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Denis Lacouture : « Faire émerger de Mayotte les forces vives de l’éducation »

Secrétaire général du vice-rectorat de Mayotte depuis 2014, Denis Lacouture s'est entretenu avec VousNousIls sur les spécificités de l'Education nationale sur l'île.
Denis Lacouture, secrétaire général au vice-rectorat de Mayotte
(photo : vice-rectorat de Mayotte / DR)

Denis Lacouture est secrétaire général du vice-rectorat de Mayotte depuis 2014 après de nombreux postes en France et en Afrique. À l’occasion d’un passage sur Paris, il nous a expliqué les spécificités de l’Education du département d’outre-mer.

Quelles sont les spécificités de l’Education à Mayotte par rapport à la métropole ?

La première spécificité c’est la langue : nous enseignons à des enfants dont le français n’est pas la langue maternelle. Il y a deux langues maternelles à Mayotte : le shibushi et le shimahorais. Le shimahorais est la langue la plus répandue, c’est une langue d’origine bantoue, africaine donc, alors que le shibushi est une déclinaison du malgache. Notre travail consiste à infuser dans les pratiques pédagogiques de nos collègues des pratiques du FLE/FLS (Français langue étrangère et Français langue seconde), puisque c’est le statut de la langue française sur l’île. Bien que le français ne soit pas parlé à la maison, tout l’environnement lettré, l’administration par exemple, est en français. Le problème que nous avons, c’est d’enseigner en français à des élèves dont ce n’est pas la langue maternelle.

Nous ne pouvons pas nous baser sur l’évolution de l’acquisition du français comme en métropole. À Mayotte, le français est acquis tout au long de la scolarité. Il est très souvent dit que les élèves ne savent ni lire ni écrire en arrivant en 6e. Peut-être, mais ils ont des bases sur lesquelles ils peuvent apprendre à partir du collège. La progression n’est pas la même.

La deuxième spécificité, c’est une très forte pression démographique qui fait que le système éducatif doit être en extension permanente. Une autre spécificité, que nous partageons un peu avec l’académie de Créteil, c’est le manque d’attractivité de notre académie, puisque nous allons avoir à peu près 50% de professeurs contractuels dans le secondaire à la rentrée.

Comment se passe le bac à Mayotte ?

Exactement comme en métropole, avec les mêmes sujets, les mêmes horaires et la même responsabilité. Si un élève rate le bac à Mayotte, il le rate sur tout le territoire français. Nous avons un baccalauréat qui est strictement le même qu’en métropole, avec des résultats tout à fait convenables. Des résultats qui s’améliorent même au fil du temps.

Pouvez-vous nous parler du mouvement de grève qui a concerné les inspecteurs et les enseignants sur l’île dernièrement ?

Il n’y a pas plus de difficultés en ce moment que d’habitude. Seulement, en ce moment, il y a un conflit social larvé avec les personnels enseignants titulaires qui, voyant monter le nombre de contractuels, voudraient que le territoire soit rendu plus attractif grâce à des mesures financières et d’amélioration de la carrière. C’est un problème récurrent depuis maintenant des années. Plus le nombre de contractuels augmente, c’est-à-dire moins on a de volontaires pour venir travailler à Mayotte, plus les enseignants ont des revendications sur les salaires et les carrières.

Quelles sont les mesures que le gouvernement peut prendre ?

Le territoire doit être plus attractif, effectivement, car il y a des métiers (prof de maths, de littérature, par exemple) où il n’est pas possible de recruter immédiatement au niveau local. Nous attendons donc qu’il y ait des mesures prises pour l’attractivité du territoire mais ce n’est pas la seule réponse.
La véritable réponse consiste, par la formation professionnelle, initiale et continue, à faire émerger de Mayotte les forces vives en terme d’éducation. Nous ne pouvons pas tout attendre de la métropole ! Les jeunes Mahorais doivent très rapidement embrasser les carrières d’éducation grâce à la formation puis grâce à l’université, qu’elle soit à la Réunion ou en métropole et qu’ils reviennent ensuite pour enseigner à Mayotte.

Que retenez-vous de ces trois années à Mayotte ?

Je garderai l’impression d’avoir été utile comme j’ai pu l’être au Niger, par exemple, où j’ai participé, en cinq ans, à l’ouverture de 180 écoles. À Mayotte j’ai eu l’impression d’être utile car des enfants nous arrivent toute l’année, nous avons le challenge de scolariser tous les enfants. J’ai participé à cela et j’en suis fier.

Le rapport du métropolitain en responsabilité sur un territoire aussi lointain et aussi différent est compliqué au regard de l’histoire. Vous avez parfois l’impression d’imposer à des gens, même s’ils l’ont demandé, même s’ils se sont exprimés pour être Français, un mode de fonctionnement, de pensée et un système éducatif qui pourraient ne pas être le leur. Il manque un dessein politique pour Mayotte. J’aimerais voir dans les années à venir une vraie réponse politique au problème mahorais. Il y a tellement de retard, c’est difficile à combler…
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