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Abdou Bakari Boina est mort. Il est mort dans la plus grande indifférence. Indifférence au niveau de cet Etat pour lequel il s’est tant battu. Il est mort, et c’est triste. Rares sont les morts qui sont gaies. Sa disparition est d’autant plus triste que l’homme a toute sa vie, lutté contre l’injustice sociale. Cet homme, qui enfant, a dû envoyer un courrier à l’autorité coloniale, en y précisant son statut d’enfant indigent, pour pouvoir poursuivre ses études. Cela fait mal et cela nous indique à quel point nous venons de loin. De ce long chemin parcouru, pour que tous les enfants de la république puissent aller à l’école, fils de « quelqu’un » ou illustre inconnu. 

Mais sa mort est d’autant plus triste, que malgré ses combats, malgré le combat de tous qu’il a si bien mené, il est mort, pas dans l’indigence, non. Les hommes et femmes comme lui ne sont jamais « indigents ». Ce qui est triste, c’est qu’il soit mort dans la plus insolente, la plus grossière indifférence de la part cette république, pour laquelle il a tant sacrifié.

Sa mort est d’autant plus triste, qu’aujourd’hui les langues se délient. Au delà des périodes passées en prison sous Ahmed Abdallah Abderemane ou Djohar, au-delà du retrait de son passeport diplomatique, au-delà de sa mise à l’écart, au-delà la mise à l’écart de ce grand homme. Au-delà des turpitudes des politiciens comoriens, comment pouvait-on célébrer un 6 juillet, sans que lui, Mdrehuri, sans que lui, le Combattant, sans que ce guerrier de Lumière, lui qui jusqu’au bout s’est battu pour un idéal, un idéal qui s’appelle aujourd’hui Etat comorien, comment pouvait-on célébrer la plus symbolique de nos fêtes nationales, sans penser à lui envoyer une invitation pour qu’il y prenne part.

Ce pays n’est pas maudit, je refuse de l’écrire. Ce pays n’est pas maudit, il faut sans doute le répéter plusieurs fois. Ce pays a porté des hommes et des femmes d’une valeur inestimable, tellement inestimable que des hommes et des femmes de piètres valeurs, de piètres convictions, des lâches qui se malheureusement retrouvés au sommet de l’Etat par une ignominie, un détournement dont seule l’Histoire a le secret, n’ont pas pu, n’ont pas su rendre grâce aux meilleurs d’entre nous, de leur vivant. Et souvent même au-delà.

On voulait lui remettre une médaille dit-on. Pour services rendus à la Nation comorienne. Comme un pauvre quidam, au lieu d’un courrier, on lui envoie un émissaire pour le lui dire, « oralement ». Il refuse, il demande une missive, officielle. Le courrier lui parvient. Et là, blasphème, hérésie. Le courrier est adressé à Aboubacar Boina. Les bras m’en tombent. Abdou Bakari ne s’étouffera pas. Il répondra que Aboubacar Boina travaille au Cndrs et que ce n’était pas lui. De décoration, il n’y en aura pas. Fin de l’histoire. Pas la sienne et sûrement pas la nôtre.

Ne nous étonnons guère si aucune rue de ce pays ne porte son nom. Si aucun manuel ne parle de son combat. Si aucune pièce de monnaie, si aucun billet de banque n’est à son effigie.

Ne nous étonnons pas. Le meilleur est à venir. Et ce sera, sans ceux qui sont au sommet aujourd’hui comme hier, qui sont ou étaient au sommet par des chemins détournés.

Et en tête cette phrase, de lui. De Mdrehuri. Répétée inlassablement à ses visiteurs, et à ses enfants. Il ne voulait pas de coups de canon, le jour de sa mort. Le débat fait rage. Devait-on respecter la volonté de cet homme qui ne fut pas seulement, un homme ? L’Etat n’aurait-il pas dû organiser des funérailles nationales pour Abdou Bakari Boina, quoi qu’il ait pu dire, écrire, déclarer au sujet de sa mort ? L’Etat aurait-il dû décréter une journée de deuil?

Et si Abdou Bakari Boina, voulait se protéger ? D’une énième déception, post-mortem cette fois. Et s’il savait ? Que cet Etat qui n’a jamais su l’honorer de son vivant, aurait poursuivi sa pathétique apathie, le jour de sa mort. C’est peut-être pour cela, qu’il a dit qu’il ne voulait rien. Je dis peut-être, parce qu’au fond, je n’en sais rien.

Triste république. C’est quand même plus facile d’écrire sur lui. Ca sort de nos tripes. Je n’ose même pas imaginer quand il faudra écrire, le jour de leur mort, sur nos prétendues autorités. Quel exercice compliqué ce sera…Par Faïza Soulé Youssouf
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