Dossier. Comores : Evolution récente de l'économie, selon le FMI

La combinaison de plusieurs facteurs a contribué à une accélération modérée de la croissance en 2017. Les estimations préliminaires indi...

La combinaison de plusieurs facteurs a contribué à une accélération modérée de la croissance en 2017. Les estimations préliminaires indiquent que la croissance en 2017 a progressé d’un demi-point de pourcentage à 2,7%, soit à un niveau proche des prévisions des autorités.

Cette croissance plus vigoureuse a été portée par l’acquisition de groupes électrogènes au diesel à la fin de 2016, par une budgétisation et exécution des subventions aux carburants, ce qui a permis d’améliorer la situation du secteur de l’électricité en comparaison avec 2016, par une activité et une concurrence plus soutenues sur le marché des télécommunications, par une progression des exportations (renchérissement et déstockage de la vanille et de l’ylang-ylang) et par un renforcement des flux d’envois de fonds.

Cependant, la croissance a été négativement impactée par les persistants goulets d’étranglement au niveau des infrastructures physiques, la détérioration du climat des affaires, perceptible dans les enquêtes auprès du secteur privé (parallèlement au retour de pénuries ponctuelles d’électricité) qui continue d’entraver l’activité des entreprises privées ainsi que les tensions dans le secteur financier. L’inflation est restée modérée.

Bien que le recouvrement des recettes en base caisse ait considérablement augmenté en 2017, l’ambitieux objectif fixé dans le budget rectificatif n’a pas été atteint. Au total, les recettes nettes collectées en 2017 se sont élevées à 47,7 milliards de francs comoriens (16,8% du PIB), une augmentation bienvenue par rapport à 2016 (39,5 milliards de francs comoriens, soit 14,5% du PIB) et tirée par la hausse des recettes fiscales et douanières, qui représentaient l’essentiel des recettes en 2017.

Diverses mesures ont permis cette amélioration dont notamment, le rappel aux contribuables de leurs obligations, les recettes générées par le monopole public d’importation des hydrocarbures (SCH) (3 milliards de francs comoriens, 1% du PIB), l’annulation d’exemptions de droits de douane, l’introduction d’un droit minimal en douane et les vérifications croisées effectives des données relatives aux importations et aux chiffres d’affaires par une équipe réunissant des agents des douanes et de l’administration fiscale.

Les recettes non fiscales ont été décevantes, tandis que les recettes globales ont été inférieures à l’objectif de la loi de finances rectificative (64 milliards de francs comoriens, 23% du PIB).[next]

Les recettes en base caisse ont été complétées par des financements extérieurs (environ 5% du PIB), comprenant les dons budgétaires de l’Arabie saoudite et de l’émirat de Charjah (totalisant environ 3% du PIB) et des tirages sur les contreparties des avoirs en DTS pour payer les groupes électrogènes, ainsi que par des emprunts auprès du secteur financier.

L’effet combiné des perspectives plus favorables de recettes et de la compression des dépenses courantes, ainsi que de l’augmentation marginale des dépenses d’équipement liée à des facteurs exceptionnels ont considérablement réduit le déficit primaire de l’année. Les dépenses courantes ont été inférieures aux prévisions budgétaires. Les transferts sont revenus à leur niveau normal après un résultat exceptionnel en 2016 et incluaient, pour les dépenses liées au subventionnement des carburants, un montant identique à celui porté du côté des recettes (3 milliards de francs comoriens, soit 1% du PIB*).

La masse salariale est restée stable en valeur nominale mais a fortement diminué en pourcentage des recettes. Les dépenses d’équipement ont légèrement augmenté, sous l’effet principalement de facteurs ponctuels (pleine prise en compte de l’acquisition des générateurs électriques à fin 2016 et première tranche de la recapitalisation sur trois ans de la SNPSF).

En revanche, l’exécution des dépenses d’équipement a sensiblement diminué par rapport à l’objectif figurant dans la loi de finances rectificative, faute essentiellement de projets prêts à réaliser. Combinée avec les progrès réalisés du côté des recettes, l’exécution des dépenses s’est traduite par une contraction de 3,3 points de PIB du déficit primaire intérieur.

La loi de finances 2018 est ambitieuse et suppose une contribution nette significative des recettes liées à l’apurement incertain d’arriérés croisés entre l’État et des entreprises publiques. La forte progression des recettes budgétisées en 2018 reflète largement le règlement d’arriérés croisés entre l’État et l’opérateur public de télécommunications (Comores Telecom, CT), lesquels résultent principalement d’impôts sur les sociétés non acquittés par CT et des factures téléphoniques impayées de l’État dues à CT.

Néanmoins, la nature exacte de ces créances croisées et la marge budgétaire supplémentaire que leur apurement pourrait dégager ne sont pas claires. En outre, la loi de finances prévoit également une hausse ambitieuse des dépenses d’investissement.

Or, exception faite d’un grand projet hospitalier et de la construction d’un port en eau profonde sur l’île de la Grande Comore, qui sont deux projets de longue haleine, l’absence de projets d’investissement prêts à démarrer et l’insuffisance des capacités de mise en œuvre signifient qu’il sera difficile pour les autorités d’atteindre leur objectif d’investissement en 2018, avec un risque accru de réapparition des arriérés intérieurs.

La croissance du crédit au secteur privé a encore ralenti en 2017. Associée au persistant risque de crédit associé au niveau encore élevé des créances improductives, la croissance du crédit au secteur privé (6,3% en 2017) a poursuivi sa décélération tendancielle amorcée en 2015.[next]

Dans le même temps, la surliquidité structurelle a persisté, avec un risque de crédit demeurant important et incitant les banques à renoncer à l’écart de taux significatif (de 7% à 14% au-dessus du taux nul de rémunération des dépôts auprès de la Banque centrale) disponible à travers les prêts au secteur privé. Après une baisse en 2016, l’accroissement substantiel des avoirs extérieures nets (10,4%) en 2017 a été porté principalement par la réception de dons extérieurs et par l’augmentation y correspondante des réserves de la Banque centrale.

Malgré un creusement du déficit commercial en 2017, le déficit courant a diminué, en liaison essentiellement avec l’augmentation des transferts courants. En dépit de la hausse des exportations liée en grande partie à l’envolée des cours de la vanille à fin de 2017 et du déstockage dans les secteurs de l’ylang-ylang et de la vanille, les importations ont augmenté substantiellement, entraînant un nouveau creusement du déficit de la balance commerciale.

Les dons en provenance du Moyen-Orient (environ 3% du PIB) ont contribué à un déficit courant bien inférieur à celui de 2016. Les envois de fonds bruts des travailleurs sont demeurés une composante clé du compte courant, totalisant 26,0% du PIB à fin 2017.

L’important excédent global de la balance des paiements a généré un accroissement des réserves de change, permettant de couvrir plus de huit mois d’importations de biens et de services à fin 2017, ce qui s’avère un niveau très supérieur aux normes d’adéquation habituelles.

En dépit d’une conjoncture économique difficile, l’analyse statistique (modèle « EBA-lite ») montre que la position extérieure à fin 2017 était globalement conforme aux paramètres fondamentaux à moyen terme et aux politiques souhaitables.

Les indicateurs socioéconomiques ont peu progressé. Malgré quelques améliorations, notamment de certains indicateurs relatifs à la santé et à l’égalité des sexes, des progrès limités ont été réalisés dans la plupart des objectifs de développement durable. Accentuant la fragilité du pays, les revenus par habitant étaient en baisse dernièrement parallèlement à des progrès limités dans la réduction de la pauvreté.

* Les subventions aux carburants versées à l’entreprise publique d’eau et d’électricité (MAMWE) étaient financées par des recettes du budget général et non pas liées à des taxes particulières payées à l’État, pas même celles acquittées par le monopole public d’importation de pétrole (SCH).

Extrait Rapport du FMI N° 18/190 (Juin 2018). Avec pagesafrik

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