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Le président de la Commission de l’Union africaine Moussa Faki Mahamat estime le nombre de migrants « entre 400 000 et 700 000 ».
Un centre de détention de migrants, à Zawiyah, à 45 kilomètres à l’ouest de Tripoli, en Libye, en juin 2017. TAHA JAWASHI / AFP

« Rapatrier tous les migrants de Libye » : l’objectif fixé au sommet Europe-Afrique est des plus complexes dans un pays en proie à l’anarchie, face à des réseaux organisés de trafiquants d’être humains et alors que les migrants sont difficiles à recenser.

Quelque 3 800 personnes vont être rapatriées d’urgence dans les prochains jours, a annoncé Moussa Faki Mahamat, le président de la Commission de l’Union africaine (UA), soulignant qu’il s’agissait là des seuls migrants se trouvant dans un camp près de Tripoli, la zone la plus facile d’accès, alors que la Libye est ravagée par des guerres intestines, et infestée de groupes armés aux buts politiques, religieux ou simplement crapuleux.

Un commerce lucratif

Ces 3 800 personnes sont un grain de sable par rapport à l’immensité de la tache dans le désert libyen. Moussa Faki estime le nombre des migrants « entre 400 000 et 700 000 » : une fourchette allant du simple au double qui en dit long sur le flou qui entoure la mission que se sont donnée les dirigeants africains et européens à Abidjan. « Le gouvernement libyen nous a dit qu’il y a quarante-deux camps. Certainement, il y en a plus que cela », a précisé M. Faki, qui ne se fait pas d’illusion.

Selon les dernières statistiques de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), 15 000 migrants croupissent dans des centres de rétention officieusement contrôlés par le Gouvernement d’union nationale libyen (GNA). La plupart de ces centres sont en effet contrôlés par des milices loyales au GNA.

Des milliers de migrants sont emprisonnés dans des centres en dehors de tout contrôle, que ce soit des autorités libyennes ou des organisations internationales. Certains de ces lieux de détention « illégaux » sont tenus par des milices qui enlèvent les migrants dans les villes et les torturent avant de téléphoner aux familles sommées de payer des rançons. Ce trafic est devenu un commerce lucratif pour plusieurs milices qui ont mis en place un réseau bien organisé avec des ramifications dans des pays africains pour le transfert des fonds. C’est aussi dans ces centres qu’on « vend » les migrants.

Mais il faut d’abord commencer par rapatrier ceux qui sont dans les camps faciles d’accès, souligne-t-on à l’UA. « Vider les camps est une avancée positive. (…) Je crois que cela aura aussi un impact sur l’esclavage », estime William Lacy Swing, le directeur de l’OIM. Il souligne que 13 600 migrants en difficulté ont déjà été rapatriés cette année.

« Un travail de fourmis »

Son directeur Europe Eugenio Ambrosi estime que le rapatriement des 15 000 migrants internés dans des camps du GNA pourrait se faire en « six semaines à deux mois ». On pourrait faire appel à des avions affrétés par le Maroc, a-t-on appris auprès de l’Union africaine. M. Ambrosi pose toutefois une condition : que « les pays d’où ils viennent fournissent les documents nécessaires ».

C’est justement un des casse-tête du dossier. Une grande partie des migrants n’ont plus ou pas de papiers, soit parce que leurs pays ont des administrations faibles, soit parce qu’ils ne veulent pas rentrer chez eux. Concrètement, il faut que les pays concernés envoient des émissaires qui identifient leurs ressortissants, leur fournissent des papiers avant qu’on puisse les rapatrier. « On ne peut que rapatrier les volontaires », rappelle M. Swing.

Recenser les ressortissants, « c’est un travail de fourmi. Il faut rencontrer chaque migrant là-bas. Notre ambassadeur a dû faire un travail gigantesque dans des conditions difficiles », expliquait Issiaka Konaté, directeur des Ivoiriens de l’étranger, lors du rapatriement de 600 Ivoiriens au début du mois.

Et encore, la Côte d’Ivoire, le Sénégal ou d’autres ont-ils une attitude volontaire. Mais des sources auprès des ONG soulignent sous couvert de l’anonymat que certains pays ne voient pas forcément d’un bon œil le retour des migrants ayant échoué, ceux-ci n’ayant pas de travail et les conditions pour les accueillir n’étant pas réunies… Il est donc impératif d’aider ces Etats pour les retours, souligne une source auprès de l’Union africaine.
Le Monde avec AFP
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