Mayotte: malgré le confinement, le tri sélectif continue!

La politique de confinement, à visée strictement sanitaire, vient comme par miracle parachever la politique de harcèlement permanent que ...

La politique de confinement, à visée strictement sanitaire, vient comme par miracle parachever la politique de harcèlement permanent que subissent tous les habitants pauvres de Mayotte. Le communiqué de presse «Soutien alimentaire pour les plus fragiles» souligne en creux tous les indices d'un maintien de cet objectif et d'un soupçon de profiter de la pandémie pour y parvenir avec plus de succès.

La politique de confinement, à visée strictement sanitaire, vient comme par miracle parachever la politique de harcèlement permanent que subissent tous les habitants pauvres de Mayotte.

Ils sont empêchés de travailler, sans secours ni compensation.

Au terme de deux semaines de confinement, Monsieur le préfet de Mayotte s’est avisé sans doute que la situation devenait critique, et dangereuse pour la paix publique. Effectivement une partie importante de la population de Mayotte commence à souffrir de la faim et le problème de l’accès à l’eau pourtant à l’étude depuis le début de la crise n’a pas été réglé à ce jour, 18ème du confinement.

Dans un communiqué de presse en date du 30 mars 2020, intitulé « Soutien alimentaire pour les plus fragiles », il est dès lors admis que « les mesures de confinement […]compliquent l’accès aux moyens de subsistances des populations les plus fragilisées ». « Or les personnes les plus fragiles, poursuit-il, doivent faire l’objet d’un intérêt particulier afin de garantir leurs besoins les plus fondamentaux ». 

Il est donc fait appel à la solidarité du monde associatif dans son ensemble pour participer aux distributions de repas, à l’implication des grandes surfaces et distributeurs ainsi qu’à la générosité des particuliers pour des dons de nourriture et du bénévolat ; appel au Recteur pour « réorienter les moyens jusqu’alors affectés à la politique nutritionnelle au sein du système scolaire ». Enfin « les services de l’État se rapprocheront des collectivités locales qui exprimeront le besoin d’une aide alimentaire et travaillent avec le Conseil départemental mobilisé dans la distribution des denrées au profit des Mahorais les plus fragiles. »

Ce texte, très vague mais charitable au demeurant, ne renie pas les principes mis en œuvre depuis au moins la départementalisation de l’île. D’abord la négation de la nature comorienne de l’île, sociale et géographique, qui structure pourtant profondément toutes les relations sociales et économiques. Ensuite le primat de la nationalité comme principe de distinction. De même qu’une frontière sépare l’île française des autres îles des Comores, une frontière intérieure et invisible, aux effets néanmoins dramatiques et pervers, traverse l’ensemble de la société. La République Française s’embourbe dans une opération insensée de tri de population qui pourrit la vie quotidienne de chacun par des contrôles d’identité incessants suivi de reconduites à la frontière immédiates sans le moindre souci du droit pourtant largement dérogatoire à Mayotte.

Ce tri permanent et brutal de la population conduit au maintien dans la misère de toutes les familles d’origine comorienne quel que soit leur statut administratif, en favorisant une économie informelle indispensable à la survie des populations, mais aussi fort dommageable pour l’ensemble de la société. En effet pourquoi payer au prix fort des services que l’on peut obtenir à vil prix ? Ainsi les hommes sont employés au noir sur les chantiers de construction et les femmes comme domestiques pour des salaires dérisoires. Les pressions à la baisse se font sentir également dans les entreprises les plus officielles : les fiches de paie ne collent pas toujours aux termes du contrat de travail.

De la sorte le département s'enlise dans taux de pauvreté de 84% de la population que l’État prétend réduire en expulsant chaque année 10% des habitants de l’île.

Le communiqué du préfet souligne en creux tous les indices d'un maintien de cet objectif et du soupçon de profiter de la pandémie pour y parvenir avec plus de succès encore. Certains semblent avoir déniché un signe encourageant dans les traversées insolites en kwassa kwassa vers les autres îles observées depuis la fermeture des frontières. Un journal local n'annonce-t-il pas avec dérision que les kwassa ont "perdu le cap" pour s'amuser de clandestins en fuite par peur du Covid 19 ? Mais qui s'avise plus généreusement que la fermeture des frontières empêchent des déplacements dans l'autre sens effectivement inhabituels en kwassa ? En temps normal, ils se font sur des lignes régulières à moindres frais et moindre risque, même par des clandestins.

La première remarque que mérite ce communiqué concerne sa date de parution : soudain au 14ème jour de confinement, le risque de crise sanitaire et alimentaire que toute personne un peu informée pressentait, vient à l’esprit des autorités.

Le second étonnement vient de l’emploi par les responsables des informations produites par l’INSEE. Monsieur le préfet demande en effet que les distributions alimentaires soient orientées dans les « six poches de pauvreté les plus précaires identifiées par l’INSEE. » Au lieu d’utiliser les statistiques nationales pour anticiper, dans un travail d'analyses prospectives et de programmations politiques, elles sont mobilisées dans un but de réparation qui exclut par avance un soutien universel sans condition.

Un troisième doute est suscité par le type d'organisation imaginé par la préfecture et les partenaires désignés. Outre la Direction régionale de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale pour la mobilisation des ressources, la mise en œuvre du « soutien alimentaire » est dévolue aux Centres communaux d’action sociale, plus généralement aux collectivités locales, mairies et Conseil départemental.

A Mayotte, les CCAS ne sont pas réputés accueillir avec bienveillance les personnes d’origine étrangère, au contraire ! Si quelques améliorations ont pu être observées ici ou là, dues essentiellement à la présence de personnels progressistes, la tendance n’a jamais été d’ouvrir ses portes aux étrangers avec ou sans papier.

Quand on sait par ailleurs que les mairies refusent obstinément depuis de nombreuses années de scolariser des milliers d’enfants, cela en toute illégalité, sous des prétextes spécieux (lire ici), on peut douter de leur enclin à venir au secours des populations pauvres, d’origine comorienne. Quand de surcroit, le représentant de l’État à Mayotte qui n’a jamais rappelé la loi en la circonstance ni été en mesure de la faire exécuter, conclut son communiqué par une demande à ses services de travailler « avec le Conseil départemental mobilisé dans la distribution de denrées au profit des Mahorais les plus fragiles », la messe est dite.

On emploie pas le terme "mahorais" à la légère à Mayotte : chacun entend ce qu'il désigne et ceux qu'il exclut !

On peut s’étonner enfin que la Croix-Rouge, pourtant experte en matière de soutien logistique dans le secours d’urgence, ne soit pas sollicitée en titre. C’est sans doute la raison pour laquelle elle en est réduite à donner aux foules en désarroi qui la sollicitent en permanence les numéros de téléphone du CCAS et du Conseil départemental. Des numéros de téléphone à des gens qui n’ont pas de quoi manger ! Pour des appels sans réponse (observation du jeudi 2 avril).

Quant à la politique nutritionnelle au sein du système scolaire », c.à.d. la cantine et les distributions de « goûter », là encore la directive n’est pas rassurante. Dans les écoles primaires, les collèges et les lycées sans restaurant scolaire, les enfants reçoivent une collation, un petit goûter constitué d’un pain, d’un laitage et d’un fruit, moyennant le paiement annuel d’une somme de 34 €. N’y ont donc droit que les enfants des familles en capacité d'acquitter à la rentrée une telle somme multipliée par le nombre des enfants, s’ajoutant aux autres frais de rentrée. De plus la facture attestant le paiement des collations fait l’objet d’un enjeu très fort dans les familles comoriennes, car la préfecture peut l’exiger pour la délivrance ou le renouvellement des cartes de séjour.

Dans les établissements scolaires, les repas non pris pour des raisons indépendantes de la volonté des familles doivent être remboursés. Ainsi en cas de fermeture prolongée d’un établissement, (évènement rare) mais par exemple en cas de grève (plus fréquent), les factures font l'objet de "remises d'ordre" avant l'envoi aux familles. Les moyens affectés à la politique nutritionnelle s’en trouvent nettement réduits.

En ce qui concerne les collations distribuées dans les écoles élémentaires, elles appartiennent aux familles qui les ont payées forfaitairement. Et non pas à la collectivité. Fera-t-on par ce biais payer aux familles étrangères les secours apportés aux "mahorais les plus fragiles" ?

Certes la critique est facile et la tâche titanesque. Il reste que les moyens mis en œuvre ne sont pas à la mesure des désarrois. Des distributions ont eu lieu hier jeudi dans divers quartiers. Les habitants des zones reculées en lisière des villages l'ont appris d'une rumeur. Et se sentent délaissés.

Seule l'universalité est équitable. Mais surtout avant les catastrophes qui se gavent des injustices.

Le problème de l'accès à l'eau perdure. Rue Mavandzani, à Kaweni, la borne-fontaine qui fournit en eau tous les quartiers des pentes n'avait pas été dépannée ce matin. (photo)

3 AVR. 2020
PAR DANIEL GROS

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