! », mais on ne leur demande pas de spéculer, on leur demande de travailler de manière pragmatique avec l'Etat pour que l'action soit bénéfiques aux entreprises et à l'emploi. Dans une logique de confrontation politique avec l'Etat, on prend le risque de ne pas être le bienvenu à Paris. Ce n'est pas dans l'intérêt du Conseil général de confondre conduite de projet et idéalisation à travers le rêve d'un parti. Il y a un temps électoral, qui est anormalement permanent au niveau local, et un temps pour la réflexion de terrain qui doit être porté par un projet commun.

Qui peut porter ce discours de projet commun ? de projet de Société ?

Ce ne sera pas une personne providentielle. Ce sera un ensemble d'individus qui partagent une vision commune de la modernisation de la société mahoraise, et un objectif commun de développement pour les mahorais et par les mahorais, même si ça fait un peu « slogan » ! Sur les réseaux sociaux, on voit que la jeunesse a une lecture dépassionnée, analytique du conflit avec des propositions comme la centrale d'achat par exemple. Cette jeunesse doit s'engager dans la politique, mais une fois stabilisée au niveau personnel et professionnel. C'est très important sinon l'engagement politique se fera à la manière traditionnelle (Zaïdou sous entend à la manière de « tu as mangé, tu sors »). 

Or il faut changer de m½urs. Une des erreurs des élus actuels est de penser que nos spécificités sont une richesse. Ca l'est si elles sont valorisées. Sinon, ce sont des freins considérables au progrès social et à l'épanouissement des individus. Je prends un exemple : celui des mariages. On fait la fête pendant des mois, on s'endette, se mettant dans l'incapacité d'épargner, et de réaliser des projets et on met sous pression tout son entourage. Cette manifestation doit être cadrée pour le bien de la société, de l'économie, et pour ne pas nuire aux intéressés.

Où en est le Comité des Sages que tu avais prôné ?

Cette proposition a été reprise. Ce Comité doit poser des sentinelles : que sera la société mahoraise de demain et dans quelle société souhaitons nous vivre dès maintenant ? Les changements démographiques nous dictent de repenser les changements de la société mahoraise…

Propos recueillis par Annette Lafond
(Source : Malango Actualité)

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