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Marseille et sa région sont de nouveau en proie à une série de probables règlements de comptes sur fond de trafic de drogue, éclipsant l'accalmie de l'an dernier.

Dans la nuit de samedi à dimanche, c'est sur un chemin arboré de Cuges-les-Pins, à une trentaine de kilomètres de Marseille, que les enquêteurs de la police judiciaire ont découvert les deux derniers corps.

Les victimes auraient été abattues avant d'être brûlées.

L'une d'elles a été identifiée: son nom apparaît dans les fichiers du "narco-banditisme", ces bandes criminelles qui se mènent une lutte sanglante pour le contrôle du trafic de drogue.

Un élément qui a conduit le procureur de la République Xavier Tarabeux à qualifier ce double homicide de probable règlement de compte.

Le précédent datait seulement de vendredi soir, avec la mort d'un homme d'une trentaine d'année, tué de deux balles dans la tête dans l'est de Marseille.

Deux autres homicides avaient été déplorés en janvier, dont une fusillade mortelle à la Kalachnikov dans le quartier festif de La Plaine. Un troisième, dans lequel un adolescent de 17 ans a été tué, n'est pas classé comme règlement de comptes.

Cette série entamée toute fin 2017, avec deux morts entre Noël et Nouvel An, éclipse une relative accalmie sur l'ensemble de l'année dernier: 14 décès dans des règlements de comptes déplorés par la préfecture de police, contre 29 en 2016, année noire.

"UN TRAVAIL SANS FIN"

"On ne peut pas nier la réalité, il y a un certain nombre d'homicides, dont beaucoup sont des règlements de comptes, mais on ne peut en tirer aucun enseignement, il n'y a pas assez de recul", met en garde le procureur de Marseille Xavier Tarabeux.

Du côté policier, la crainte d'une poussée de violence, dans une ville qui reste une plaque tournante du trafic de cannabis, source importante de revenus dans plusieurs cités minées par la pauvreté, se réveille cependant.

"Il y a tellement de sorties de prisons, et tellement d'équipes prêtes à régler leurs comptes...", soupirait dimanche un policier marseillais. La lutte contre le trafic est "un travail sans fin", commentait mi-janvier une autre source policière.

"La République n'est pas à la hauteur", a réagi auprès de l'AFP le député LREM des quartiers nord Saïd Ahamada, qui appelle à "réinvestir" les arrondissements deshérités.

"Il faut un sursaut", ajoute la sénatrice PS Samia Ghali, regrettant que le dossier marseillais soit retombé dans l'indifférence, avec un "manque d'effectifs" policiers, et notamment de CRS dans les cités.

Après une série de succès policiers qui avaient amené à déjouer 12 règlements de comptes en 2016, puis deux l'année suivante, "on peut craindre que la recomposition" du paysage criminel marseillais ne "se poursuive", redoute la source policière.

TIRER LES FICELLES DERRIÈRE LES BARREAUX

L'an dernier, plusieurs bandes criminelles ont été victimes de la vendetta entre trafiquants ou subi les coups de boutoir de la justice.

Chef présumé de l'un des clans les plus violents, Mehdi Remadnia, a été abattu à l'arme automatique il y a un an, tandis que parmi les procès les plus retentissants, celui de la bande des "Blacks" a conduit à prononcer un total de 107 années de prison contre 27 prévenus en novembre, et à mettre hors circuit les frères Ahamada, qui le dirigeaient.

Mais la police a à l’œil plusieurs anciens détenus, "impliqués dans le trafic et qui ont immédiatement repris leurs activités", poursuit la source interrogée.

Certains réseaux sont repris par des lieutenants, voire des petits frères de leurs dirigeants -dont certains continuent de tirer les ficelles derrière les barreaux.

"Des différends datant de plusieurs années se soldent après la sortie de détention des protagonistes", relève-t-elle, s'inquiétant également de l'omniprésence des armes, "quel que soit le niveau de trafic".

En témoigne la saisie, mi-janvier, de grenades, des armes de guerre pouvant être adaptées sur des fusils d'assaut, lors du démantèlement d'un trafic dans une cité des quartiers nord, le Petit Séminaire. ©Nice Matin
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