Le Parti pour l’Entente comorienne (PEC) quittera la Mouvance présidentielle

L'alliance électorale entre le PEC et Ahmed Sambi est une évolution inéluctable. Du 14 au 17 janvier 1959, suite à la décision du 30 ...

L'alliance électorale entre le PEC et Ahmed Sambi est une évolution inéluctable.

Du 14 au 17 janvier 1959, suite à la décision du 30 décembre 1958, le Sénégal, le Soudan français (actuel Mali), le Dahomey (actuel Bénin) et la Haute-Volta (actuel Burkina-Faso) créèrent la Fédération du Mali, qu'ils firent exploser au bout de 15 jours. Le 28 février 1959, la Haute-Volta de Maurice Yaméogo s'y retira. Le journaliste Samuel Mbajum rappelle que, «lorsque, après sa décision du 28 février, l'on rappela à Yaméogo que c'était un acte de trahison par rapport au serment prêté à la Fédération du Mali le 30 décembre précédent à Dakar, avec un sacré culot, il jura ses grands dieux que ce jour-là à Dakar, s'il avait levé la main, c'était tout juste pour ajuster la manche de sa chemise, et pas pour autre chose, en l'occurrence entériner la création de la Fédération du Mali». L'anecdote fit dire à Louis San Marco (1912-2009), ex-administrateur français de colonies en Afrique, que lorsqu'il demanda à Barthélémy Boganda, premier et très éphémère Président de la Centrafrique juste avant l'indépendance, «pourquoi certains Africains ne tenaient pas souvent compte de la parole donnée, voire de leur signature, il m'avait répondu: "C'est par excès de politesse. Ils ne veulent pas vexer les gens. ʻVous voulez que je signe ça? Pas de problème, je signe!ʼ."»: Louis San Marco et Samuel Mbajum:Entretiens sur les non-dits de la décolonisation. Confidences d'un Administrateur des Colonies, Les Éditions de l'Officine, Paris, 2007, p. 92).
       
Cette croustillante anecdote nous ramène à la réalité selon laquelle, en politique, le dit et le non-dit existent et on une valeur égale. La parole et l'acte qui la confirme ou l'infirme existent et ont une valeur égale. Certains silences sont plus éloquents que la plus bruyante des réponses, mais silence et parole peuvent avoir une valeur égale. Certains silences valent une nette confirmation ou une égale dénégation. Tout est question de finesse et subtilité. Or, dès qu'on analyse les positions actuelles du PEC telles qu'exprimées publiquement par Maître Fahmi Saïd Ibrahim, leader du Parti, on constate qu'elles n'expriment plus le soutien qu'il apportait au Président Ikililou Dhoinine depuis son investiture. En sa qualité de Président d'une formation partisane membre de la Mouvance présidentielle et apportant donc son appui à la politique du chef de l'État, il a soutenu avec un extraordinaire sens de la solidarité politique les orientations et les actions du Président Ikililou Dhoinine. Pendant des mois, à aucun moment, cette solidarité n'a eu à souffrir d'une quelconque tiédeur et ambiguïté.
      
Seulement, depuis fin novembre 2013, à un moment où il est question de plus en plus de sa désignation par Ahmed Sambi pour être la tête de liste des crypto-sambistes à l'élection présidentielle de 2016, l'analyste politique qui se respecte est obligé de constater qu'il est en train d'opérer un changement majeur à l'égard de la Mouvance présidentielle, qu'il critique sans s'embarrasser de précautions de langage superfétatoires. Le chat est appelé un chat. Le signal le plus clair que l'observateur politique constate à cet égard est l'interview qu'il avait accordée à La Gazette des Comoreset au cours de laquelle il déclare en substance, s'agissant de la délégation devant mener des négociations en France au sujet de Mayotte, fin novembre début, décembre 2013: «Je dénonce tout d'abord l'opacité qui a entouré le choix des membres composant cette délégation. Je regrette aussi que le président Ikililou se soit enfermé avec son Directeur de Cabinet pour faire le choix des délégués, alors que c'est une affaire d'enjeu national, il y va de l'intégrité territoriale des Comores, c'est l'affaire de tous. […]. Le président a montré son mépris vis-à-vis du peuple comorien, de ses institutions, au premier rang duquel l'Assemblée nationale». Naturellement, ces propos ne pourraient être tenus pour amicaux envers le Président de la République, responsable politique et moral de la Mouvance présidentielle. Et l'emploi de ce mot «mépris» est très éloquent.
      
En d'autres circonstances, quand on demandait à Maître Fahmi Saïd Ibrahim les raisons qui l'ont poussé à ne pas dénoncer des décisions et des actions de sa propre majorité sur lesquelles il était en désaccord, il invoquait son état de républicain et la discipline qui devait prévaloir, nolens volens, au sein de sa famille politique. En d'autres termes, en politicien, il se montre très subtil. Cependant, cette fois, il a choisi de secouer le cocotier par le tronc et par les feuilles, sans prendre des gants. Est-ce un hasard ou un simple concours de circonstance? Naturellement, non. Cela s'appelle une évolution politique majeure constatée chez un politicien qui sait que l'heure du choix est arrivée et qu'elle ne saurait faire l'objet d'un aménagement ou d'un report.
     
 Au surplus, l'ancien ministre des Relations extérieures d'Ahmed Sambi (2010-2011) a décidé de montrer qu'il a de la suite dans les idées, car il a exprimé ses réserves de chef de parti politique à l'égard de la Convention d'entraide judiciaire qui vient d'être conclue entre les Comores et la France. Au sujet de cette Convention, j'avais personnellement demandé à Mohamed Bakri Ben Charif Abdoulfattah et au Docteur Elanrif Saïd Hassan de la proposer à la France mais en tant que «Convention de la Famille et d'Entraide judiciaire», pour ne pas en faire un instrument exclusivement répressif. Le Maroc a conclu un traité pareil avec la France (10 août 1981), et n'a jamais eu à le regretter, car il facilite l'entrée et le séjour sur le territoire français des conjoints marocains de ressortissant français ou franco-marocains.
      
Autant dire donc que ce changement de ton à l'égard du Président de la République et de la Mouvance présidentielle est tout sauf anodin. Il intervient à un moment crucial, quand il est de plus en plus clair que la Mouvance présidentielle a, dans l'état actuel des choses, 3 candidats potentiels à l'élection présidentielle de 2016: Fahmi Saïd Ibrahim, le Gouverneur Mouigni Baraka et le Vice-président Mohamed Ali Soilihi. Comment demander aux deux de ne pas se présenter, pour favoriser la candidature du troisième? La négociation est possible, mais exige un leadership partisan clairement affiché par le chef de l'État, qui n'a pas encore montré une grande propension à se mêler de querelles politiciennes. En 2010, pour Mohéli, Ahmed Sambi avait imposé Ikililou Dhoinine, sur recommandation du notable djoiezien Soilihi Mohamed, qui avait proposé Mohamed Larif Oucacha – avec qui il venait de déjeuner – le matin, et imposé Ikililou Dhoinine en début d'après-midi. Mais, Ahmed Sambi a une autorité au sein de ses troupes, autorité que n'a pas cherché à avoir Ikililou Dhoinine.
     
 À ce jour, le Vice-président Mohamed Ali Soilihi conserve toutes ses chances d'être l'élu du cœur et de la raison du Président de la République. Naturellement, dans les rangs de ses partisans, on continue à faire la fine bouche, en prétendant avec une évidente envie de mentir que rien n'est encore définitif en ce qui concerne le choix du Président de la République. Ça fait rire à mort.
      
Et, il y a une autre donnée non moins importante du problème. Nonobstant l'opposition manifestée par l'aile du crypto-sambisme animée par Mohamed Bacar Dossar au choix devant porter sur Fahmi Saïd Ibrahim, ce dernier conserve toutes ses chances d'être la tête de liste du courant crypto-sambiste. Ahmed Sambi a fait ses calculs et sait que la candidature de son chouchou, le Caporal Bourhane Hamidou, relève du folklore, car l'ancien bidasse de Robert «Bob» Denard peut se mettre en valeur au perchoir, où il ne se passe rien, mais jamais à la Présidence de la République, où Fahmi Saïd Ibrahim présente plus de garanties que lui. Mais, qui ira expliquer ça au Caporal Bourhane Hamidou, lui qui a appris qu'au Mali, Amadou Sanogo est passé de Capitaine à Général? En tout état de cause, il y aura des pleurs, des larmes et du sang, mais il est de plus en plus clair que Fahmi Saïd Ibrahim est, à l'heure actuelle, beaucoup plus proche d'Ahmed Sambi que d'Ikililou Dhoinine, sur le plan politique.
      
L'officialisation de la sortie du PEC de la Mouvance présidentielle est une question de jours. Pour tout dire, ce jeudi 12 décembre 2013, cet ami du Président de la République dit qu'à Beït-Salam, le PEC est déjà considéré comme un parti d'opposition, et qu'on en prend acte. De toute manière, l'ancrage du PEC dans l'environnement politique d'Ahmed Sambi se fera plus vite qu'on ne peut le croire actuellement. Méfions-nous des non-dits et des gestes.

Par ARM
© www.lemohelien.com – Vendredi 13 décembre 2013.
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